Onde de choc dans l’humanitaire

La pandémie accélère le virage vers une décentralisation de l’aide humanitaire.

3 Mai 2021 à 16H56

Série Acfas 2021
Plusieurs scientifiques de l'UQAM proposent des colloques dans le cadre du congrès virtuel organisé par l’Université de Sherbrooke et l’Université Bishop’s du 3 au 7 mai.

Avec la pandémie, on compte beaucoup moins d'expatriés sur le terrain.Photo: Getty images

Réfléchir à l’impact de la pandémie sur le secteur de l’humanitaire constitue la trame de fond du colloque La COVID-19 et le secteur humanitaire, quels impacts et quelles pistes de solutions? (5-7 mai). «Ce que l’on observe ici – le fait que ce sont les personnes en situation de précarité qui pâtissent davantage de la crise, pas les professeurs d’université – se répercute à des échelles beaucoup plus grandes là où il y a plus d’inégalités, dans les régions du monde qui seront les dernières à être vaccinées, donc les dernières à voir une reprise», affirme François Audet, professeur au Département de management et coresponsable de l’évément. 

C’est ce qui ressort des données et d’observations faites sur le terrain, mentionne le professeur, qui est aussi directeur de l'Institut d'études internationales de Montréal (IEIM) ainsi que de l'Observatoire canadien sur les crises et l'action humanitaire, OCCAH. Ces données et observations ont toutefois été plus difficiles à obtenir depuis le début de la pandémie. Le sujet fera d’ailleurs l’objet d’une discussion. «L’accès au terrain a été très difficile pour nos doctorantes, doctorants et autres chercheurs, dit François Audet. Les voyages n’étant pas possibles pour les chercheurs, il a fallu modifier nos méthodes pour accéder à des données fiables. On espère que ça ne durera pas trop longtemps. Trois de mes doctorantes ont carrément dû changer de sujet.»

La difficulté à se déplacer sur le terrain a eu une autre conséquence majeure sur le secteur de l’humanitaire. En effet, si les professionnels peuvent toujours voyager, on compte beaucoup moins d’expatriés sur le terrain. «L’aide humanitaire consiste à transformer de l’argent en services à des dizaines de milliers de kilomètres d’ici, rappelle le professeur. Comme les enjeux de quarantaine complexifient beaucoup les déplacements, il a fallu que les organisations s’adaptent et identifient des experts locaux, nationaux, au lieu d’envoyer des experts internationaux.»

Cela a eu pour conséquence d’accélérer un virage vers la décentralisation de l’aide, qui était déjà amorcé. «En un an, l’épidémie a fait progresser un agenda qui aurait pris 10 ou 20 ans à se réaliser», dit François Audet.

Le débat entourant le mouvement Black Lives Matter, les enjeux de décolonisation et la critique envers les pays riches qui gardent leur mainmise sur les pays pauvres touchent aussi le secteur humanitaire, précise le chercheur. «Aujourd’hui, on parle de décoloniser l’aide humanitaire de façon décomplexée. Avant, c’était l’éléphant dans la pièce.»

Il y aura toujours des rapports de force, convient François Audet. «Mais si l’objectif est de coopérer pour sauver des vies, il faut que l’humanitaire progresse dans cette direction-là. Ce qui est positif, c’est que la pandémie a forcé des organisations locales à jouer un rôle et à exercer un pouvoir auxquels elles aspiraient.»

Le professeur du Département de géographie Yannick Hémond, la professeure du Département de management Caroline Coulombe et la candidate au doctorat en sociologie Diane Alalouf-Hall sont également coresponsables de l’organisation de ce colloque. 

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