Amitiés et santé mentale

L’instabilité amicale augmenterait les risques de symptômes dépressifs chez certaines jeunes femmes.

1 Septembre 2020 à 9H56

Photo: Getty Images

Les amitiés sont-elles bénéfiques à notre santé mentale? C’est la thématique qu’a explorée Simon Lapierre (B.Sc. psychologie, 2018) dans le cadre de la thèse de spécialisation de son baccalauréat en psychologie, dont les résultats viennent d’être publiés dans le Journal of American College Health. «Je souhaitais plus spécifiquement évaluer si le fait d’avoir des amitiés instables durant l’émergence de l’âge adulte était associé à une augmentation des symptômes dépressifs, tout en contrôlant à titre de variables modératrices le genre et la poursuite ou non d’études postsecondaires», précise celui qui est aujourd’hui doctorant.

L’émergence de l’âge adulte, cette période formatrice où les jeunes explorent les possibilités académiques, professionnelles et relationnelles, intéresse de plus en plus de chercheurs à travers le monde. Le professeur du Département de psychologie François Poulin, qui cosigne l’article avec Simon Lapierre, suit depuis presque 20 ans une importante cohorte d’adolescents et de jeunes adultes.

Pour les besoins de son étude, Simon Lapierre a analysé les données collectées auprès de 268 participants alors qu’ils étaient âgés entre 22 et 26 ans. «Chaque année, on leur a demandé de nommer leurs trois meilleurs amis, précise le chercheur. Les possibilités de réponse étaient comprises entre 3 et 15 amis différents sur une période de 5 ans.» Les symptômes dépressifs ont été évalués à 22 et 26 ans à l’aide d’un questionnaire reconnu dans le domaine.

Certaines femmes plus à risque

Les conséquences de l'instabilité amicale ne seraient pas les mêmes pour les hommes et les femmes, révèle le doctorant. «Nous avons observé une augmentation des symptômes dépressifs pour un seul groupe de sujets, soit les femmes ayant des amitiés instables et poursuivant des études postsecondaires. L’effet n’était pas observé chez les hommes, ni chez les femmes ne poursuivant pas d’études postsecondaires.»

Différents facteurs pourraient expliquer ces résultats, notamment le fait que les amitiés remplissent des fonctions différentes chez les hommes et les femmes, tels que souligné dans les études antérieures sur la question, précise Simon Lapierre. «Entre 18 et 29 ans, les amitiés joueraient un rôle de soutien social plus important chez les femmes que chez les hommes. Or, dans le contexte de la transition postsecondaire, plusieurs personnes déménagent pour leurs études et s’éloignent de leurs amis d’enfance. Le remplacement des amitiés perdues par de nouvelles amitiés ne permettrait pas de compenser la perte de soutien social vécue par les étudiantes, car les nouvelles amitiés ne seraient pas aussi intimes que les anciennes.»

Un aspect à considérer

Tout en soulignant que son étude demeure exploratoire, Simon Lapierre affirme que l’on devrait mettre l’accent sur l’importance des amitiés en lien avec la santé mentale, non seulement chez les femmes poursuivant des études postsecondaires, mais aussi au sein de la population en général. «Les programmes de prévention en santé mentale ont souvent tendance à omettre les relations amicales au profit de la fonction du couple ou des relations familiales dans la vie d’un individu, dit-il. Pourtant, les amis peuvent jouer un rôle important de confidents ou même de partenaires pour des activités sociales salutaires pour la santé mentale.»

Dans le cadre de son doctorat, sous la direction de la professeure Diane Marcotte, Simon Lapierre s’intéresse à l’évolution dans le temps des différents symptômes dépressifs chez les ados et les jeunes adultes. Il coordonne en outre l’implantation dans les cégeps du Québec du programme Zenétudes, qui a pour objectif le dépistage des symptômes d’anxiété et de dépression chez les élèves et qui propose différents ateliers afin de les outiller et de leur venir en aide.

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