Nouveau programme en handicap et sourditude

Le programme unique dans la francophonie vise à favoriser l'exercice de la citoyenneté.

18 Décembre 2020 à 15H59

Le programme s'adresse à tous les acteurs sociaux qui se trouvent en situation d'intervention auprès des personnes en situation de handicap et des personnes sourdes, ainsi qu'aux étudiantes et étudiants de divers programmes de maîtrise de l'UQAM.Photo: Getty Images

Lors du dernier recensement de Statistique Canada, en 2016, plus de 3,8 millions de personnes âgées de 15 ans et plus – soit 13 % de la population canadienne – ont déclaré avoir une incapacité liée à l’audition, la vision ou la mobilité. Près de 875 000 Canadiennes et Canadiens ont pour leur part indiqué avoir une surdité partielle ou totale limitant leurs capacités. «Malgré les progrès des dernières décennies, les droits politiques, sociaux et culturels des personnes en situation de handicap et des personnes sourdes sont régulièrement bafoués encore aujourd’hui, affirme Mouloud Boukala, professeur à l’École des médias et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les médias, les handicaps et les (auto) représentations. Ces personnes sont sous-représentées dans plusieurs secteurs, dont le marché de l’emploi, le domaine des arts et de la culture.»

Un nouveau programme court de 2e cycle Handicap et sourditude: droits et citoyenneté, qui sera offert à compter de l’automne 2021, vise à améliorer la situation. Ce programme de 9 crédits – 3 cours – formera des professionnelles et professionnels des milieux de l'action communautaire, de l'intervention, de la recherche et de l'enseignement à la promotion et à l'exercice de la citoyenneté des personnes en situation de handicap ou des personnes sourdes. Des étudiantes et étudiants de divers programmes de maîtrise de l’UQAM pourront aussi suivre les trois cours du programme et obtenir une concentration de 2e cycle.

Le programme s’inscrit dans la perspective des formations anglo-saxonnes en études critiques sur le handicap (Critical Disability Studies) et en études sourdes (Deaf Studies). «Si des universités anglophones sont en avance dans ce domaine, le programme de l’UQAM sera le premier dans l’ensemble de la francophonie», souligne Mouloud Boukala.

Ce dernier a créé le programme avec trois collègues: la professeure du Département de communication sociale et publique Véronique Leduc, qui est devenue, en 2017, la première personne sourde à occuper un poste de professeure dans une université au Québec; Mireille Tremblay, professeure associée au Département de communication sociale et publique, qui est spécialiste de la participation sociale et de l’éducation à la citoyenneté démocratique des personnes ayant un handicap ou des limitations fonctionnelles; et Jean Horvais, professeur au Département d’éducation et formation spécialisées, qui s’intéresse à l’émancipation, à la participation sociale et à l’exercice de l’autodétermination des personnes marginalisées par leur condition handicapée.

Outils théoriques et pratiques

Le programme s’adresse à tous les acteurs sociaux qui se trouvent en situation d’intervention auprès des personnes en situation de handicap et des personnes sourdes. «On pense, entre autres, aux professionnelles et professionnels de la santé et des services sociaux, aux interprètes en langue des signes québécoise, aux enseignantes et enseignants en adaptation scolaire, aux intervenantes et intervenants en matière d’équité, de diversité et d’inclusion et aux fonctionnaires», mentionne Mouloud Boukala.

En amont de sa création, les quatre coresponsables du programme ont sondé des personnes œuvrant dans une trentaine d’organismes de ce milieu. Pas moins de 89 % d’entre elles considèrent le nouveau programme pertinent dans leur champ de pratique. «Ces personnes ont une connaissance fine de la réalité sur le terrain, mais manquent d’outils théoriques et historiques pour développer des pratiques émancipatoires», précise le professeur. Dans ce même sondage, plus de 80 % des 126 étudiantes et étudiants en communication, en sciences humaines et en sciences de l’éducation ont aussi mentionné un intérêt pour la formation.

Mouloud Boukala insiste sur l’importance du terme sourditude dans le titre du programme. «Le terme surdité est issu du champ médical et met l’accent sur la pathologie et l’incapacité. Or, les personnes sourdes ne s’identifient pas comme des personnes handicapées, mais bien comme une minorité linguistique et culturelle qui possède sa propre dimension existentielle.»  

Trois cours, dont une école d’été

Le programme compte trois cours à suivre. Droits, citoyenneté et handicap: stratégies d’émancipation se déroule sous la forme d’une école d’été intensive d’une semaine, en juin. Celle-ci s'articule autour d'une série d'ateliers tripartites – milieu universitaire, professionnel et communautaire – portant sur les grandes catégories de droits: civils, culturels, sociaux, économiques, politiques. Offerte depuis 2017, cette école d’été connaît un grand succès année après année. «Des collègues de France et de Belgique ont repris le concept dans leur pays», dit Mouloud Boukala.

Le cours Handicap et sourditude: stratégies de communication, de recherche et d’action vise à introduire à la diversité des réalités des personnes handicapées ou sourdes. «On y abordera des notions comme l’équité culturelle, le capacitisme et l’audisme», précise le professeur.

Enfin, le cours Représentations médiatiques du handicap et de la sourditude a comme objectif d'analyser les représentations sociales du handicap et de la sourditude à travers diverses productions médiatiques – cinéma, bande dessinée, séries télévisuelles, photographies – dans une perspective historique et anthropologique. «Nous examinerons les stéréotypes véhiculés par ces représentations, dit le professeur. Nous verrons aussi l’impact de certaines séries télévisuelles, dans lesquelles des acteurs professionnels qui ne sont pas handicapés sont embauchés pour jouer le rôle de personnes handicapées.» 

Le programme est offert à temps partiel, et les admissions se font en continu. Il est possible de faire une demande d’admission dès maintenant.

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