Pour une métropole résiliente 

Trois professeurs de l’UQAM font partie du comité d’experts économiques pour la relance de Montréal, dont la seule femme qui y siège. 

9 Juin 2020 à 11H49

Série COVID-19: tous les articles
Les nouvelles sur la situation à l'Université entourant la COVID-19 et les analyses des experts sur la crise sont réunies dans cette série.

Le comité recommande que la Ville appuie les PME dans leur virage numérique, qu’elle facilite la livraison urbaine, qu’elle priorise l’achat local, l’économie circulaire et les circuits courts.  Photo: Getty images

Le comité d’experts économiques formé par la Ville de Montréal pour se pencher sur la relance de la métropole a remis son rapport le 2 juin dernier. Trois professeurs de l’UQAM font partie de ce comité : le professeur émérite de sciences économique Pierre Fortin, sa collègue Raquel Fonseca, titulaire de la Chaire de recherche sur les enjeux économiques intergénérationnels – la seule femme du comité – et le professeur du Département d’études urbaines et touristiques de l’ESG UQAM Pierre Delorme (B.Sp. science politique, 1973). Formé d’une douzaine de membres, le comité est présidé par l’économiste Luc Godbout, titulaire de la Chaire en fiscalité et finances publiques de l’Université de Sherbrooke.

Intitulé «Du confinement à la relance : pour une métropole résiliente», le rapport du comité propose une série de recommandations pour relancer Montréal. Moteur économique du Québec, la métropole «présente à la fois une grande concentration de l’activité économique, de la densité de la population et du nombre de cas liés à la COVID-19», rappellent les experts. Selon eux, il faut agir simultanément pour soutenir l’économie à court terme, tout en mettant en place les bases d’une plus grande résilience advenant d’autres vagues de la maladie ou d’autres chocs.

Le haut niveau d’incertitude lié à la durée de la pandémie a compliqué le travail du comité, dont les recommandations sont de plusieurs ordres. Il prône, entre autres, la levée temporaire pour Montréal de l’obligation d’équilibrer son budget. Selon les membres du comité, la Ville doit envisager de prolonger les mesures d’assouplissement adoptées en ce qui concerne les taxes foncières.

Les experts croient que Montréal doit miser sur les infrastructures numériques pour faciliter le télétravail, tout en prenant en compte la situation des commerçants du centre-ville, qui dépendent de la venue des travailleurs.

Du côté des entreprises et des commerces, le comité recommande que la Ville appuie les PME dans leur virage numérique, qu’elle facilite la livraison urbaine, qu’elle priorise l’achat local, l’économie circulaire et les circuits courts. Il suggère aussi de favoriser le réseautage et le développement de grappes dans des industries phares comme la culture et le jeu vidéo.

La Ville devrait également développer une gestion adaptée des locaux vacants. En plus des nombreux espaces commerciaux déjà vides, il faut en effet s’attendre à ce que de nombreux commerces, notamment dans le secteur des restaurants et des bars, ne puissent pas rouvrir leurs portes après la crise. La Ville pourrait aussi soutenir l’entrepreneuriat collectif en cas de faillites. Cela pourrait se faire, par exemple, «en appuyant les regroupements de travailleurs souhaitant reprendre les entreprises en formant une coopérative ou un OBNL». 

Dans le domaine du transport et de l’urbanisme, le comité est d’avis qu’il serait pertinent d’encourager, chez les grands employeurs, les ajustements des horaires de travail afin de contribuer à réguler l’achalandage. On propose aussi la mise en place d'un plan d’infrastructure afin de bénéficier des investissements des gouvernements fédéral et provincial, et de réfléchir à l’aménagement des lieux publics et des espaces verts, qui ont un effet positif sur la santé physique et mentale des résidents. Une aide ponctuelle pour les loyers commerciaux, en plus du programme fédéral qui existe déjà, pourrait également être envisagée afin d’éviter la fermeture d’entreprises.

En ce qui concerne les industries culturelles et le tourisme, les experts recommandent que Montréal aide les grands festivals à migrer vers les plateformes en ligne et que la Ville favorise la multiplication, pour l’année 2020, de plus petits événements.

Un rapport bien accueilli

La Ville de Montréal a accueilli «très favorablement» le rapport du comité d’experts, qui s’inscrit «en cohérence avec les valeurs que nous prônons pour la collectivité et le Montréal de demain», a commenté la mairesse de Montréal, Valérie Plante.

Le 8 juin dernier, des aides financières totalisant 50 millions de dollars ont été annoncées par les gouvernements du Québec et du Canada pour venir en aide aux petites et moyennes entreprises montréalaises. Le fonds sera administré par l’organisme PME Mtl. La même journée, Québec a également annoncé une bonification du programme fédéral d’Aide d’urgence pour les loyers commerciaux. Cette bonification aidera les propriétaires commerciaux à participer au programme fédéral en réduisant de moitié la perte de 25% qu’ils doivent s’engager à absorber pour en bénéficier. Pour les entreprises locataires, la participation à ce programme se traduit par une réduction du loyer de 75% (pour les mois d’avril, mai et juin), mais celle-ci est conditionnelle à la participation de leur propriétaire.

Plusieurs diplômés de l’UQAM faisaient également partie du comité d’experts économiques pour la relance de Montréal: Matthieu Arseneau (M.Sc. économique, 2005), chef économiste adjoint à la Banque Nationale, Pier-André Bouchard St-Amant (M.Sc. économique, 2009), professeur à l’École nationale d’administration publique, Nicolas Zorn (M.A. science politque, 2013)directeur général de l’Observatoire québécois des inégalités. Un autre membre du comité, l’économiste François Delorme, chargé de cours à l’Université de Sherbrooke, est par ailleurs étudiant au certificat en études féministes à l’UQAM.

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