Vingt ans, de L’Esprit simple à L’Apostrophe

Entièrement produit par des étudiantes et étudiants en journalisme, le magazine se consacre à l’information internationale.

16 Novembre 2020 à 15H25

Cette illustration accompagne l'artcle Myanmar: les élections sur fond de génocide, paru dans le nouvelle édition du magazine L'Apostrophe.
Illustration: Agustin de Baudinière

Seule publication étudiante à vocation internationale au Québec, le magazine web L’Apostrophe célèbre cette année son 20e anniversaire. Entièrement produit par une quarantaine d’étudiantes et étudiants du programme de baccalauréat en journalisme, le magazine a mis en ligne, le 13 novembre dernier, sa nouvelle édition sous le thème «Aspérité, ce qui émerge des inégalités de notre monde». Ce numéro rend compte des avancées et des reculs en matière de démocratie et de justice sociale depuis l’Iran jusqu’à l’Argentine, en passant par la Suède, la Biélorussie, les Philippines et l’Éthiopie.

«Notre magazine s’appelait auparavant L’Esprit Simple, un journal papier fondé à l’UQAM par Alexandre Shields (B.A. communication/journalisme, 2006) et Caroline Touzin (B.A. communication/journalisme, 2006), aujourd’hui journalistes au Devoir et à La Presse, et par l’ancien professeur en journalisme Éric Martin», rappelle Laurence Taschereau, qui, avec sa collègue Lila Dussault, est à la barre de L’Apostrophe à titre de corédactrice en chef.

Publié trois fois par année, ce magazine a changé de nom en 2017 et a pris un virage web l’an dernier sous la gouverne de Sarah Rahmouni et Félix Desjardins. Chaque numéro aborde un thème précis à travers différents sujets qui touchent la politique internationale, des enjeux nationaux, des questions sociales, culturelles, scientifiques et de sport. On y trouve également une capsule vidéo ou une baladodiffusion en lien avec le thème général. «Cette année, une partie du contenu du magazine sera axée sur un pays particulier, note Laurence Taschereau. Notre nouvelle édition comporte ainsi un dossier sur le génocide des Rohingyas – une population de confession musulmane – au Myanmar, une tragédie dont on entend malheureusement peu parler.»

Un parti pris pour l’international

Avec la crise des revenus publicitaires, la couverture de l’actualité internationale décline dans les médias québécois. «Dans une logique de rentabilité, les sujets internationaux constituent rarement une priorité, car cela coûte cher d’envoyer des reporters sur le terrain, observe la corédactrice en chef de L’Apostrophe. Beaucoup d’étudiants, notamment en journalisme, s’intéressent à l’information internationale, qui demeure le parent pauvre de l’information en général. Et comme L’Apostrophe se veut une école de formation, nous croyons qu’il est important d’offrir aux étudiants l’occasion de faire leurs premières armes dans ce domaine.»

Pour rédiger leurs papiers, les apprentis journalistes de L’Apostrophe réussissent à trouver des interlocuteurs un peu partout dans le monde, qu’il s’agisse de spécialistes ou de journalistes locaux. «Pour commenter la situation dans certains pays, nous avons aussi recours à l’expertise de professeurs de l’UQAM, lesquels peuvent nous suggérer d’autres ressources au besoin», souligne Laurence Taschereau.

Tous les articles de L’Apostrophe sont rédigés par des étudiantes et étudiants de première année du bac en journalisme, sous la supervision d'une vingtaine de pupitreurs, et la direction du magazine est assurée par des collègues de deuxième année. «Il n’y a pas de professeurs qui sont impliqués de près ou de loin dans la production, note la corédactrice en chef. Nous bénéficions quand même des conseils et de l’aide des professeurs et journalistes Jean-Hugues Roy et Patrick White, responsable du programme de bac en journalisme.»

Comme la composition de l’équipe de rédaction se renouvelle d’une année à l’autre, la production du premier numéro au début de chaque trimestre d’automne représente toujours un défi particulier, remarque Laurence Taschereau. «Nous choisissons un thème général, puis chaque chef de pupitre identifie des sujets d’articles en tenant compte des différentes suggestions. Trouver des sources pour chacun des sujets exige un gros travail de recherche. Tout apprendre en si peu de temps, en plus des cours, c’est tout un défi, mais un défi stimulant.»

Le magazine compte actuellement quelque 1 500 abonnés sur sa page Facebook. «Notre défi est de faire rayonner le magazine à l’UQAM et, pourquoi pas, dans d’autres universités», indique l’étudiante.

Apéro-conférences

Pour souligner son 20e anniversaire, l’équipe de L’Apostrophe organise trois apéro-conférences sur le thème «Entre ici et ailleurs: réflexions et anecdotes sur le journalisme international.» La première aura lieu le 25 novembre, à 17h, et portera sur les enjeux éthiques de l’information internationale: Qui tire profit de l’information internationale? Comment dépeint-on les communautés d’ailleurs? Doit-on poser des questions différentes lorsque nous abordons des sujets mondiaux?

Le journaliste indépendant et écrivain Frédérick Lavoie racontera comment son dernier grand reportage au Bangladesh a déclenché chez lui une réflexion sur les questions d’égalité et d’appropriation. Par ailleurs, en direct du Liban, la professeure de journalisme Jenny Mchantaf partagera ses réflexions sur ses expériences de reporter de guerre pour des médias internationaux, dont Radio-Canada et La Presse. Également consultante en communications pour les Nations Unies, Jenny Mchantaf mène des recherches sur la prévention de la guerre, de la violence et de la radicalisation.

«Nous envisageons aussi de produire une vidéo qui pourra servir d’outil promotionnel aux prochains membres de l’équipe du magazine, dit Laurence Taschereau. Elle rappellera à quel point L’Apostrophe et auparavant L’Esprit simple ont constitué une école de formation pour de nombreux étudiants qui, aujourd’hui, évoluent dans le monde du journalisme.» L’équipe procédera aussi à l’archivage des numéros des deux publications, parus au cours des 20 dernières années.

«Enfin, nous avons pour projet de créer une bourse, avec le soutien de l’UQAM, dans le but de permettre à une collaboratrice ou un collaborateur de L’Apostrophe de réaliser un reportage à l’international», souligne la corédactrice en chef.

Ce n’est pas un secret: Laurence Taschereau se destine à une carrière en journalisme, à l’international de préférence. En plus de ses cours et de ses tâches de co-rédactrice en chef, elle participe à l’émission Pleins feux diffusée sur les ondes de CHOQ.ca, la radio étudiante de l’UQAM, qui porte sur les conflits armés dans le monde. Et elle pense déjà à la formation d’une nouvelle équipe de direction et de rédaction qui prendra la relève l’an prochain et poursuivra l’aventure de L’Apostrophe.

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