Lectures de janvier

Notre sélection mensuelle d'ouvrages publiés par des professeurs, chargés de cours, étudiants, employés, diplômés ou retraités de l'UQAM.

14 Janvier 2020 à 15H36

Série «Titres d'ici»

Le deuxième mari

Le deuxième mari, le nouveau roman de l’auteur et ancien professeur de l’École supérieure de théâtre Larry Tremblay (M.A. art dramatique, 1983) imagine un monde dans lequel les femmes dominent les hommes. Cette fable romanesque, où les rôles sociaux traditionnels sont inversés, présente le quotidien de Samuel, un jeune homme marié de force en secondes noces à une femme riche et plus âgée que lui. Madame est avare, alcoolique, obsédée sexuelle et égocentrique. «Madame rentre souvent maussade de sa journée de travail. Elle se plaint de ce qui n’a pas fonctionné à la fabrique, ridiculise la maladresse de ses employés, tout en se mettant constamment en valeur. Elle n’attend ni de Monsieur (son premier mari) ni de Samuel qu’ils acquiescent à ses récriminations, elle a simplement besoin d’un public pour libérer sa parole.» Comme le travail et les loisirs extérieurs sont bannis pour les hommes mariés, Samuel doit passer ses journées à la maison, en compagnie de Monsieur, un homme affable, opulent et dépressif, qui observe et commente ses moindres faits et gestes. Prisonniers des lieux, ils doivent préparer les repas de Madame et nettoyer la maison. Un portrait bien sombre d’une humanité assoiffée de pouvoir, où les femmes n’ont pas su faire mieux que les hommes. Publié aux éditions Alto.

Médias de service public et numérique

Depuis leur création, la radio et la télévision de service public ont connu plusieurs changements consécutifs aux innovations technologiques, aux réorientations politiques et réglementaires, à l’évolution des conditions économiques et à l’émergence de nouvelles pratiques socioculturelles. Plus récemment, ces médias, à l’instar de l’ensemble des industries culturelles, ont été secoués par la rapide expansion des réseaux numériques. L’ouvrage Le service public médiatique à l’ère numérique, publié sous la direction de Gaëtan Tremblay, professeur associé à l’École des médias, d’Oumar Kane, professeur au Département de communication sociale et publique, et d’Aimé-Jules Bizimana, professeur à l’Université du Québec en Outaouais, analyse les actions de ces médias en fonction de quatre grands thèmes: créativité, accessibilité, coopération et financement. Il s’intéresse plus particulièrement aux réseaux français et anglais de Radio-Canada (SRC/CBC), à la British Broadcasting Corporation (BBC) et à France Télévisions (FM). Ces entreprises de service public réagissent, autant que leurs ressources humaines et financières le permettent, en adoptant, sous pression extérieure ou de leur propre initiative, des stratégies pour relever les défis imposés par leur environnement en mutation. Paru aux Presses de l’Université du Québec.

La notion de patrimoine

Plutôt que de présenter une succession de cas de patrimonialisation, Les confins du patrimoine privilégie l’analyse de tensions entre des conceptions patrimoniales issues des milieux territorial, politique ou culturel. Les textes rassemblés par Martin Drouin et Lucie K. Morisset, professeurs au Département d'études urbaines et touristiques de l'ESG UQAM, et Michel Rautenberg, professeur de sociologie à l'Université Jean Monnet Saint-Étienne, permettent à ceux qui étudient le patrimoine, qui cherchent à le protéger ou qui, simplement, s’y intéressent, d'en explorer différents aspects. «Les diverses conceptions ou "idées du patrimoine" qu'on trouve à travers le monde expriment les tensions, et parfois les contradictions, entre des "systèmes locaux" du patrimoine qui peuvent s'exprimer à travers un lexique plus ou moins riche, et une "institution" patrimoniale internationale, longtemps placée sous l'influence d'une conception occidentale qui y introduit des catégories patrimoniales nouvelles. Les chercheurs le savent bien et peinent souvent à traduire – ne serait-ce que du français à l'anglais – le concept de patrimoine ou le processus de patrimonialisation», écrivent-ils. Publié aux Presses de l'Université du Québec.

