Femmes et politique municipale

Les stéréotypes de genre ont marqué la couverture médiatique des candidates aux élections municipales de 2017.

22 Septembre 2020 à 12H02

Illustration: Getty/Images

Les femmes qui se sont portées candidates aux postes de mairesse et de conseillère aux élections municipale de 2017 au Québec reprochent aux médias de s’être intéressés davantage à leur façon de concilier le travail et la famille qu’à leur vision politique. C’est l’un des principaux constats de l’étude Les représentations médiatiques des femmes aux élections municipales : quels enjeux, quelles incidences pour les candidates?, réalisée par les professeures du Département de communication sociale et publique Caroline Bouchard et Caterine Bourassa-Dansereau ainsi que par les doctorantes Stéphanie  Panneton (communication) et Véronique Pronovost (sociologie).

«Nous avons voulu donner une voix aux candidates en recueillant leurs témoignages sur leur perception du rôle des médias, tant écrits qu’électroniques, et sur l’expérience qu’elles avaient vécue à leur contact durant la dernière campagne électorale municipale», explique Caroline Bouchard. Au lendemain de cette campagne, les femmes représentaient 32 % des élus,  19 % des maires et 35 % des conseillers municipaux.

Menée en collaboration avec la Table de concertation des groupes de femmes de la Montérégie et soutenue par le Service aux collectivités de l’UQAM, cette étude constitue la deuxième phase du projet de recherche Plus de femmes en politique: les médias et les instances municipales, des acteurs clés! La première phase, complétée en 2018, examinait la couverture dont les candidates aux élections de 2017 avaient fait l’objet dans les médias écrits francophones du Québec.

«Ce premier volet avait permis de mettre en relief le traitement genré des médias, notamment le faible espace accordé aux candidates par rapport à leurs homologues masculins, rappelle Stéphanie Panneton. On y relevait également que l’accent était souvent mis sur l’apparence physique – habillement, coiffure – des candidates et sur leurs réactions émotionnelles quand elles s’exprimaient publiquement, contribuant ainsi à reproduire des stéréotypes de genre et à perpétuer des attentes différenciées envers les hommes et les femmes.»

Au moyen d’entrevues réalisées avec 19 candidates dans 10 régions du Québec, les chercheuses ont abordé des questions relatives au rôle des médias traditionnels en politique municipale, aux représentations médiatiques des politiciennes, aux conséquences de la couverture médiatique sur leur vie professionnelle et privée ainsi qu’aux stratégies utilisées par les candidates.

Plus d’efforts que les hommes

Les candidates interrogées considèrent que les femmes en politique déploient en général plus d’efforts que les hommes pour composer avec les exigences de la couverture médiatique et pour répondre aux attentes de l’électorat. «Certaines candidates nous ont confié qu’elles s'imposaient une longue préparation avant d’accorder une entrevue pour s’assurer de la  maîtrise de leurs dossiers», note Caroline Bouchard. «D’autres ont relevé qu’elles avaient éprouvé plus de difficultés avec le direct, en particulier à la radio», renchérit Stéphanie Panneton. Celles qui ne se sentaient pas en parfait contrôle des enjeux et de leur image préféraient même décliner les demandes d'entrevue, indiquent les chercheuses.  

«Des femmes se sont plaintes du fait que leurs compétences et leur crédibilité étaient plus facilement remises en question que celles de leurs collègues masculins, que les questions des journalistes portaient souvent sur leur vie personnelle plutôt que sur leur campagne électorale ou sur les dossiers – transport, écologie, logement, affaires,  infrastructures publiques – dont elles étaient porteuses», observe Stéphanie Panneton.

L’expérience vécue par les candidates a-t-elle alimenté une méfiance envers les journalistes et les médias? «Malgré le rappel constant au genre, la plupart des politiciennes ne perçoivent pas les médias comme des obstacles, mais comme des partenaires importants avec lesquels il faut développer de bons liens, souligne Caroline Bouchard. Elles sont conscientes que les médias contribuent à façonner et à interpréter le processus politique et qu’ils jouent un rôle prépondérant dans la construction de leur image publique».

En ce qui concerne les conséquences de la couverture médiatique sur la vie professionnelle et privée, les points de vue sont partagés. «Certaines candidates, notamment dans les municipalités de petite taille, ont confié que le fait d’avoir bénéficié d’une couverture médiatique positive les avait incitées à persévérer, remarque Stéphanie Panneton. Dans d’autres cas, le traitement des médias les avait plutôt conduites à remettre en question leur volonté de faire carrière en politique municipale.».

Des pistes de solutions

Les participantes à l’étude formulent des recommandations afin d’améliorer la couverture médiatique des femmes en politique municipale. Elles insistent sur la nécessité d’avoir une couverture plus équitable entre les femmes et les hommes, de diversifier les intervenantes et intervenants qui se prononcent dans les médias, d’affecter plus de journalistes à la couverture des affaires municipales, de mieux couvrir les activités des conseils municipaux afin de valoriser le poste de conseillère municipale et d’encourager une présence plus forte de femmes journalistes dans la couverture de la politique municipale.

«Plusieurs ont noté l’importance de partager leur expérience avec d’autres femmes qui pourraient être intéressées par une carrière en politique municipale, au moyen notamment du mentorat», dit Caroline Bouchard.

Les chercheuses proposent également des pistes d’analyse et formulent des recommandations à l’intention des médias et des instances municipales au Québec pour favoriser un traitement égalitaire des femmes ainsi que leur pleine participation à la vie politique de leur communauté.

«Nous avons deux grandes recommandations, observe la professeure. Premièrement, la représentation médiatique des femmes en politique municipale doit mettre de l’avant leur parcours et leur engagement politiques. Deuxièmement, il faut poursuivre la lutte contre les stéréotypes de genre dans les médias et la sphère municipale pour éviter de reproduire les rôles et modèles traditionnels.» 

 «Nous proposons également d’offrir des formations aux femmes politiques pour qu’elles améliorent leurs performances médiatiques et encourageons la tenue de rencontres avec les journalistes afin de favoriser une meilleure connaissance mutuelle», enchaîne Stéphanie Panneton.

Un guide de bonnes pratiques

Le projet de recherche Plus de femmes en politique, financé par le ministère fédéral des Femmes et de l’Égalité des genres Canada, a déjà permis, au cours de sa première phase, de produire différents outils et ressources pour favoriser un traitement neutre et égalitaire, dont le Guide des bonnes pratiques journalistiques et des capsules vidéo produites par la Table de concertation des groupes de femmes de la Montérégie.

PARTAGER
COMMENTAIRES 0 COMMENTAIRE