Lectures de décembre

Notre sélection mensuelle d'ouvrages publiés par des professeurs, chargés de cours, étudiants, employés, diplômés ou retraités de l'UQAM.

1 Décembre 2020 à 13H27

Série «Titres d'ici»

Témoigner du deuil périnatal

Après avoir œuvré dans le domaine du design graphique et de la publicité pendant plusieurs années, la diplômée Mireille St-Pierre (B.A. design graphique, 2011) est désormais illustratrice pour des magazines et des livres. Elle publie aussi régulièrement ses impressions sur son travail d’artiste dans un journal de bord en ligne. En octobre dernier, l’autrice-illustratrice a fait paraître sa première bande dessinée portant sur le sujet tabou du deuil périnatal. Intitulée La brume, l’histoire raconte celle de Myriam, son alter ego, et de son amoureux Jules, un photographe professionnel. Ils attendent un bébé, Romane. Le couple décide de s’exiler à New York pour y travailler. La perte inexpliquée du bébé à plusieurs mois de grossesse mettra un terme à leur aventure. De retour à Montréal, le couple fait face au désarroi tout en affrontant les regards inquisiteurs et inquiets des amis et des proches. Au fil des jours, Myriam se remet à griffonner dans son carnet d’esquisses, et prend conscience à nouveau de la beauté des petites choses, un dessin à la fois. L’autrice-illustratrice, qui est aujourd’hui maman d’un poupon, livre ici un témoignage, à la fois sobre, poétique et bouleversant, sur la résilience. Paru aux éditions Front Froid, dans la collection Nouvelle adresse.

Mieux comprendre le cerveau pour sauver l’humanité

Que se passe-t-il dans la tête de l’humain lorsque l’amour l’entraîne dans la déraison? Lorsqu’une aversion se transforme en sentiment de haine? Le journaliste scientifique et chargé de cours à l’École des médias Michel Rochon propose, dans ce deuxième ouvrage, une analyse de l’amour et de la haine, émotions au cœur des prises de décisions et du comportement des êtres humains. En puisant dans les neurosciences, la psychologie, l’anthropologie et l’histoire, l’auteur explique comment et pourquoi les humains éprouvent ces émotions, en quoi elles sont utiles à l’évolution et quelles parties du cerveau sont impliquées au moment où elles sont générées. Dans la deuxième partie de l’ouvrage, l’auteur s’intéresse aux rôles de l’amour et de la haine à l’ère d’internet et de la crise climatique et sanitaire. Il aborde, entre autres, le rôle des réseaux sociaux, qui offrent un terreau fertile pour exprimer des émotions positives ou négatives suscitées par les événements d’actualité. «L’Homo sapiens doit faire un pas de plus dans son évolution pour augmenter l’amour et réduire la haine, parce que sa survie en dépend», conclut Michel Rochon. L’amour, la haine et le cerveau est paru aux éditions MultiMondes.

D’Aristote à Marx

«L’étude de l’histoire des idées est un préliminaire nécessaire à l’émancipation de l’esprit», écrivait le célèbre économiste britannique John Maynard Keynes. Aujourd’hui, notre héritage culturel regorge d’idées à propos de l’économie et les débats font rage sur le rôle et les mérites respectifs de l’argent et de la richesse, sur la justice et l’égalité des échanges, sur l’inéluctabilité de la pauvreté, sur l’avenir de la croissance économique, ou sur la pertinence même du concept de croissance. Comment les grands penseurs, depuis Aristote jusqu’à Karl Marx, en passant par David Ricardo, ont-ils abordé ces questions? C’est le sujet de cette Histoire de la pensée économique. D'Aristote à Marx, un ouvrage signé par le professeur du Département des sciences économiques Till Düpe. «Puisque les diverses disciplines des sciences économiques n’adoptent pas une approche historique, ce livre offre l’occasion d’approfondir le sens historique de notre culture économique, souligne son auteur. La question principale à laquelle il tente de répondre est la suivante: comment les idées économiques ont-elles été liées au changement le plus énorme survenu dans l’histoire occidentale, l’émergence de la société moderne ou encore du capitalisme?» Paru aux Presses de l’Université de Montréal.

