Deux médicaments prometteurs

La plateforme thérapeutique développée par l’équipe de Borhane Annabi pourrait améliorer le traitement du cancer des ovaires.

28 Avril 2020 à 11H42

Les résultats in vivo obtenus avec le TH1902 et le TH1904 démontrent une grande accumulation des conjugués à l’intérieur des tumeurs ovariennes et une faible concentration dans les tissus ovariens sains.  Photo: Nathalie St-Pierre

La biotech québécoise Theratechnologies, qui pilote les essais in vivo sur deux médicaments expérimentaux conçus à partir de la plateforme thérapeutique développée par le professeur du Département de chimie Borhane Annabi et son équipe du laboratoire d’oncologie moléculaire de l’UQAM, a obtenu des résultats prometteurs dans la lutte contre le cancer des ovaires. Ces résultats positifs ont été retenus pour être présentés oralement le 28 avril dans le cadre d’un mini-symposium au congrès annuel de l’American Association for Cancer Research(AACR). «Ce congrès est l’un des plus importants dans le domaine du cancer en Amérique. Quoique tenu virtuellement cette année, c’est une opportunité unique de réseauter avec des cliniciens», affirme le professeur Annabi.

Les résultats de la présentation orale «Increasing potency of anticancer drugs through Sortilin receptor-mediated cancer therapy: A new targeted approach for the treatment of ovarian cancer» démontrent que le TH1902 (conjugué docétaxel-peptide) et le TH1904 (conjugué doxorubicine-peptide), deux conjugués peptide-médicament (CPM) expérimentaux ciblant les cancers où s’expriment les récepteurs de la sortiline (SORT1+), sont plus efficaces et mieux tolérés dans les modèles animaux que deux traitements couramment utilisés dans le traitement du cancer des ovaires.

Le professeur Annabi et son équipe ont développé une nouvelle technologie ciblant spécifiquement des protéines surexprimées sur les cellules cancéreuses, qui servent de porte d’entrée pour amener des médicaments à l’intérieur de ces cellules. Cette nouvelle plateforme de vectorisation de médicaments est basée sur trois inventions de l’équipe de Borhane Annabi, mises au point en collaboration avec le professeur émérite Richard Béliveau.

Les résultats in vivo obtenus avec le TH1902 et le TH1904 démontrent une grande accumulation des conjugués à l’intérieur des tumeurs ovariennes et une faible concentration dans les tissus ovariens sains. Comparativement à la doxorubicine ou au docétaxel, deux traitements couramment utilisés dans le traitement du cancer des ovaires, les chercheurs ont observé que le TH1902 et le TH1904 sont tous deux plus efficaces, à dose équivalente, tout en n’entraînant pas de perte de poids et de réduction des lymphocytes, deux effets indésirables fréquemment rapportés avec les traitements courants. «Ces résultats laissent présager une fenêtre thérapeutique plus grande qu’anticipée et permettent d’envisager l’utilisation de ces médicaments seule ou en combinaison avec les traitements actuels», mentionne Borhane Annabi.

L’activité in vivodu TH1902 avait déjà été établie dans le traitement du cancer du sein triple négatif. Les nouvelles données démontrent donc «que le TH1902 a une activité significative dans plus d’un type de cancer, permettant ainsi d’en faire notre principal CPM et d’en faire l’essai dans plusieurs cancers SORT1+», a déclaré le Dr Christian Marsolais, premier vice-président et chef de la direction médicale chez Theratechnologies. L’entreprise entend débuter, d’ici la fin de 2020, un premier essai clinique avec le TH1902 chez des patients atteints d’un cancer.

La grande spécificité des conjugués peptide-médicament de Theratechnologies pourrait se traduire par une efficacité et une innocuité grandement améliorées pour plusieurs types de cancer où les récepteurs de la sortiline sont surexprimés. Outre le cancer des ovaires et le cancer du sein triple négatif, on retrouve dans cette catégorie les cancers de la peau, des poumons, colorectal et du pancréas.

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