De la méditation à la création

Un nouveau programme de deuxième cycle explore les liens entre la pratique contemplative et le processus créateur.

9 Novembre 2020 à 16H34

Le programme multidisciplinaire de deuxième cycle, qui inclut trois séminaires, a ceci de particulier qu’il explore aussi les liens entre processus de création et méditation, une première dans une université canadienne. Photo: Getty Images

Le Département de sciences des religions offrira à l’automne prochain un nouveau programme court de deuxième cycle sur la méditation. Intitulé «Méditation theravāda et processus de création: approches académiques, critiques et expérientielles», le programme vise à approfondir les connaissances théoriques et pratiques sur la méditation contemplative. Il a aussi pour objectif de «mieux comprendre le contexte historique dans lequel les techniques de méditation theravāda ont émergé et se sont développées au fil du temps», explique le professeur du Département de sciences des religions Mathieu Boisvert, coresponsable du programme.

La méditation bouddhiste a été adaptée pour l’Occident en la dépouillant de son caractère religieux, fait remarquer le professeur. Les Occidentaux ont privilégié certaines approches, telles que la présence attentive, au détriment d’un enseignement plus global. «La formation proposera ainsi un élargissement de la compréhension de ce qu’est la méditation, précise celui qui est aussi spécialiste des traditions religieuses sud-asiatiques et adepte de la méditation theravāda. Elle replacera les techniques dans leur cadre traditionnel tout en adoptant une approche critique face à cette tradition.»

Le programme multidisciplinaire de deuxième cycle, qui inclut trois séminaires, a ceci de particulier qu’il explore aussi les liens entre processus de création et méditation, une première dans une université canadienne. «Un cours se donne sur le sujet à l’Université de Toronto, mais aucun autre programme universitaire ne fait le pont entre les arts, la création, les sciences des religions et la méditation», affirme Isabelle Miron, professeure au Département d’études littéraires et coresponsable du programme. Aux États-Unis, un programme semblable existe à l’Université du Michigan.

Pour réfléchir au processus de création, nul besoin d’être artiste. «Méditer dans le but de créer ou d’être plus productif crée une tension allant à l’encontre de ce qu’est la pratique, observe Isabelle Miron. Il s’agit plutôt de voir que l’état dans lequel nous plonge la méditation nous permet de devenir attentif à nos manifestations mentales et physiques, et constitue une manière d’ouvrir les possibilités et d’accéder à un état créateur en soi.»

Le cours fera découvrir les travaux d’un artiste comme Vassily Kandinsky, dont l’approche créative se rapproche de la méditation, ou de créateurs qui en font une pratique régulière, tels que l’artiste visuelle et doctorante en études et pratiques des arts Sylvie Cotton (M.A. muséologie, 1993) et le musicien et chercheur Jonathan Voyer (Ph.D. études et pratiques des arts, 2018).

La pratique de la méditation sera intégrée dès le premier séminaire. L’enseignement sera donné par U Jagara, un moine bouddhiste theravāda qui a passé la majeure partie de sa carrière dans des ermitages de forêt au Sri Lanka et au Myanmar. «Comme il est d’origine québécoise, il peut comprendre le monde occidental», souligne Mathieu Boisvert. Une retraite de méditation de 10 jours est également au programme.

La complicité qui lie les trois professeurs depuis une vingtaine d’années est à l’origine du projet. «Nous éprouvons un réel plaisir à travailler ensemble et une envie de partager nos connaissances et nos réflexions», mentionne Isabelle Miron. Selon Mathieu Boisvert, une formation intensive permet de tisser des liens entre les participants et donne souvent lieu à la création de «micro-communautés de recherche». «Nous pourrons prendre part à des échanges très riches par le fait que les personnes proviendront de différentes disciplines.» Une séance d’information sur le programme aura lieu sur la plateforme Zoom le mardi 24 novembre prochain, à 17 h.

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