Donner le goût de faire des sciences

Deux doctorantes en éducation créent une affiche pour stimuler l’enseignement des sciences au primaire.

11 Décembre 2020 à 8H27

Membres de l’Équipe de recherche en éducation scientifique et technologique (EREST) dirigée par le professeur du Département de didactique Patrice Potvin, les doctorantes en éducation Marie-Hélène Bruyère et Estelle Desjarlais ont conçu une affiche «déculpabilisante» à l’intention des enseignantes et enseignants du primaire afin de les encourager à faire des sciences avec leurs élèves. Intitulée «Les 10 droits de l’enseignant.e du primaire en sciences», cette affiche sera distribuée dans toutes les écoles primaires du Québec, soit un peu plus de 1700 établissements.

Dessinée par l’artiste Jipi Perreault et financée en partie par l’EREST, l’affiche a été réalisée en collaboration avec Martin Brouillard (C. éducation interculturelle, 2000), cofondateur des Neurones atomiques. Elle est d’ailleurs disponible sur le site web de l’organisation.

«Il était hors de question d’expliquer comment faire de la science, dit Marie-Hélène Bruyère. Ça aurait été trop prescriptif et c’est souvent ce qui rebute les enseignantes. Voilà pourquoi nous avons opté pour le concept des 10 droits, lesquels sont intégrés dans une courte histoire mettant en scène une enseignante et ses élèves. Nous espérons que cette lecture favorisera l’autonomie des enseignantes et augmentera leur sentiment d’auto-efficacité.»

Le concept est un clin d’œil aux 10 droits du lecteur énoncés par Daniel Pennac dans son essai Comme un roman, paru en 1992 aux éditions Gallimard. La liberté de choisir quoi enseigner aux élèves et comment le faire est établie très clairement dans le cinq premiers énoncés : «le droit de remettre en question ce qu’on me propose», «le droit de commencer par ce que j’aime», «le droit de copier sur mes collègues», «le droit d’adapter ça à mon goût» et «le droit d’y aller à mon rythme».

«C’est tellement plus facile de réaliser nos premières activités en sciences avec des sujets qui nous passionnent, souligne Marie-Hélène Bruyère. Et la question du rythme est primordiale: il vaut mieux que les enseignantes qui ne sont pas à l’aise en fassent juste un peu au début afin de développer leur confiance.»

«J’ai le droit de ne pas tout savoir», stipule le sixième énoncé. «L’idée répandue voulant qu’en sciences on doit avoir réponse à tout n’est pas vraie, insiste la doctorante. C’est correct de dire aux élèves qu’on va s’informer pour répondre à une question.»

Aller au musée, faire de la science dans la cour d’école ou dans un parc: le septième droit est celui de «sortir du cadre» si on en sent le besoin… puis de s’autoriser à «vivre toutes sortes d’émotions» (huitième droit). «Parfois, faire des sciences nous remplit de fierté, témoigne Marie-Hélène Bruyère. On voit nos élèves qui ont du plaisir à découvrir des phénomènes et on a du plaisir avec eux. D’autres fois, en revanche, c’est plus stressant ou décevant. On a le droit d’éprouver toutes ces émotions.»

D’autant plus que parfois, «ça ne se passe pas comme prévu», poursuit la doctorante en expliquant le neuvième énoncé. «Il y a des expériences qui ne fonctionnent pas parfaitement… ou même pas du tout! D’autres fois, ce sont les élèves qui souhaitent aller dans une direction que l’on n’avait pas prévue. Il faut voir le potentiel éducatif, peu importe la situation. Ce qui nous amène au dixième énoncé : le droit de lâcher prise, de recommencer le lendemain.»

La dernière case de la bande dessinée résume bien le seul et unique devoir des enseignantes et enseignants qui veulent faire des sciences en classe: «favoriser un climat d’exploration où la curiosité est valorisée et où personne n’est jugé».

«Les 10 droits mis en valeur sur l’affiche seront au cœur d’un atelier qui sera offert cet hiver par l’Association pour l’enseignement de la science et de la technologie au Québec (AESTQ)», annonce Marie-Hélène Bruyère.

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