Lire Mathieu Bock-Côté

«Ce livre est né d’une résolution en apparence assez simple, celle de lire ce qu’écrirait le chroniqueur et essayiste Mathieu Bock-Côté (MBC) pendant un an», écrit le chargé de cours du Département de sociologie Mark Fortier (M.A. sociologie, 2000) dans l’introduction de son essai Mélancolies identitaires. Une année à lire Mathieu Bock-Côté. «Il n’y a pas au Québec de voix médiatique plus omniprésente que celle de cet intellectuel organique du groupe Quebecor, souligne l’auteur. On peut ainsi lire MBC dans le journal, le voir à la télévision, l’entendre à la radio, et sur toutes ces tribunes, il prône avec ténacité un conservatisme de combat.» En effet, Mathieu Bock-Côté (Ph.D. sociologie, 2013), en plus d’écrire des essais, commente régulièrement l’actualité sociale et politique dans divers médias: le Journal de Montréal, L’Action nationale, Argument, Commentaire et Le Débat, mais aussi Radio-Canada et le journal français Le Figaro. L’essai de Mark Fortier, un auteur à gauche du spectre politique sur les questions de l’immigration, de la langue et de l’identité québécoise, se veut «une exploration (…) des thèmes développés par une droite qui, des Amériques à l’Europe, gagne en force». Paru chez Lux éditeur.

Le désordre des choses

Réfléchir sur l’art – ses pratiques, ses institutions, ses réseaux et les personnes qui y occupent un rôle – en tenant compte du politique, voilà la prémisse de l’ouvrage collectif dirigé par Thérèse St-Gelais et Marie-Ève Charron, respectivement professeure et chargée de cours au Département d’histoire de l’art, et intitulé Le désordre des choses. L’art et l’épreuve du politique. L’ouvrage fait suite à l’exposition éponyme présentée à la Galerie de l’UQAM en 2015 et dont les deux autrices étaient commissaires. Thérèse St-Gelais et Marie-Ève Charron reviennent sur l’événement en analysant plusieurs des œuvres, qui avaient pour thème la question de la désobéissance et du désordre. Parmi les collègues du Département qui ont participé à l’ouvrage, Véronique Leblanc discute de la relation entre artistes politisés et système de l’art, tandis qu’Annie Gérin s’intéresse à l’artiste engagé queer Yevgeniy Fiks, dont une des œuvres porte sur la communauté LGBTQ sous le régime communiste soviétique. Eduardo Ralickas s’est penché pour sa part sur Them (2007), une des œuvres les plus étonnantes de l'artiste Artur Zmijewski. La professeure associée du Département d’histoire de l’art Katrie Chagnon propose une théorie de l’art selon une approche féministe. Publié aux éditions Esse.

Nouvelles inquiétantes

Chargé de cours au Département d'études littéraires et directeur de XYZ La revue de la nouvelle, David Bélanger a écrit le recueil de nouvelles En savoir trop en parallèle avec sa thèse de doctorat. «Il n'y a pas de liens institutionnels entre les deux, mais on peut y voir des liens thématiques forts, note le lauréat de la Médaille académique du Gouverneur général 2019. Ma thèse porte sur le "savoir littéraire" d'aujourd'hui, et mes nouvelles traitent aussi de la "spécialisation des savoirs", de l'aspect morbide de l'empilement des connaissances et de la manière dont on doit gérer tout cela.» Dans les 15 nouvelles qui compose ce recueil, les lieux et les situations, aussi familiers soient-ils, basculent tranquillement vers l'étrange. Au fil des pages, on est happé par des récits rythmés qui mettent en scène un monde qui, l'air de rien, se désagrège. Familles inquiétantes, amis aux vocations inusitées, enseignants et enseignantes naïfs, tous sont brillamment observés par un auteur que l'on devine amusé, voire un peu cynique. Paru à L'instant même.

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