Lectures d'octobre

Notre sélection mensuelle d'ouvrages publiés par des professeurs, chargés de cours, étudiants, employés, diplômés ou retraités de l'UQAM.

13 Octobre 2020 à 11H00

Série «Titres d'ici»

La formation d'une élite

Qu’ont en commun Hubert Aquin, Marcel Dubé, Hubert Reeves, Alfred Pellan et Hélène Loiselle? Ils ont profité des programmes de bourses d’études à l’étranger du gouvernement québécois avant la Révolution tranquille. Et derrière ces personnalités parmi les plus connues se cachent plus de 1000 jeunes diplômés et artistes à qui ces programmes ont permis d’aller se perfectionner, surtout en France et aux États-Unis, entre 1920 et 1959. «Les circonstances ont fait en sorte qu'ils ont peu à peu sombré dans l'oubli et qu'ils n'ont pas suscité l'intérêt des historiens. Notre étude ne vise pas tant à les ramener au-devant de la scène qu'à montrer que les agents du changement au Québec formés avant 1960, loin de constituer un petit bataillon de figures emblématiques, ont été assez nombreux pour former un véritable régiment», soulignent le professeur au Département d'histoire Robert Gagnon et son collègue Denis Goulet, professeur associé à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal. Avec La formation d'une élite: les bourses d'études à l'étranger du gouvernement québécois (1920-1959), les deux auteurs font la démonstration que ce sont dans les grandes universités européennes et américaines ou en se frottant aux avant-gardes que ces boursiers se sont familiarisés avec des pratiques liées à la recherche, avec des techniques de pointe et avec les théories émergentes dans leur discipline, pour ensuite diffuser leurs connaissances au Québec. Publié chez Boréal.

Des soldats dans le Grand Nord

Le catalogue Le déploiement fait suite à l’exposition éponyme présentée à la Galerie de l’UQAM l’automne dernier par l’artiste Emmanuelle Léonard (M.A. arts visuels et médiatiques, 2002). L’événement, dont le commissariat était assuré par la directrice de la Galerie Louise Déry (qui signe l’ouvrage avec la curatrice Stefanie Hessler), dévoilait un nouveau corpus photographique et vidéographique, créé à l’occasion d’une résidence de recherche au Nunavut. En 2018, Emmanuelle Léonard a accompagné un groupe de soldats provenant du Manitoba qui devaient suivre une formation visant à intervenir de manière plus efficace sur un territoire soumis à des conditions hivernales rigoureuses. Les images de l’artiste témoignent de la vie et du travail de ces militaires en entraînement, sous la supervision de leurs guides, les Rangers locaux, dont les membres proviennent principalement des communautés inuites avoisinantes. Le catalogue, qui comprend des textes en français et en anglais, propose aussi un survol de la production d’Emmanuelle Léonard des 15 dernières années, avec des images de travailleurs des mines et des gazières en Colombie et au Venezuela, de membres d’un corps policier et de religieuses retraitées. Si la situation le permet, les Torontois pourront voir une partie de l’exposition Le déploiement au Ryerson Image Centre de Toronto au printemps 2021. Publié par la Galerie de l’UQAM.

Entretiens avec Joseph Yvon Thériault

Dans L’autre moitié de la modernité, deux jeunes professeurs, François-Olivier Dorais, de l’Université du Québec à Chicoutimi, et Jean-François Laniel, de l’Université Laval, s’entretiennent avec le professeur du Département de sociologie Joseph Yvon Thériault. Ils retracent le chemin parcouru depuis plus de 40 ans par le sociologue et montrent dans quelle mesure ses travaux sur le Québec, l’Acadie, la francophonie canadienne et les petites nations aident à penser les défis sociaux et politiques des sociétés modernes. Les entretiens permettent non seulement de comprendre les différentes étapes de l’évolution de la pensée de Joseph Yvon Thériault, mais aussi les enjeux qui ont jalonné sa vie intellectuelle. Les questions d’identité, de la démocratie, de l’État, de la société civile, des petites et grandes nations et des idéologies figurent parmi les thèmes abordés. Le sociologue souligne que beaucoup de Québécois, depuis la Révolution tranquille, semblent entretenir un rapport conflictuel avec leur passé. Contre la conception radicale de la modernité, qui se traduit notamment par une tendance à la désaffiliation, Joseph Yvon Thériault affirme que «l’humanité se construit par un enracinement». Paru aux Presses de l’Université Laval.

