Aiguiser le sens critique des jeunes

Un mémoire de maîtrise inspire une série de capsules web diffusées sur la plateforme SQUAT de Télé-Québec.

23 Février 2021 à 9H34

Kevin Raphaël et Marianne Bissonnette sont aux commandes de la nouvelle série web Pense fort.Image fournie par Télé-Québec

Une nouvelle série web intitulée Pense fort sera mise en ligne à partir du 26 février sur la plateforme SQUAT de Télé-Québec. Cette plateforme qui se présente comme un fil d’actualité, à l’image des réseaux sociaux, s’adresse aux jeunes d’âge scolaire. Inspirée du mémoire de maîtrise de la doctorante en éducation Marianne Bissonnette (M.A. communication, 2019), la série de 15 capsules vise à aiguiser le sens critique des jeunes de 9 à 12 ans.

«Dans chacune des capsules, qui durent environ cinq minutes, je réalise une expérience ludique avec des jeunes afin de leur démontrer que les biais cognitifs, les idées préconçues et les raccourcis de pensée peuvent teinter leurs décisions et leurs interactions sociales», explique la doctorante.

Dans la première capsule, la chercheuse démontre à un groupe de cinq jeunes comment fonctionne le biais de conformité. «Quatre des cinq jeunes étaient dans le coup et ont donné de fausses réponses par rapport à différentes illusions optiques, raconte Marianne Bissonnette. Sans surprise, le cinquième s'est conformé au groupe en donnant les mêmes réponses. Et ce fut ainsi pour les 15 capsules: presque chaque fois, nos expériences pour démontrer l'existence des biais ou des raccourcis de pensée ont fonctionné du premier coup. C'est fascinant!»

D'un mémoire à un projet web

Le mémoire de maîtrise de Marianne Bissonnette porte sur le développement de la pensée critique de six adolescents de la fin du secondaire. «Mon mémoire aborde plus spécifiquement la façon dont ces élèves utilisent une série d'aptitudes pour analyser des informations scientifiques et pseudoscientifiques diffusées dans des articles provenant de médias québécois, précise la doctorante. J'ai pu constater, par exemple, à quel point ces jeunes avaient intégré l'importance de vérifier leurs sources, mais qu'ils ne savaient pas différencier un bon argument d'un mauvais argument.»

Le professeur du Département de didactique Pierre Chastenay a codirigé la recherche de Marianne Bissonnette avec sa collègue Chantal Francoeur, de l'École des médias. «Son mémoire démontre que les jeunes sont plus ou moins bien outillés pour se prémunir contre des biais de la pensée que nous avons tous, par ailleurs», observe le professeur, un habitué des médias qui a agi à titre de conseiller scientifique et de conseiller à la scénarisation pour le projet de capsules.

La doctorante a collaboré avec la boîte de production Trio Orange afin de développer les 15 capsules qui seront diffusées sur le SQUAT de Télé-Québec, à raison de 5 capsules à la fois les 26 février, 5 et 12 mars. Jean-Daniel Doucet a participé à la scénarisation des capsules, qui ont été réalisées par Simon Lamontagne (B.A. communication, 2003), à qui l'on doit, notamment, Les aventures du Pharmachien.

L'animateur et humoriste Kevin Raphaël agit comme narrateur en expliquant le fonctionnement des biais cognitifs et des idées préconçues. «Il y a une courte explication, mais à la fin de chaque capsule, les jeunes se retrouvent au "confessionnal" où ils s'expriment sur ce qu'ils ont retenu de l'expérience, note Marianne Bissonnette. C'est vraiment à cet instant que l'on perçoit l'impact de l'exercice sur eux, du fait qu'ils intègrent ce qu'ils viennent de vivre pour pouvoir s'en servir plus tard.» La chercheuse précise que toutes les capsules se sont déroulées dans la bienveillance, aucun jeune n'ayant été ridiculisé lors de l'exercice. «Marianne a toujours aimé travailler avec les adolescents et ça paraît à l'écran», analyse Pierre Chastenay.

Marianne Bissonnette, qui poursuit son doctorat en didactique des sciences sous la direction de Patrice Potvin et Pierre Chastenay, se réjouit que les fruits de sa recherche universitaire servent à outiller les jeunes. «On entend souvent parler de mobilisation ou de transfert des connaissances, mais cela est rarement destiné directement aux jeunes, note-t-elle. C'est le cas cette fois-ci!»

«Lors du dernier segment de chaque capsule, lorsque les jeunes sont invités à réagir à ce qu'ils ont vécu, plusieurs utilisent l'expression "La prochaine fois, je vais faire attention...", souligne Pierre Chastenay. Si la majorité des jeunes internautes qui visionnent les capsules réagissent de la même manière, on aura relevé le pari de les outiller afin qu'ils soient moins sujets à ce type de biais.»

Marianne Bissonnette et Kevin Raphaël participeront à une séance en direct, le 3 mars prochain en soirée, sur la plateforme de Télé-Québec «Nous discuterons de la série et nous réaliserons de courtes expériences avec les jeunes qui seront connectés, dit-elle. Ce sera l'occasion d'interagir avec les membres du public et de répondre à quelques-unes de leurs questions.»

«Il y a des dizaines et des dizaines de biais cognitifs documentés par la littérature scientifique, conclut Pierre Chastenay. Marianne aurait du matériel pour réaliser plusieurs autres capsules de Pense fort

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