Valoriser la recherche étudiante

Le doctorant Félix Dusseau anime le balado (Re)Chercher, consacré aux travaux des étudiants universitaires.

4 Septembre 2020 à 9H42

Le doctorant en sociologie Félix Dusseau.

Les naissances prématurées, les violences sexuelles faites aux femmes dans les séries télévisées grand public, le travail des agents frontaliers, l’étude du gène DDX3X… Ces projets de recherche ne sont pas ceux de professeurs établis mais d’étudiants universitaires. Ils ont été présentés dans le balado (Re)Chercher, consacré à la recherche étudiante, qui est diffusé depuis l’automne 2019 – à raison d’un épisode par mois – sur la plateforme numérique CHOQ.ca, la radio étudiante de l’UQAM. Lancé et animé par le doctorant en sociologie Félix Dusseau, ce balado vise à mettre en valeur les travaux de recherche menés par des étudiantes et étudiants de différentes universités québécoises, pour la plupart candidats à la maîtrise ou au doctorat, provenant de tous les horizons disciplinaires: sciences humaines, sciences, arts, lettres ou communication.

«J’avais envie de donner de la visibilité aux recherches étudiantes, lesquelles ne sont pas toujours reconnues à leur juste valeur, explique Félix Dusseau. C’est d’autant plus important que nous vivons dans une période où les fake news et les théories complotistes prolifèrent sur les réseaux sociaux, au détriment de la recherche scientifique. Et puis, je voulais faire de la radio, un média qui m’a toujours fasciné. Chez mes parents, il y avait une radio dans chaque pièce de la maison. J’ai été bercé par ça. Aujourd’hui, je peux écouter des balados pendant des heures et des heures.»

Français d’origine, le doctorant a fait des études de droit avant d’obtenir un baccalauréat et une maîtrise en sociologie à l’Université de Bordeaux. Après son arrivée au Québec, en janvier 2019, il a entrepris une recherche doctorale sur le libertinage et le polyamour sous la direction de la professeure du Département de sociologie Chiara Piazezzi. «Dans le monde académique français, l’importance de la sexualité en tant qu’objet d’étude sociologique est encore trop souvent perçue comme secondaire. Ce n’est pas le cas à l’UQAM. Chiara Piazzezi, avec qui j’étais en contact en France, a su me convaincre de venir faire mes études de doctorat à l’UQAM, une décision que je n’ai jamais regrettée.»

Démystifier la recherche

L’un des objectifs du balado (Re)Chercher est de démystifier la recherche universitaire, qui peut paraître parfois aride ou rébarbative. «En offrant aux étudiants la possibilité de présenter leurs travaux de recherche, le balado leur donne l’occasion de se confronter aux défis de la vulgarisation scientifique, note Félix Dusseau. Il permet également de créer des passerelles entre les différentes universités, qu’elles soient francophones, anglophones, urbaines ou situées en région.»

Le concept du balado est simple. Dans une ambiance amicale et chaleureuse, le doctorant s’entretient avec les étudiants à propos de leurs parcours scolaires, de leurs sujets de recherche, de leurs démarches méthodologiques et de leurs projets personnels. «J’essaie d’avoir une approche humaine, dit Félix Dusseau. Les trajectoires des étudiants ne sont pas toujours rectilignes. Ils s’accordent parfois des pauses, empruntent des détours ou bifurquent vers un autre domaine d’études.»

Les sujets des balados sont choisis au gré des rencontres que fait le doctorant. «Ce sont parfois les étudiants eux-mêmes qui me contactent», dit-il. Pour se documenter et faire ses recherches, il est appuyé par Andréanne Sharp, doctorante en audiologie à l’Université de Montréal, et Maud Chomienne, étudiante au baccalauréat en droit à l’UQAM.

Les balados, qui ont suscité plusieurs réactions positives jusqu’à maintenant, se poursuivront pour au moins une autre année. «Ce ne sont pas les idées de sujets qui manquent, observe Félix Dusseau. J’aimerais bien, par exemple, parler de l’encadrement de la recherche et des relations entre les étudiants et leur directeur de mémoire ou de thèse. Je ne ferme pas non plus la porte à la possibilité de faire des entrevues avec des chercheurs étudiants provenant d’autres pays francophones.» Chose certaine, il est important que d’émission existe et perdure, estime le doctorant. «Même si je ne devais plus un jour être à la barre du balado, j’espère que quelqu’un d’autre reprendra le flambeau.»

