La flore montréalaise d’hier à aujourd’hui

L’Écomusée du fier monde et la Faculté des arts présentent l’exposition virtuelle Fleurs sauvages.

25 Mai 2020 à 11H50

Série COVID-19: tous les articles
Les nouvelles sur la situation à l'Université entourant la COVID-19 et les analyses des experts sur la crise sont réunies dans cette série.

Le pont Jacques-Cartier vu d'un champ de fleurs, en 1935.
Photo :Musée McCord

Imaginons un paysage de fleurs et de plantes. L’image qui nous vient spontanément à l’esprit ne sera pas nécessairement celle d’un paysage urbain. Il existe pourtant une flore montréalaise, présente dans plusieurs quartiers, dont le Centre-Sud. L’exposition virtuelle Fleurs sauvages, organisée par l’Écomusée du fier monde et la Faculté des arts, propose une immersion dans le patrimoine ethnobotanique de la métropole et relate la façon dont il s’est constitué depuis l’époque de la Nouvelle-France jusqu’à nos jours. Conçue à l’origine pour être présentée dans les espaces de l’Écomusée, l’exposition – pandémie oblige – est présentement accessible sur le site web de l’institution muséale pour une durée indéterminée.

«L’exposition pose un regard chronologique et poétique sur le patrimoine botanique de Montréal, dont l’histoire, bien que méconnue, est enracinée dans notre paysage quotidien. Elle témoigne ainsi d’un souci de préservation et de transmission d’un héritage naturel», explique la doctorante en muséologie Marie Tissot (M.A. muséologie, 2020), co-commissaire de l’exposition avec Jade Séguéla (M.A. muséologie, 2019).

Pour illustrer cet héritage, l’exposition fait dialoguer entre eux des documents, des photos d’archives et d’artefacts ainsi que diverses installations – herbiers, cartes, graphiques, gravures, tableaux – créées par des artistes diplômés de l’UQAM ou par des étudiants inscrits à divers programmes de la Faculté des arts (arts visuels et médiatiques, design graphique, muséologie). 

«Ce sont des finissantes de la maîtrise en muséologie qui ont eu l’idée de ce projet d’exposition sur le thème de la botanique, lequel a été retenu après avoir été soumis à un concours organisé par l’Écomusée et la Faculté, note la doctorante. Depuis sa création, en 1980, l’Écomusée a développé de nombreux partenariats avec l’UQAM, donnant lieu à diverses recherches, expositions, publications et activités de toutes sortes.»

Au temps de la Nouvelle-France

Une première section de l’exposition évoque la place centrale qu’occupe la nature dans les pratiques spirituelles, médicinales et alimentaires des peuples autochtones à l’époque de la Nouvelle-France. «Leur pharmacopée recense plus de 400 plantes à usage thérapeutique et prodigue des conseils pour les cueillir et les consommer», observe Marie Tissot.

L’arrivée des colons transforme le paysage et bouleverse le rapport à la nature. A l’Hôtel-Dieu, premier hôpital de Ville-Marie (l’ancêtre de Montréal), des potagers et plantes médicinales sont cultivés sur place afin de nourrir et soigner les malades. Des apothicaires et des médecins venus de France mettent aussi à profit leurs connaissances en botanique.

«Un patrimoine botanique se constitue progressivement à partir du savoir des peuples des Premières Nations, des semences et des découvertes empiriques locales ainsi que des écrits provenant d’Europe lors des vagues successives d’immigration», note la doctorante.

Des usages multiples

L’exposition permet de découvrir l’évolution, au fil des siècles, des différents usages de la botanique à Montréal, qu’ils soient nourriciers, médicinaux, scientifiques, artistiques, ou communautaires. Au 19e siècle, par exemple, plusieurs familles ouvrières entretiennent des potagers. Les immigrants d’origine italienne, qui se sont d’abord installés autour du marché Saint-Jacques, dans le quartier Centre-Sud, avant de se déplacer vers ce qu’on appelle aujourd’hui la petite Italie, ensemencent des terrains vagues et cultivent des champs encore inexploités.

