Prendre le taureau par les cornes

Mis à pied à cause de la pandémie, le finissant en droit Sean Tassé fonde deux entreprises florissantes.

27 Novembre 2020 à 14H13

Sean Tassé.Photo: Nathalie St-Pierre

L’année 2020 de Sean Tassé (LL.B., 2020) a été ponctuée de rebondissements. Le 24 mars, la firme d’ingénierie pour laquelle il travaille le met à pied à cause de la pandémie. Deux semaines plus tard, il fonde avec deux associés l’entreprise de confection de masques artisanaux Bien aller, dont le chiffre d’affaires dépasse 2 millions de dollars après trois mois et qui continue de prospérer cet automne. Il termine son baccalauréat en droit à la fin avril, puis se lance dans une seconde aventure entrepreneuriale, la plateforme immobilière Squarefeet.ai, en juillet. Cette jeune pousse a récemment obtenu du financement du Massachusetts Institute of Technology Sandbox, de PME MTL et de Montréal Inc. Pour pimenter cette année déjà bien remplie, il s’est aussi marié avec sa conjointe Avril pendant l’été!

Ce n’est pas la première fois que Sean Tassé enchaîne les projets à vitesse grand V. À l’automne 2016, fraîchement diplômé d’un premier baccalauréat en génie, il décide d’entreprendre un deuxième bac, en droit. «Un ami avocat m’avait conseillé de faire mon bac à temps partiel et de travailler à temps plein pour obtenir rapidement mon titre d’ingénieur, raconte l’homme de 28 ans. L’UQAM offrait cette flexibilité.»

Durant quatre ans, ses journées débutent à 6 h le matin et se terminent à 21 h. Il suit en moyenne trois cours aux trimestres d’automne et d’hiver et deux autres à l’été. Ses fins de semaine sont consacrées à l’étude des lois. Il trouve malgré tout le temps de devenir président, en 2018, de l’Association des consommateurs pour la qualité dans la construction. Il s’implique aussi dans la vie étudiante uqamienne en participant au concours de plaidoirie en droit civil Pierre-Basile-Mignault. Ce concours regroupe des équipes des facultés de droit civil de cinq universités québécoises (UQAM, Laval, Montréal, McGill, Sherbrooke) et de l'Université d'Ottawa. «J’ai toujours eu plusieurs intérêts, dit-il en riant. Avoir la possibilité de concilier travail et études m’a permis de conjuguer mes différentes passions.»

Prévoir les tendances

Le 24 mars, le gouvernement annonce la suspension des chantiers de construction. Sean Tassé se retrouve malgré lui sans emploi. «Pendant que ma conjointe, qui est médecin de famille, enchaînait les quarts de travail dans les CHSLD et les CLSC, j’étais assis sur mon divan. Je voulais apporter ma contribution.» Le coronavirus en est alors à ses balbutiements en Amérique du Nord, mais ses effets se font déjà sentir ailleurs dans le monde. Pour prévoir ce qui va se produire ici, Sean Tassé consulte différents blogues asiatiques et européens. «J’ai vite compris que les masques allaient devenir essentiels pour combattre la pandémie.» Il partage l’idée avec ses amis Jordan et Mark Owen, et le trio lance, le 9 avril, l’entreprise Bien aller, dont le nom est dérivé de la désormais fameuse expression «Ça va bien aller». Un quatrième associé, Benoit Thibeault, se joindra au groupe par la suite.

Pour concevoir les premiers prototypes de masques, Sean fait appel à un camarade du concours Pierre-Basile-Mignault, dont la conjointe est couturière. Au début, l’entreprise produit une centaine de masques par jour, mais cela s’avère vite insuffisant. «Nous avons reçu plus de 250 000 commandes en moins de trois mois, c’était complètement fou!» Le quatuor déniche un sous-traitant en Corée du Sud, développe un logiciel de gestion d’inventaires et embauche une dizaine d’employés pour le service à la clientèle, l’image de marque et le marketing. «Nous étions prêts à affronter la deuxième vague», dit-il. 

Conscient que les masques seront moins en demande après la pandémie, Sean Tassé a déjà quelques idées pour diversifier l’éventail de ses opérations et assurer la pérennité de l’entreprise. «Nous planchons notamment sur des accessoires de voyage qui seraient utilisés avec les masques dans les avions, les trains et autobus.»

Réinvestir dans un nouveau projet

À la fin du printemps, l’entreprise avait acquis son erre d’aller. Avec la réouverture des chantiers, l’ancien employeur de Sean lui offrait de reprendre son travail. L’occasion aurait été belle d’encaisser les profits de Bien Aller et de retourner à son ancienne vie. «Ça aurait été la voie facile, mais je ne voulais pas perdre la belle dynamique qui existe entre Jordan, Mark, Benoit et moi, mentionne-t-il. Je n’ai pas hésité à réinvestir dans une nouvelle aventure.»

En juillet, le groupe lance le site Squarefeet.ai, une plateforme web qui détermine le prix de vente de propriétés grâce aux données récoltées par intelligence artificielle. La plateforme s’adresse autant aux promoteurs immobiliers qu’aux particuliers. «Nous collectons les données publiques sur le marché et les organisons afin de déterminer un prix de vente le plus près possible de la réalité.» L’entreprise, qui a obtenu plus de 25 000 dollars de financement jusqu’à maintenant, a déjà plusieurs clients potentiels dans sa mire, et vise à être opérationnelle dès 2021.

Prendre du recul

Le jeune entrepreneur n’a pas mis une croix sur le droit, bien au contraire. Il souhaite terminer son barreau l’été prochain et a déjà déniché un stage dans un prestigieux cabinet pour l’hiver 2022.

Perdre son emploi aura somme toute été bénéfique pour Sean Tassé. «Cette pause m’a forcé à prendre du recul et à me questionner sur ce que je voulais faire. J’ai pu transformer une situation difficile à mon avantage grâce à mes années de formation, notamment à l’UQAM, et à mon réseau de contacts.»

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