La classe à la télé

Patrick Charland est directeur des contenus pédagogiques de deux émissions éducatives diffusées par Télé-Québec.

19 Mai 2020 à 11H20

Série COVID-19: tous les articles
Les nouvelles sur la situation à l'Université entourant la COVID-19 et les analyses des experts sur la crise sont réunies dans cette série.

Les comédiens Pier-Luc Funk et Catherine Brunet sont les animateurs de l'émission Les suppléants, destinée aux jeunes du secondaire. Photo: Télé-Québec

Depuis la mi-avril, plus de 400 000 jeunes, rien de moins, se retrouvent chaque semaine devant leur écran de télévision pour regarder L’école à la maison et Les suppléants, deux nouvelles émissions à vocation éducative diffusées du lundi au vendredi sur les ondes de Télé-Québec. Produites par Trio Orange, une maison de production de contenus pour la télé, le cinéma et l’édition, L’école à la maison est destinée aux enfants du primaire (6-12 ans) et Les suppléants, aux jeunes du secondaire (13-17 ans). Elles seront diffusées jusqu’à la fin de l’année scolaire, prévue le 19 juin prochain.

«Conçues dans la foulée de la fermeture des écoles, ces émissions ne visent pas à remplacer l’enseignement à distance», explique le professeur du Département de didactique Patrick Charland (Ph.D. éducation, 2008), qui est responsable de leur contenu pédagogique. «Pour reprendre les termes utilisés par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES), il s’agit d’initiatives de continuité pédagogique. L’objectif est de maintenir l’intérêt des jeunes pour l’école, de stimuler leur curiosité, de revisiter de manière ludique, mais rigoureuse, les notions les plus importantes abordées dans les diverses matières et, enfin, de consolider les apprentissages réalisés en classe entre septembre 2019 et mars 2020, notamment en littératie et en numératie.»

Le projet est né d’une demande du MEES, qui cherchait des moyens de rejoindre un maximum de familles. «Plusieurs outils et ressources existent déjà sur le web afin d’aider les parents qui souhaitent maintenir les apprentissages de leurs enfants, mais ce ne sont pas toutes les familles qui ont accès à Internet, observe le professeur. En vue de contrer les inégalités sociales auxquelles n’échappe pas le système éducatif et de surmonter les barrières technologiques, le MEES a opté, comme c’est le cas en France, pour la création d’émissions de télé éducatives permettant la poursuite d’activités pédagogiques à la maison.»

Patrick Charland est cotitulaire de la Chaire UNESCO de développement curriculaire, laquelle appuie le développement des systèmes éducatifs en contexte d’urgence, de relèvement ou de reconstruction dans les pays en développement, notamment en Afrique de l’Ouest. Lui et ses collègues de la Chaire ont créé le site web Conseils pour les parents afin de favoriser le maintien des apprentissages de leur enfant, lequel s’adresse aux parents d’enfants du primaire. Ils ont publié récemment des articles sur le site de contenu universitaire La Conversation, qui appelaient à la mise en place d’initiatives éducatives à la télévision pour rejoindre les enfants de milieux plus défavorisés au Québec.

«C’est en furetant sur les réseaux sociaux que j’ai appris que la boîte de production Trio Orange cherchait des enseignants pour produire des capsules pédagogiques destinées à la télé, raconte le professeur. J’ai alors offert ma collaboration pour coordonner le travail de conception des capsules, effectué par des équipes d’enseignants du primaire et du secondaire.» Depuis, son rôle consiste à superviser et à valider les contenus des quelque 200 capsules produites pour L’école à la maison et Les suppléants, tout en s’assurant qu’ils soient arrimés aux programmes de formation de l’école québécoise.

Créer dans l’urgence

La machine a démarré le 30 mars et les deux premières émissions ont été mises en ondes deux semaines plus tard. «Produire deux émissions de 30 minutes dans un contexte d’urgence en respectant les consignes de distanciation sociale relève du tour de force», note Patrick Charland.

Réalisée et montée par Trio Orange, L’école à la maison est diffusée chaque jour de la semaine à 10 h 30 et est animée en alternance par Anaïs Favron et Pascal Morissette. Une équipe composée d’une vingtaine d’enseignants du primaire, sélectionnés notamment pour leur talent de communicateur, veille à l’écriture des capsules, avec l’aide d’un recherchiste et d’un idéateur.

Selon le professeur, le défi consiste à séquencer des notions pédagogiques, qui ne soient pas trop lourdes sur le plan cognitif, en de multiples capsules de courte durée. «Chaque émission comporte quatre capsules de quatre minutes chacune, dont 60 à 70 % du contenu est de nature pédagogiques et 30 % axé sur des éléments de contextualisation et l’humour, explique le professeur. Le reste du temps est consacré à des activités physiques et ludiques. A la fin de l’émission, les enfants doivent découper une bandelette de papier sur laquelle ils indiquent la notion apprise qu’ils ont trouvé la plus intéressante.»

Les suppléants est aussi diffusée du lundi au vendredi, à 15 h 30. Pour l’animer, on a fait appel à deux jeunes comédiens et humoristes, Pier-Luc Funk et Catherine Brunet, très présents sur les réseaux sociaux et fort appréciés des adolescents.

Encore là, les capsules pédagogiques, qui couvrent l’ensemble des matières prévues au programme, ont été conçues par une équipe d’une vingtaine d’enseignants du secondaire. «La plupart des capsules portent sur les matières les plus importantes, français et mathématiques, alors que les autres traitent d’histoire, de géographie, de sciences et de technologies, sans oublier les arts et la culture religieuse, indique Patrick Charland. Les deux animateurs abordent enfin des thématiques faisant référence à des compétences sociales générales et aux préoccupations des ados: sexualité, rédaction d’un curriculum vitae, préparation d’une entrevue pour un emploi, etc.»

Des commentaires positifs

La majorité des capsules sont diffusées sur les réseaux sociaux, comme Facebook et Instagram. «Elles sont largement partagées et les commentaires qu’elles suscitent, provenant de jeunes ou de leurs parents, sont extrêmement positifs», se réjouit le professeur, qui apprécie travailler avec les équipes d’enseignants et le personnel technique. «Je suis fier de pouvoir contribuer aux efforts du milieu éducatif québécois dans le contexte difficile de la pandémie», souligne-t-il.

Qui sait, une fois la crise passée, peut-être que les capsules pourront continuer de servir de matériel aux enseignants, que ce soit pour introduire des matières ou présenter du contenu. «On verra bien, dit Patrick Charland. Chose certaine, cela fait partie de la perspective dans laquelle nous travaillons.»

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