Les bienfaits de la musique

Les marqueurs du stress diminuent chez les musiciens amateurs après une répétition avec leurs collègues.

1 Octobre 2020 à 9H18

La cheffe d'orchestre Mélissa Tardif dirige l'Harmonie nouveaux horizons de Montréal, en décembre 2017, à l'occasion d'une répétition donnée à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal.Photo: Audrey-Kristel Barbeau

La musique adoucit les mœurs, dit le proverbe, et ses vertus apaisantes ne s'appliquent pas uniquement aux personnes qui en écoutent. «On ne peut qu'encourager les gens à jouer d'un instrument et à joindre un ensemble, affirme la professeure du Département de musique Audrey-Kristel Barbeau. Même en tenant compte de l'inévitable stress lié aux répétitions et aux concerts, les bienfaits de la musique sont évidents.»

Plusieurs études sur la santé psychologique ont démontré par le passé que la musique a bel et bien un effet bénéfique sur l'anxiété et la réduction des symptômes dépressifs, rappelle la professeure, mais très peu de recherches ont porté sur les marqueurs biologiques des impacts de la pratique musicale.

Dans le cadre d'une étude exploratoire réalisée à l'été 2019 et financée par le programme développement Savoir du CRSH, Audrey-Kristel Barbeau a évalué les effets de la pratique musicale sur le stress et le système immunitaire de musiciens amateurs de 50 ans et plus. Pour ce faire, elle a prélevé des échantillons de salive afin d'analyser leur taux de cortisol, une hormone liée au stress, ainsi que leur taux d'immunoglobuline A, un marqueur lié aux anticorps du système immunitaire.

Baisse significative du taux de cortisol

Audrey-Kristel Barbeau n'a pas eu à chercher trop loin pour recruter des participants. «J'ai fondé en 2014 une harmonie musicale, c'est-à-dire un orchestre avec des instruments à vent et des percussions», raconte-t-elle. L'Harmonie nouveaux horizons de Montréal compte aujourd'hui une centaine de membres, âgés de 12 à 90 ans, répartis en trois niveaux selon leurs habiletés musicales - initiation, adagio et allegro.

Huit instrumentistes de l'Harmonie ont accepté de participer à son étude exploratoire. «Nous avons créé deux situations expérimentales, une au repos, qui consistait à visionner un documentaire de 90 minutes sur la musique classique, et l'autre durant une répétition de 90 minutes» précise-t-elle. Les échantillons de salive ont été prélevées avant et après chacune de ces situations.

«Nous avons observé une baisse significative du taux de cortisol dans le corps après le visionnement du documentaire et après la répétition musicale, révèle la chercheuse. En revanche, seule l'écoute du documentaire a entraîné une hausse de l'immunoglobuline A dans le corps, signe de renforcement du système immunitaire. Nous ne pouvons donc pas conclure à ce stade que la pratique musicale a un effet sur le système immunitaire. Il faudrait répéter l'expérience avec un plus grand nombre de participants.»

Les suites de ce projet de recherche sont en suspens, note Audrey-Kristel Barbeau, puisque les ensembles musicaux ne répètent plus en raison de la pandémie. «Nous espérons offrir des activités en ligne pour l'Harmonie et poursuivre l'étude en recrutant cette fois une trentaine de participants âgés de 50 ans et plus. Nous ajouterions deux situations expérimentales: avant et après une répétition personnelle à la maison ainsi qu'avant et après une répétition virtuelle. Nous tenterons de maintenir une répétition en groupe, à l'extérieur si c'est possible.»

Technologies et littératie numérique

Dans le cadre de son doctorat, Audrey-Kristel Barbeau s'était intéressée à l'anxiété de performance chez les musiciens professionnels et aux effets bénéfiques de la pratique musicale chez les personnes âgées. «Je voulais démontrer que l'apprentissage d'un instrument a un effet positif immédiat sur la santé des gens âgés, en amont d'un quelconque suivi thérapeutique, qui constitue l'approche habituelle en musicothérapie», explique-t-elle.

La professeure prépare actuellement à titre de co-chercheuse une étude pancanadienne sur l'impact de l'utilisation d'appareils techno en musique chez les personnes âgées. «Nous souhaitons analyser comment l'utilisation des technologies dans leur pratique musicale, comme les applications ThumbJam, Garage Band, Touch Pianist ou Music Speed Changer, peut les aider sur le plan de la littératie numérique dans la vie de tous les jours, et ainsi avoir un impact sur leur qualité de vie.»

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