Partition pour corps ouverts

Dans le cadre de son mémoire-création, Coralie Lemieux-Sabourin témoigne de son expérience en tant que greffée du foie.

21 Février 2020 à 12H38, mis à jour le 25 Février 2020 à 15H00

Les représentations de Partition pour corps ouverts avaient lieu au studio d’essai Claude-Gauvreau du 20 au 22 février derniers. 
Photo :Patrice Tremblay

Il y a presque 10 ans, Coralie Lemieux-Sabourin apprenait de manière fortuite qu’elle était atteinte d’une forme rare de cancer du foie et qu’elle avait besoin d’une greffe pour survivre. Elle avait 23 ans. La candidate à la maîtrise en théâtre a présenté, du 20 au 22 février derniers, Partition pour corps ouverts, une mise en lecture de son mémoire-création portant sur son expérience en tant que greffée du foie.

L’œuvre théâtrale prend la forme d’une partition dramatique qui mêle le théâtre documentaire, l’autofiction et la performance. «C’est l’histoire d’une patiente qui rentre un matin à l’hôpital et qui n’en sort plus! décrit Coralie Lemieux-Sabourin. Il n’y a pas de quatrième mur: on s’adresse au public en le regardant droit dans les yeux.» Le sujet de l’œuvre peut paraître lourd, reconnaît l’étudiante, «mais le tout est traité avec beaucoup d’humour».

Dans le cadre de son mémoire dirigé par la professeure de l’École supérieure de théâtre Marie-Christine Lesage, Coralie Lemieux-Sabourin pose un regard critique sur le système médical occidental «basé sur la dissection et l’anatomie», tout en soulevant des questions sur les limites du vivant, le rapport au cadavre et à la mort au fil des siècles, et l’éthique entourant les greffes d’organes. «Le don d’organe, c’est une démarche à la fois magnifique et violente. On a besoin d’une personne morte ou sur le point de l’être pour donner la vie à quelqu’un d’autre», exprime-t-elle.

Les comédiennes Ariane Bélanger et Barbara Papamiltiadou l’accompagnent sur scène. Le diplômé Solo Fugère (B.A. art dramatique/jeu, 2016) incarne pour sa part celui qu’elle a surnommé Marcel, son donneur. «C’était un homme dans la cinquantaine décédé d’une mort cérébrale, raconte Coralie Lemieux-Sabourin. Ce sont les seules informations que j’ai obtenues sur lui. Dans la pièce, je le fais revivre; je lui rends hommage.» La mise en espace a été réalisée en collaboration avec la doctorante en études et pratiques des arts et metteuse en scène Andrea Ubal Rodriguez.

Diplômée de l’Institut national de l’image et du son (INIS), Coralie Lemieux-Sabourin est aussi cinéaste. Son travail s’intéresse particulièrement aux êtres vivant en dehors des normes établies. Elle a réalisé deux courts métrages documentaires, dont Processions (2017), un film sur le quotidien de son père, Jacques Lemieux – un amoureux des arts et ancien journaliste de la radio de Radio-Canada, aujourd’hui décédé– dans une résidence pour personnes âgées. La cinéaste travaille à la réalisation d’un premier moyen métrage documentaire avec les Productions du Rapide-Blanc.

Les représentations de Partition pour corps ouverts avaient lieu au studio d’essai Claude-Gauvreau (salle J-2020) du 20 au 22 février derniers.

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