Désirs, plaisirs et consentement

Des groupes marginalisés revendiquent un élargissement du droit à la subjectivité en matière de sexualité.

3 Mai 2021 à 15H34

Série Acfas 2021
Plusieurs scientifiques de l'UQAM proposent des colloques dans le cadre du congrès virtuel organisé par l’Université de Sherbrooke et l’Université Bishop’s du 3 au 7 mai.

Catherine Opie, Self-Portrait/Cutting, 1993, Regen Projects, Los Angeles. «L'oeuvre montre l'artiste de dos dans lequel est taillé à même la chair un dessin aux allures enfantines (...) L'exécution du motif est puisée à même le registre des pratiques sadomasochistes, en l'occurence le cutting», explique Sabrina Maiorano, l'une des organisatrices du colloque, dans un essai consacré à la représentation du BDSM lesbien en art contemporain, tiré de son mémoire et publié en 2016. Catherine Opie est une photographe américaine qui milite pour les droits des communautés LGBTQ+.

Depuis quelques années, la sexualité des femmes, des minorités sexuelles et de genre, et les pratiques sexuelles alternatives, comme le BDSM (bondage/discipline, domination/soumission, sadomasochisme) et les relations non-monogamiques, font l’objet de divers discours et représentations culturelles. Elles seront au centre des discussions lors du colloque Subversions des désirs et des plaisirs: sexualités consenties? (6-7 mai).

«L’objectif du colloque est d’explorer les possibilités d’une sexualité différente et authentique par rapport à une sexualité hétéronormative et monogamique, qui impose ses codes», explique la doctorante en philosophie Audrey Ghali-Lachapelle, coresponsable de l’événement. Ainsi, des groupes marginalisés, associés notamment aux communautés LGBTQ+, revendiquent un élargissement du droit à la subjectivité en matière de sexualité. «Leurs pratiques sexuelles, dont l’expression a longtemps été brimée par des institutions incarnées par la médecine, le droit et la religion, sont encore considérées par plusieurs comme marginales ou déviantes, souligne la doctorante. Ces minorités veulent que leurs pratiques soient reconnues comme étant aussi légitimes que les pratiques dominantes.»

Les questions relatives aux rapports entre désirs, plaisirs et consentement, soulevées par le mouvement #Metoo, occuperont une place importante lors du colloque. «Le consentement est certainement une condition essentielle à l’établissement de rapports sexuels égalitaires, observe Audrey Ghali-Lachapelle. Nous examinerons comment on peut articuler cette notion à celles de désir, de plaisir érotique et d’agentivité sexuelle, laquelle renvoie à la capacité des femmes de prendre en charge leur propre corps et leur sexualité».

Une communication portera sur le modèle d’autogestion des communautés BDSM, qui remet en cause les critères conventionnels du vivre-ensemble sexuel, tout en divisant le mouvement féministe. «L’image que nous avons de ces communautés ne rend pas justice à la complexité de leurs pratiques et de leurs délibérations», note  la doctorante. Cette sous-culture englobe, entre autres, des pratiques sadomasochistes dans une mise en scène ritualisée où les partenaires (hommes ou femmes) peuvent changer de rôle, passant d’une position soumise à une position dominante et vice-versa. «Le consentement, souvent pris pour acquis dans la culture dominante, y est balisé et négocié par les partenaires, précisant les actes acceptables et les limites qui les encadrent», précise Audrey Ghali-Lachapelle.

Il sera aussi question des nouvelles représentations du corps féminin et de la sexualité des femmes à travers la réappropriation des codes de la pornographie mainstream dans les œuvres de Catherine Millet (littérature), Catherine Breillat (cinéma) et Julie Doucet (bande dessinée). «Le détournement féministe des stratégies associées à la pornographie montre qu’une sexualité différente, voire subversive, déstabilisant les discours dominants, est possible», conclut la doctorante.

Julie Lavigne, professeure au Département de sexologie, Sabrina Maiorano, chargée de cours et doctorante en sexologie, et Flora Roussel, doctorante en littérature comparée à l'Université de Montréal, sont les autres organisatrices du colloque. 

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