Des travailleurs communautaires épuisés

Charge de travail quantitative et émotionnelle élevée, sentiment de culpabilité et insécurité financière contribuent à leur épuisement professionnel.

9 Juillet 2020 à 16H20, mis à jour le 9 Juillet 2020 à 17H00

Photo: Getty Images

Pas moins de 20 % du personnel en milieu communautaire affirme vivre de l’épuisement professionnel. Telle est la conclusion d’une étude menée l'hiver dernier (avant la pandémie de COVID-19) auprès de 851 travailleurs communautaires – intervenants, membres de la direction, personnel de soutien – qui oeuvrent majoritairement sur l’Île de Montréal, mais aussi dans d’autres régions du Québec. «Ces employés d’organismes communautaires en santé et services sociaux sont d’une importance capitale pour le bon fonctionnement de notre société, car ils répondent bien souvent à des besoins qui ne sont pas comblés par le système public ou privé», affirme Sophie Meunier, professeure au Département de psychologie.

Financée par le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH), l’étude a été réalisée par le Laboratoire de recherche sur la santé au travail du Département de psychologie, en collaboration avec le Réseau alternatif et communautaire des organismes en santé mentale de l'Île de Montréal. La professeure Janie Houle et les doctorants François Lauzier-Jobin, Stéphanie Radziszewski et Alexandra Giroux ont également collaboré à l’étude.  

Enjeux complexes

Très peu de recherches ont abordé la santé psychologique des employés du milieu communautaire. «Ces personnes s’investissent énormément dans leur travail, quitte à laisser de côté leur vie personnelle et leur santé mentale, souligne Alexandra Giroux. Elles doivent composer avec des enjeux particuliers, comme des cas lourds, et leur travail n’est pas reconnu à sa juste valeur.»

Outre la charge de travail – quantitative et émotionnelle – élevée, plusieurs facteurs contribuent à leur épuisement professionnel. «Les travailleurs se sentent coupables de s’absenter en raison de maladie, ne serait-ce que pour une journée, mentionne Sophie Meunier. Ils ont l’impression de laisser tomber à la fois les usagers et leurs collègues, qui hériteront de leurs tâches.»

La grande majorité des travailleurs continue donc de se présenter au travail chaque jour, mais en étant plus irritables, moins efficaces et moins concentrés. «Et quand ils osent rester à la maison, ils ne récupèrent pas car ils ont encore la tête au travail», ajoute la professeure.

La faible rémunération – plus du quart des personnes qui ont répondu à l’étude se considèrent pauvres – et l’insécurité d’emploi constituent également des facteurs de stress. «Les organismes doivent souvent se battre pour trouver les sources de financement essentielles à leur survie, et le processus pour ces demandes est très lourd», affirme Alexandra Giroux.

Paradoxalement, la recherche démontre aussi que le niveau de bien-être des travailleurs communautaires est plus élevé que dans d’autres secteurs d’activité. Ces derniers évoquent que le soutien des collègues et de leur superviseur, leur niveau de participation dans les décisions importantes et le sentiment de faire une différence dans le monde sont des facteurs positifs. «La situation n’est pas toute noire ou toute blanche, précise Sophie Meunier. Certains travailleurs ressentent à la fois des symptômes d’épuisement et de bien-être dans la même journée.»

Contexte de pandémie

L’étude a été réalisée l’hiver dernier, tout juste avant la pandémie de COVID-19. «Il est raisonnable de penser que le niveau d’épuisement du personnel doit être encore plus élevé à l’heure actuelle, le confinement et le stress ayant très certainement entraîné davantage de problèmes de santé mentale et une hausse des demandes auprès des organismes», souligne Sophie Meunier.

Les chercheuses planchent donc sur une nouvelle étude qui tienne compte de la situation qui prévaut depuis l’éclosion de la pandémie. Les travailleurs communautaires peuvent participer à la recherche en complétant ce questionnaire

Parmi les témoignages déjà reçus, certains employés ont mentionné les difficultés inhérentes au télétravail. «Le contact et le soutien des collègues leur manquent, et la conciliation travail-famille est difficile pour plusieurs d’entre eux», mentionne Alexandra Giroux.

Autre étude chez les intervenants en santé mentale

Une étude similaire, menée par les professeurs du Département de psychologie Frederick L. Philippe, Pascale Brillon et Alison Paradis, est aussi en cours. Le Laboratoire de recherche sur les émotions et les représentations, le Laboratoire d’étude sur le bien-être des familles et des couples et le Laboratoire Trauma et résilience de l'UQAM effectuent une étude sur l'impact psychologique de la COVID-19 chez les intervenants en santé mentale. 

On peut participer à l’étude en complétant le questionnaire suivant.

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