Des impacts psychosociaux évitables

Une enquête sur les inondations de 2019 a été réalisée par des chercheurs de l’Université de Sherbrooke, de l’UQAC et de l’UQAM.

9 Avril 2020 à 16H42

Inondation au parc Belmont dans l'arrondissement Ahuntsic-Cartierville, en avril 2019.
Photo: Pierre cb

Presque un an après les inondations du printemps 2019, comment se portent les personnes sinistrées? Ont-elles réussi à se relever du désastre? Comment va leur santé physique et psychologique? Et d’un point de vue matériel et financier, ont-elles réussi à redresser leur situation? L’enquête nationale sur les impacts sociosanitaires des inondations 2019, dont les résultats ont été dévoilés cette semaine, répond à ces questions. Ces résultats pourront servir de levier pour inciter les instances municipales, les autorités de santé publique et les équipes d’intervention de première et de deuxième lignes à fournir plus de protection et de soutien concret aux collectivités en temps de crise.

Financée par le Fonds vert dans le cadre du Plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques du gouvernement du Québec, cette étude a été pilotée par la professeure Mélissa Généreux, de l’Université de Sherbrooke, en collaboration avec la professeure Danielle Maltais, de l’UQAC, et le professeur du Département de géographie Philippe Gachon, titulaire de la Chaire de recherche sur les risques hydrométéorologiques liés aux changements climatiques et directeur du Réseau Inondations intersectoriel du Québec (RIISQ).

Détresse, problèmes financiers et symptômes respiratoires

En combinant des données hydrométéorologiques et sociosanitaires, l’équipe de recherche a entrepris de documenter la situation actuelle des personnes sinistrées pour mieux comprendre les conséquences psychosociales des inondations.

Au total, 3437 ménages de Montréal, Laval, la Montérégie, les Laurentides, l’Outaouais et la Mauricie-Centre du Québec ont accepté de répondre au sondage préparé par l’équipe de recherche et conduit par la firme Léger. De ce nombre, 587 provenaient de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, l’une des municipalités les plus durement touchées.

Les données, recueillies par téléphone ou par le Web, ont révélé qu’au-delà des pertes matérielles, les inondations ont engendré des conséquences psychosociales importantes qui perdurent, même des mois plus tard.

Les personnes sinistrées se divisent en deux catégories : les personnes inondées (chez qui au moins une pièce habitable a été inondée) et les personnes perturbées (chez qui le désastre a bouleversé le quotidien en raison d’une évacuation, d’une perte de service, de la présence d’eau sur le terrain, etc.).

Plusieurs mois après la crue dévastatrice, 44 % des personnes inondées éprouvent des symptômes modérés à élevés de stress post-traumatique. Dans une proportion un peu moindre, mais tout de même importante, 21 % d’entre elles souffrent de trouble anxieux, et 20 %, de trouble de l’humeur (tristesse, fatigue et problèmes de sommeil).

L’enquête a aussi démontré que les personnes inondées sont quatre à cinq fois plus nombreuses à présenter des problèmes de santé mentale, si on les compare aux personnes dont la maison a été épargnée.

Quant aux personnes signalant ne pas avoir reçu d’aide adéquate avant, pendant ou après la catastrophe, 56 % présentent aujourd’hui des symptômes de stress post-traumatique.

Sans surprise, on apprend que la hauteur des eaux à domicile a une incidence directe sur l’ampleur des dégâts matériels et sur le degré de détresse psychologique. Toutefois, l’enquête a permis de constater que la détresse est moins élevée chez les personnes ayant reçu suffisamment de soutien social, moral ou financier.

Dégâts matériels : aperçu de la situation

80 % : c’est la proportion de personnes inondées à Sainte-Marthe-sur-le-Lac chez qui la montée des eaux a dépassé 30 cm. Dans les autres régions, la moyenne est inférieure à 30 cm.
50 000 $ : c’est la valeur moyenne des pertes matérielles subies par les personnes sinistrées sondées à Sainte-Marthe-sur-le-Lac. Dans les autres régions, la moyenne se situe à moins de 25 000 $.
59 % : c’est la proportion de personnes sinistrées n’ayant pas reçu toute l’aide financière nécessaire pour faire face aux frais encourus.
11 % : c’est la proportion de personnes sinistrées ayant dû recourir à un prêt bancaire. De ce nombre, la majorité (69 %) est considérée comme plus à risque de développer un trouble de santé mentale.
10 % : c’est la proportion de personnes sinistrées dont les pièces inondées sont toujours inutilisables, plusieurs mois plus tard.

L’enquête a aussi permis de mettre en lumière une prévalence plus élevée, chez les personnes inondées, de troubles respiratoires et de symptômes otorhinolaryngologiques (nez qui coule, sécrétions dans la gorge, etc.).

Accroître l’aide concrète, morale et financière

«L’objectif ultime de cette enquête est de redonner une qualité de vie aux communautés concernées, explique Mélissa Généreux. Il faut que des mesures concrètes soient mises en place sans délai pour leur venir en aide, telles que du soutien et de l’accompagnement pour la reconstruction de leur domicile, ou l’accès à des équipes d'intervention formées en premiers secours psychologiques. Il est également impératif de se doter de plans de rétablissement solides pour protéger les collectivités lors d’éventuelles inondations.»

«Le contexte dans lequel se produit l’événement catastrophique, par exemple la rapidité de la montée des eaux, la hauteur de l’eau et la durée de l’inondation, est un facteur déterminant de la santé physique et psychologique des communautés inondées, note Philippe Gachon. Une démarche intersectorielle et englobante est essentielle afin d’améliorer les mesures de prévention et de préparation avant l’événement, pour faciliter l’intervention pendant l’événement, et pour assurer le rétablissement des personnes après l’événement.»

Pour sa part, la professeure Danielle Maltais estime que cette étude démontre l’importance d’apporter du soutien concret et moral aux personnes sinistrées, car l'aide déployée joue un rôle important en ce qui a trait à leur santé mentale. Cette aide doit être disponible tout au long du processus de rétablissement des individus et pas seulement avant ou pendant les inondations.

L’enquête intégrale sera mise à la disposition du grand public prochainement.

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