Plus tard, les espaces verts et les parcs municipaux font leur apparition à Montréal, permettant à ses citoyens de garder un contact quotidien avec la flore. «Dans les années 1970, on assiste à l’avènement des jardins communautaires, une initiative citoyenne, remarque Marie Tissot. Le premier d’entre eux est né dans le Centre-Sud, à l’angle des rues La Fontaine et Alexandre-DeSève.»

La flore peut être ornementale, comme dans le quartier Saint-Léonard, où les plantes à fleurs, amoureusement cultivées, contribuent à la fierté des résidants. Une maquette invite à apprécier les espèces végétales du quartier.

Les artistes de l’exposition

Six des sept artistes qui participent à l’exposition Fleurs sauvages sont des Uqamiens.

Annie France Leclerc, étudiante à la maitrise en arts visuels et médiatiques

Clémence Langevin, étudiante au baccalauréat en design graphique

Noémie Maignien, étudiante au doctorat en muséologie

Valérie Bourgault-Béland, étudiante en arts visuels et médiatiques

Cristel Silva, diplômée (B.A arts visuels et médiatiques, 2019)

Hédy Gobaa, diplômé (Ph.D. études et pratiques des arts, 2019)

Andrée Lewka, scénographe

La nature comme objet de recherche

L’exposition rend hommage à quelques figures scientifiques incontournables de la botanique montréalaise, comme le frère Marie-Victorin, son assistante Marcelle Gauvreau et Pierre Dansereau, le père de l’écologie au Québec, qui a donné son nom au complexe des sciences de l’UQAM, où il a enseigné plusieurs années.

«Auteur, en 1935, de La flore laurentienne, premier ouvrage scientifique sur la botanique au Québec, le Frère Marie-Victorin est à l’origine de la création, en 1923, de l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (ACFAS) et, en 1929, du Jardin botanique de Montréal, rappelle la doctorante. Il est aussi le premier titulaire de la Chaire de botanique à l’Université de Montréal, qui était située dans le quartier Centre-Sud, rue Saint-Denis.»

Un herbier inspiré de La Flore laurentienne fait  partie d’une installation, qui réunit également une gravure et des cartes du boisé des Sulpiciens dans l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville.

Un nouveau paysage végétal

Ces dernières années, grâce à diverses actions citoyennes qui cherchent à préserver et à développer la nature, Montréal a vu naître des écoquartiers, des ruelles vertes et des jardins partagés. «Les fleurs et autres végétaux font désormais partie de notre paysage urbain, souligne Marie Tissot. En témoignent, entre autres, les plates-bandes fleuries, les petits bouts de terre cultivés et les balcons verdis, fruits des initiatives individuelles des Montréalaises et Montréalais qui veulent verdir leur ville.»

Une carte interactive indique les jardins communautaires et les ruelles vertes fleurissant autour de l’Écomusée. Une installation explore les usages et la classification botanique de plantes natives du Québec, telles que l’herbe à la ouate, le vinaigrier et l’achillée millefeuille, qui sont répertoriées sur la carte interactive. D’autres végétaux de l’installation proviennent de terrains vagues, documentant ainsi l’interaction entre humain et nature au sein de l’espace urbain.

L’exposition propose, enfin, des bouquets de fleurs et des herbiers créés par des habitants du quartier Centre-Sud lors d’ateliers de confection qui se sont déroulés à l’Écomusée en novembre 2019 et mars 2020. «Ces rencontres leur ont permis d’en apprendre davantage sur la botanique, note la doctorante. Le fait de présenter leurs créations est aussi une façon de valoriser la parole citoyenne au sein même de l’exposition, ce qui s’inscrit dans  la mission de l’Écomusée du fier monde.»

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