Entretenir sa vitalité d’aidant

Médecins, psychologues, travailleurs humanitaires ou premiers répondants sont confrontés à des situations de crise au quotidien. Mais que se passe-t-il quand l’aidant devient épuisé et souffrant? La professeure du Département de psychologie Pascale Brillon (Ph.D. psychologie, 1999), une spécialiste du traitement de l’anxiété et du trouble de stress post-traumatique, explore dans cet ouvrage les causes de la détresse professionnelle. L’autrice y décrit deux syndromes touchant plus spécifiquement les professionnels aidants, soit la détresse «par procuration», le fait de s’approprier et de revivre des scènes traumatisantes recons­truites dans son imaginaire à partir des témoignages de victimes, et la fatigue de compassion, laquelle se caractérise par une profonde lassitude et une incapacité à se mettre à la place de l’autre. «Elle peut détériorer toutes nos relations interpersonnelles et notre capacité générale d’établir et de maintenir nos relations, écrit Pascale Brillon. La fatigue de compassion ébranle notre sentiment de vocation face à notre métier.» La professeure suggère des stratégies pour lutter contre la détresse professionnelle au moyen d’exercices visant à mieux connaître les besoins, les zones de fragilité, le potentiel de résilience et les réactions en situation de stress. Entretenir ma vitalité d’aidant - Guide pour prévenir la fatigue de compassion et la détresse professionnelle est publié aux Éditions de l’Homme.

Humour et violence

On associe généralement l’humour à la gaieté, au divertissement et à la liberté. Malgré ce vernis candide, l’humour est pourtant loin d’être dénué de violence. C’est ce que montre l’ouvrage collectif Humour et violence symbolique, publié sous la direction de Lawrence Olivier, professeur au Département de science politique, Julie Dufort (Ph.D. science politique, 2018), professeure au Collège André-Grasset et à l’École nationale de l’humour, et Martin Roy, doctorant à l’Université d’Ottawa. Qu’il s’agisse du racisme, de l’homophobie, du sexisme, de la misogynie, de la transphobie ou du dédain des classes populaires, certaines productions humoristiques (stand-up, films, plaisanteries quotidiennes, etc.) portent en elles une violence aisément reconnaissable et largement banalisée, tandis que d’autres en couvent une qui s’avère beaucoup plus subtile. En adoptant la notion de violence symbolique comme outil de travail, et en la revisitant, l’ouvrage examine les parts sombres de l’humour, sans cependant en négliger la puissance critique. Composé de réflexions théoriques et d’études de cas, il vise à rendre plus perceptibles les liens qui unissent humour et violence, qu’on peine encore aujourd’hui à discerner. Paru aux Presses de l’Université Laval.

Nouvelles approches collaboratives

L'innovation collective peut prendre plusieurs formes: living Labs en santé, expérimentations collectives en agriculture, «design thinking» dans l'action publique, urbanisme participatif dans les villes, laboratoires ouverts par les usages dans le secteur des services, financement participatif en entrepreneuriat, œuvres en usage partagé (creative commons) en technologie ou innovation ouverte dans le monde industriel. Parce qu'elles constituent des approches inclusives, ces démarches intéressent à la fois les gens d'affaires, les élus, les chercheurs et les citoyens souhaitant réaliser des projets partagés, acceptés, utilisés et pertinents pour la société. «Il n'est plus question d'agir pour, mais bien d'agir avec... avec les citoyens, avec les usagers, avec les utilisateurs, avec les parties prenantes qui se sentent concernées et se déclarent légitimes, sans attendre», expliquent Valérie Lehmann, professeure au Département de management de l'ESG UQAM, et Valérie Colomb, chercheuse à Sciences Po Lyon, qui dirigent L'innovation collective: quand créer avec devient essentiel. Après avoir traité de l’innovation collective et de ses représentations, l'ouvrage aborde ses enjeux et ses échelles d’action, décortique certains dispositifs déployés pour créer avec et discute des rôles des acteurs engagés dans ces démarches. Ensuite, cinq expériences sont analysées par leurs participants, et les derniers textes portent sur les limites et les difficultés associées aux systèmes ouverts. Publié aux Presses de l'Université du Québec.

 

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