Écrits anarchistes

Dans L’étrange étranger, le professeur du Département de science politique Francis Dupuis-Déri réunit et présente une trentaine de textes écrits par l’anarchiste kabyle Mohamed Saïl (1894-1953). Militant antimilitariste, anticolonialiste et anticapitaliste, insoumis et déserteur pendant la Première Guerre mondiale, Mohamed Saïl s’est engagé dans la colonne Durruti lors de la guerre d’Espagne pour combattre les fascistes et participer à la révolution. Emprisonné plusieurs fois, il n’a jamais cessé de contribuer à divers journaux nord-africains et français et d’en assurer la diffusion, d’organiser des comités de lutte et de participer à nombre de meetings et manifestations. Par cette anthologie, Francis Dupuis-Déri fait entendre une parole discrète, celle des militants anarchistes immigrés d’Afrique ou du Maghreb, celle des premières luttes post-coloniales. Les textes qui y sont regroupés ciblent spécialement l’oppression coloniale française en Algérie ainsi que le racisme meurtrier de l’administration républicaine. Puisant dans les lettres de généraux français, Mohamed Saïl déconstruit leur discours et dénonce les horreurs faites au nom de la civilisation. L’ouvrage est une pierre de plus à l’histoire de l’anarchisme et éclaire les soulèvements populaires d’aujourd’hui d’une lumière nouvelle. Paru aux éditions Lux.

Comment étudier le numérique ?

L’étude des phénomènes en ligne par les sciences sociales – communication, sociologie, anthropologie – requiert l’utilisation d’une méthodologie adaptée à ces nouveaux objets de recherche. «Si les enjeux épistémologiques, pratiques et éthiques de la méthodologie en contexte numérique font l’objet de conversations soutenues depuis le tournant du siècle, une recension rapide des écrits scientifiques révèle qu’on a surtout produit ces contributions dans les milieux anglophones de la recherche, tout particulièrement dans le champ des Internet studies», notent les professeures du Département de communication sociale et publique Mélanie Millette et Florence Millerand, le professeur associé au Département de sexologie David Myles, et le professeur de l’Université Laval Guillaume Latzko-Toth, qui ont dirigé Méthodes de recherche en contexte numérique. Leur ouvrage, qui s’inscrit dans la foulée d’un colloque organisé à l’UQAM en 2016, souhaite répondre à la nécessité de mener une telle réflexion en langue française, en abordant de manière inédite la méthodologie et les méthodes mobilisant le numérique comme objet, outil ou terrain d’enquête. Les chercheurs en sciences humaines et sociales, les spécialistes d’Internet ainsi que les étudiants intéressés à l’analyse d’un objet ou d’un fait social relié à l’univers numérique seront comblés par la richesse des thèmes abordés, les types de corpus étudiés et les exemples d’enquêtes. Publié aux Presses de l’Université de Montréal.

Quelle politique étrangère ?

Aujourd'hui directeur scientifique de l'Observatoire de la politique et de la sécurité de l'Arctique à l'École nationale d'administration publique, Jean-François Payette (B.A. science politique, 2004; M.A. science politique/relations internationales, 2006) a adapté sa thèse de doctorat pour en faire un essai percutant. S'appuyant sur des archives et de nombreux entretiens avec des acteurs des relations internationales, il démontre dans Politique étrangère du Québec: entre mythe et réalité que le Québec n’a pas de politique étrangère à proprement parler. Selon lui, le flou constitutionnel canadien entourant la compétence internationale empêche le Québec de mettre en œuvre une véritable politique étrangère, contraignant celui-ci à exercer plutôt une politique de relations internationales, soit une activité internationale d’un État fédéré non prescrite constitutionnellement. Codirigée par l'ancien premier ministre du Québec Bernard Landry, qui fut professeur au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l'ESG UQAM, la thèse de Jean-François Payette lui avait valu en 2018 le Grand Prix de l'Université de Lyon - Prix Docteur étranger 2018, décerné par l'Université, l’Association des Amis de l’Université de Lyon et la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Ce prix récompense la meilleure thèse de doctorat soutenue par un étudiant étranger. Son ouvrage est publié aux Presses de l'Université Laval.

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