Les joies du mouvement

La spécialiste de l’éducation somatique Sylvie Fortin défend le rôle de la danse adaptée en complément d’un programme de réadaptation.

22 Septembre 2020 à 15H03

Cours de danse adaptée au Centre national de danse-thérapie des Grands ballets canadiens, dans le cadre d'un projet en collaboration avec la professeure Sylvie Fortin. Photo: Grands ballets canadiens

«La danse est sous-estimée dans la société, alors qu’elle a un énorme potentiel pour améliorer le bien-être», avance la professeure associée au Département de danse Sylvie Fortin. La situation est toutefois en train de changer: de plus en plus en de spécialistes en sciences cognitives, en neurologie, en réadaptation ou en kinésiologie s’intéressent à la danse comme moyen d’intervention. «La danse touche plusieurs dimensions de l’individu: autant les aspects moteurs et cognitifs que sociaux et affectifs sont sollicités, précise Sylvie Fortin. Danser peut aider à améliorer l’équilibre, à augmenter les capacités de la mémoire, à être plus attentif tout en développant le sens du rythme.»

Grâce à l’imagerie par résonnance magnétique, qui permet de voir ce qui se passe dans le cerveau, les chercheurs ont compris la puissance du mouvement qui permet, par exemple, de créer de nouvelles connexions entre nos neurones.

Afin de déterminer comment des interventions en danse peuvent contribuer à la santé et au mieux-être des personnes, Sylvie Fortin et sa collègue Bonnie Swaine, directrice de l’École de réadaptation de l’Université de Montréal, pilotent, depuis 2018, le vaste programme de recherche intersectoriel Audace, subventionné par les Fonds de recherche du Québec (FRQ). Les professeurs Caroline Raymond, Lucie Beaudry et Hélène Duval, du Département de danse, et Martin Lemay, du Département des sciences de l’activité physique, font aussi partie de l’équipe de recherche.

Des interventions en danse adaptée ont été conçues par des experts du milieu de la danse en collaboration avec des spécialistes du domaine de la santé, tels que physiothérapeutes et ergothérapeutes, pour répondre aux besoins spécifiques de chaque groupe d’enfants, d’adultes ou d’aînés atteints de différentes maladies. Des enfants souffrant de maladies neuromusculaires ou de problèmes de neuro-vision, des adultes en réadaptation physique ou atteints de la maladie de Parkinson, des personnes âgées victimes d’un accident vasculaire cérébral (AVC) et des femmes en situation d’itinérance vivant avec des problèmes de santé mentale ou de toxicomanie ont participé à des cours de danse adaptée.

«Chaque intervention se compose d’un contenu approprié aux besoins des participants, d’un programme de mouvements spécifiques et d’une pédagogie donnée, plus directive ou plus près de l’improvisation, par exemple, décrit Sylvie Fortin. Les mouvements ne sont pas les mêmes pour les femmes en situation d’itinérance que pour les enfants avec des maladies neuromusculaires.»

Le programme permet ainsi de «mieux comprendre quels sont les ingrédients qui font en sorte que les interventions fonctionnent», dit Sylvie Fortin.

Un programme ludique et populaire

D’un programme de danse adaptée à l’autre, les participants sont unanimes : ils ont adoré l’expérience, comme on peut le voir dans une vidéo réalisée par la Fabrique culturelle dans le cadre du projet Un pas à la fois, mieux vivre grâce à la danse. «Peu importe l’âge et le type de pathologies dont ils sont atteints, les participants sont assidus et ont beaucoup de plaisir à assister à leurs cours de danse, relève Sylvie Fortin. Cela leur fait du bien, ils écoutent de la musique et tissent des liens avec les autres participants.»

Danser est une activité ludique, ce qui peut expliquer l’engouement des participants. «En réadaptation, on pratiquera un mouvement dans le but que le patient puisse ramasser ses lunettes au sol en s’étirant, note la chercheuse. Avec la danse, on peut répéter le même mouvement fonctionnel, mais en ajoutant de la musique et du rythme.» Il ne s’agit pas, précise-t-elle, de remplacer les thérapies traditionnelles telles que la physiothérapie, l’ergothérapie et l’orthophonie, mais de compléter l’offre de soins offerte aux patients en ajoutant la danse adaptée.

Un des projets de recherche du programme Audace a fait l’objet en août dernier d’un article dans l’édition en ligne de la revue Arts & Health. An International Journal for Research, Policy and Practice. Le programme de danse-thérapie de 12 semaines visait à améliorer la mobilité d’une dizaine de patients souffrant de divers troubles neurologiques comme la sclérose en plaques. «Grâce aux interventions en danse qui avaient lieu deux fois par semaine, les participants ont obtenu de meilleurs résultats aux tests mesurant l’équilibre, ce qui permet de réduire les risques de chute», explique Sylvie Fortin. La recherche, qui s’est déroulée au Centre de réadaptation Lucie-Bruneau, constitue le projet de maîtrise de Brigitte Lachance (B.A. danse, 1986), une physiothérapeute et danseuse de formation qui donne depuis plusieurs années des cours de danse adaptée. L’étudiante a été codirigée par Sylvie Fortin et Bonnie Swaine.

Bien que Sylvie Fortin soit nouvellement retraitée, elle demeure très active. Elle annonce d’ailleurs que d’autres résultats du projet Audace sont à venir et milite avec toujours autant de ferveur pour la reconnaissance de la danse comme intervention thérapeutique. «La danse devrait faire partie des activités prescrites par les médecins, au même titre que la marche en nature ou la visite d’un musée», affirme la professeure.

Une professeure engagée

Au cours de sa carrière, Sylvie Fortin s’est dédiée à l’enseignement et à la transformation des personnes par des ateliers de prise de conscience de soi à partir du mouvement. Après avoir enseigné l’éducation somatique aux interprètes en danse dans le but de raffiner leurs capacités expressives et techniques et étudié les conditions et les facteurs de santé des danseurs et les moyens de prévenir les blessures liées à l’entraînement, la professeure s’est intéressée au mieux-être des personnes issues de différents milieux. Elle a participé à de nombreuses recherches participatives et autres recherches sur le terrain avec des groupes de femmes en situation de vulnérabilité (dépression, troubles alimentaires, fibromyalgie ou toxicomanie). Son intérêt pour le bien-être des personnes inclut également les enfants en situation de fragilité ou de handicap. Elle a collaboré au fil des ans avec plusieurs partenaires comme le Centre national de danse-thérapie des Grands Ballets Canadiens, le Centre de réadaptation Marie-Enfant de l’hôpital Sainte-Justine et le Pavillon Lise Watier de la Mission Old Brewery. On peut lire ici l’hommage à la professeure publié sur le site web du Département de danse.

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