Un comportement fascinant!

Quand ils savent qu’ils vont pouvoir se reproduire, les tamias rayés consomment avidement une sorte de graine qui semble induire l’ovulation.

13 Octobre 2020 à 9H30

Photo: Chelsey Paquette

Depuis une quinzaine d'années, les professeurs Denis Réale (UQAM), Dany Garant (Sherbrooke) et Patrick Bergeron (Bishop's) étudient une population de tamias rayés dans une forêt des monts Sutton dominée par le hêtre à grandes feuilles, l'érable à sucre et l'érable rouge. Leurs recherches ont démontré que la reproduction des tamias suit les cycles de production des faînes, les fruits secs du hêtre, qui a lieu à la fin de l'été. «Ainsi, les jeunes tamias nés en juin profitent d'une nourriture abondante pour croître et affronter l'hiver, tandis que ceux qui naissent au printemps suivant profitent des réserves de l'automne», explique la postdoctorante Mathilde Tissier.

En fait, les chercheurs ont observé que les tamias se reproduisent exclusivement durant l'été précédent et le printemps suivant la production de faînes. Au départ, on aurait pu penser à une simple coïncidence entre le cycle reproducteur des tamias et la production du hêtre à grandes feuilles. Seulement voilà, ce dernier ne produit des faînes qu'une année sur deux. «Et l'année où il n'en produit pas, les tamias ne se reproduisent ni à l'été précédent, ni au printemps suivant», note Mathilde Tissier.

Le tamia rayé ne vit pas suffisamment longtemps – en moyenne 30 mois – pour étayer l'hypothèse d'une mémoire lui permettant de se rappeler que le hêtre à grandes feuilles produit des graines une année sur deux, poursuit la chercheuse. «Nous avons donc envisagé la possibilité qu'il décode des informations dans son environnement au printemps lui indiquant que le hêtre à grandes feuilles produira des graines cette année-là.»

Un phénomène a attiré l'attention de l'équipe: toutes les années où le hêtre à grandes feuilles produit des faînes à l'automne, les tamias consomment une quantité importante de graines provenant des samares des érables rouges. «Cette consommation active d’érable rouge semble induire chez les femelles un œstrus, ou période d'ovulation, et initier la reproduction estivale deux semaines plus tard», précise Mathilde Tissier, qui vient de publier les résultats de cette étonnante découverte dans le Journal of Animal Ecology en collaboration avec les trois professeurs, membres du Centre de la science et de la biodiversité du Québec (CSBQ).

Établir les bonnes corrélations

Il existe donc un lien entre la consommation d'érable rouge et la reproduction du tamia. Mais, attention, cette consommation d’érable rouge n'est pas liée à la production de samares, précise la chercheuse. «Certaines années, l'érable rouge produit beaucoup de samares, mais le tamia n'en consomme pas, ou très peu, et ne se reproduit pas. Et le hêtre à grandes feuilles ne produit pas de graines non plus ces années-là.»

S'il s'agissait uniquement d'une réponse à la production de samares, insiste-t-elle, le tamia en consommerait chaque année en quantité semblable. Or, ce n'est pas le cas. «Les années de reproduction, plus de 75 % de l'alimentation des tamias se compose d'érable rouge, alors que les autres années, leur diète est beaucoup plus variée et comporte autant des bulbes de fleurs et des invertébrés que des graines d'érable rouge», précise-t-elle.

Les graines de l'érable rouge, très riches en protéines, favoriseraient le cycle reproducteur. Et les faînes du hêtre à grandes feuilles, riches en acide gras, notamment en Oméga-3, semblent idéales pour assurer la croissance et la survie des jeunes tamias, ainsi que le stock de nourriture pour l'hibernation.

La consommation de samares n'est donc pas corrélée à la production de graines d'érable rouge, mais elle est corrélée à la future production du hêtre. Pourquoi? «On ne le sait pas encore, reconnaît la chercheuse. Est-ce que les graines d'érable rouge sont plus nutritives les années où le hêtre à grandes feuilles produit des graines, ce qui entraînerait une plus grande consommation chez les tamias? Y a-t-il d'autres signaux dans l'environnement qui poussent les tamias à consommer les graines de l'érable rouge? L'équipe poursuivra ses travaux pour mieux comprendre le phénomène.»

Mathilde Tissier souhaite, pour sa part, analyser comment la saison de naissance et l'alimentation influencent les stratégies de survie et le vieillissement cellulaire des tamias rayés. «Les jeunes qui naissent en juin mangent les restes d'érable rouge du printemps et les graines du hêtre à grandes feuilles. Ceux qui naissent au printemps suivant sont nourris avec les restes stockés de l'année précédente, mais aussi avec des fleurs et des plantes. Les individus des deux portées n'ont pas les mêmes comportements ni la même durée de vie ni le même cycle de reproduction», observe-t-elle.

Écureuils roux et pins

Les tamias rayés des monts Sutton ne sont pas les seuls à avoir développé des stratégies anticipatoires pour assurer la survie optimale de leur progéniture. «Nous savons que les écureuils roux du Yukon répondent aux cycles de production des pins, qui s’échelonnent tous les 8 à 9 ans. Cette année-là, les écureuils réussissent à se reproduire une deuxième fois juste avant la production des pommes de pins», souligne Mathilde Tissier.

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