Libertinage et polyamour

Parallèlement à son travail d’animateur à CHOQ, Félix Dusseau poursuit sa thèse de doctorat qui porte sur la question du couple à travers les relations amoureuses et sexuelles plurielles. «Je m’intéresse à la nature du lien amoureux et sexuel qui se crée entre les partenaires dans ce type de relations, dans les pratiques dites libertines ou polyamoureuses. Ma thèse s’inscrit dans le sillage d’un ouvrage que suis en train d’écrire sur les bisexualités, une étude que j’avais amorcée quand j’étais à l’Université de Bordeaux.»

Selon le jeune chercheur, il existe de multiples façons de s’aimer en dehors du couple hétérosexuel traditionnel, et jamais nous n’avons jamais été aussi libres dans nos relations amoureuses. Certes, reconnaît-il, il est difficile d’établir la proportion de gens, notamment chez les jeunes générations, qui privilégient les relations plurielles. «Des études aux États-Unis ont rapporté qu’au moins 30 % des Américains ont connu au cours de leur vie une relation non exclusive», rappelle Félix Dusseau.

Cela dit, même si la norme monogamique hétérosexuelle a éclaté en Occident au cours des dernières décennies, nous ne sommes pas sortis de la mythologisation de l’amour romantique et l’idéal du couple demeure encore bien vivant pour beaucoup de jeunes, affirme le doctorant. «Le modèle traditionnel du couple peut paraître rassurant et servir de refuge face à un monde extérieur angoissant: chômage, crise écologique, pandémies, etc. Par ailleurs, on constate que beaucoup de jeunes ont une vie sexuelle moins active que leurs parents ou grands-parents qui ont connu l’époque de la libération sexuelle dans les années 1960 et 1970.»

Travailler dans un club échangiste

Depuis mars dernier, Félix Dusseau travaille dans un club échangiste à Montréal, lequel pourrait servir de terrain de recherche pour sa thèse. «J’observe et je prends des notes. J’envisage même la possibilité de faire des entrevues avec des personnes qui fréquentent le club, tout en m’assurant de respecter les normes éthiques.»

Les clubs échangistes sont des clubs privés fréquentés par des hommes et des femmes, ainsi que par des personnes des communautés LGBTQ+. «Beaucoup de gens s’imaginent que ce sont des lieux de débauche. Au contraire, tout y est très codifié. L’environnement est sécuritaire et les personnes qui en importunent d’autres se voient rapidement indiquer le chemin de la sortie.»

Le doctorant collabore également, sur une base bénévole, avec l’organisme Les 3 sex, qui fait la promotion de la santé et des droits sexuels ainsi que de l’éducation à la sexualité en menant des campagnes de sensibilisation au moyen d’ateliers éducatifs, de capsules vidéo et d’activités de mobilisation. Fondé en 2017 par trois étudiantes du baccalauréat en sexologie de l’UQAM, Marie Bertrand-Huot, Paméla Plourde et Sophie Morin, ce collectif cherche à bousculer les préjugés et à faire tomber les stéréotypes en matière de sexualité.

Félix Dusseau, qui dit être tombé en amour avec le Québec, n’a pas encore d’idées précises sur ce qu’il fera une fois son doctorat terminé. «Tout est ouvert, dit-il. La recherche me passionne, même si cet univers en est un de compétition et même si la pression pour publier des articles et pour obtenir des bourses ou des subventions peut être source d’anxiété. Quant à envisager une carrière à la radio, pourquoi pas? Pour le moment, en tout cas, j’essaie simplement d’avoir plusieurs cordes à mon arc.»

On peut aussi lire cet article sur Félix Dusseau et son balado paru sur le babillard de la Faculté des sciences humaines.  

PARTAGER
COMMENTAIRES 0 COMMENTAIRE