Feux de forêt: naturels et inévitables

«On ne devrait pas s'établir dans les écosystèmes dont le mode de régénération naturel est le feu», estime Daniel Kneeshaw.

14 Septembre 2020 à 14H45

Série L'actualité vue par nos experts
Des professeurs et chercheurs de l'UQAM se prononcent sur des enjeux de l'actualité québécoise, canadienne ou internationale.

Une maison est ravagée par les flammes du «Creek Fire», le 8 septembre dernier, dans le comté de Fresno, en Californie.
Photo: Getty Images

La Californie, l'Oregon et l'État de Washington sont aux prises avec une centaine de feux de forêts qui ont détruit de nombreuses maisons, parfois des villages entiers, forcé des millions de citoyens à évacuer, et causé des dizaines de morts jusqu'à maintenant. Ces terribles feux qui ravagent la côte ouest américaine ne sont pas à la veille de s'éteindre. «La saison des feux ne fait que commencer et risque de perdurer jusqu'au refroidissement des températures et aux pluies de novembre», craint le professeur du Département des sciences biologiques Daniel Kneeshaw.

Les températures extrêmement chaudes et la sécheresse qui sévit depuis le début de l'été expliquent en partie le déclenchement de ces feux, estime le professeur. Mais il y a aussi un autre élément essentiel: la présence de combustibles au sol. «Par temps sec, la biomasse et les branches mortes présentes sur le sol s'embrasent plus facilement. On retrouve aussi de petits arbustes qui servent à toutes fins utiles de conducteurs, propulsant les flammes vers le tronc des grands arbres sous lesquels ils poussent.»

Ironiquement, l'un des problèmes de la Californie est que l'on continue de construire des maisons dans des zones à haut risque de feux de forêt, note Daniel Kneeshaw. «Puisqu'il y a des maisons, on s'empresse depuis 50 ans d'éteindre les feux avant qu'ils n'aient tout rasé, évidemment! Mais ce faisant, on laisse une quantité importante de biomasse et de branches mortes prêtes à s'embraser à nouveau l'année suivante. Dès que le temps chaud et sec revient, c'est la recette parfaite pour un désastre à répétition.»

Le réchauffement climatique est-il en cause? «Depuis 1000 ans, la Terre a connu 5 méga-sécheresses avec des conditions similaires à celles que l’on connaît aujourd’hui et il y avait aussi d’importants feux de forêt, souligne Daniel Kneeshaw. Le climat des dernières décennies accentue donc le problème, mais c’est réellement l’accumulation de combustibles au sol qui cause les grandes conflagrations que l’on observe. La sévérité des feux sur d’immenses superficies est le résultat de cette combinaison de facteurs.»

Origine humaine ou naturelle?

Les feux de forêt sont généralement causés par la foudre ou par la négligence humaine. «Peu de feux sont allumés intentionnellement, mais une cigarette oubliée, une étincelle, et il n'en faut pas beaucoup pour embraser une végétation sèche, observe le professeur. Parfois, même le frottement métal contre métal des chemins de fer, qui peut produire des étincelles, est suffisant.» Aux États-Unis, les données officielles indiquent que 88 % des feux de forêts sont d’origine humaine, mais que 55 % des superficies sont brûlées par des feux déclenchés par la foudre, précise le chercheur.

Au Québec, les feux d’origine humaine sont généralement maîtrisés et circonscrits, car ils se produisent près des routes et autres voies d’accès, tandis que les feux causés par la foudre se produisent souvent dans le Grand Nord, où peu de gens habitent. Ce n'est pas le cas sur la côte Ouest américaine, qui abrite des millions de gens.

Prévoir pour le long terme

Après les inondations de 2017 et 2019, la ville de Montréal a cartographié les zones inondables avec plus de précision pour faire appliquer un règlement interdisant la construction de nouvelles maisons en zone inondable, rappelle Daniel Kneeshaw. «En Californie, on ne devrait pas s'établir dans les écosystèmes dont le mode de régénération naturel est le feu», insiste-t-il. On peut minimiser les risques en réduisant les combustibles au sol, mais on ne pourra jamais éliminer le risque à 100 %.

«Si on reconstruit les maisons qui viennent de brûler, le risque qu'elles soient incendiées par des feux de forêt au cours des 5 prochaines années est sans doute minime, mais il est à peu près certain que le scénario va se répéter sur un horizon de 30 ou 40 ans», conclut le chercheur.

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