Itinérance chez les personnes âgées

Un projet de recherche réalisé à Montréal, Calgary et Vancouver vise à améliorer le sort de cette population en croissance.

20 Septembre 2021 à 10H29

Pas moins de 38 % des quelques 3150 personnes en situation d'itinérance sur l'île de Montréal ont 50 ans et plus.Photo: Getty Images

En 2018, on dénombrait quelque 3150 personnes en situation d’itinérance sur l’île de Montréal. De ce nombre, pas moins de 38 % avaient 50 ans et plus. «On observe une recrudescence importante de cette population depuis quelques années, affirme Valérie Bourgeois-Guérin, professeure au Département de psychologie. De plus en plus de personnes deviennent itinérantes après 50 ans, notamment à cause de la hausse du prix des loyers.»

Si les personnes dans la cinquantaine sont considérées jeunes dans la population générale – au Québec, les hommes ont une espérance de vie de 81 ans et le femmes de 84 ans –, il en est tout autrement dans la rue. «Une personne itinérante décède en moyenne à 39 ans, souligne la professeure. Les personnes de plus de 50 ans sont considérées comme des aînées dans leur groupe, alors que celles qui se rendent à 60 ou 70 ans sont très rares.»

«C'est très difficile pour quelqu'un qui souffre d'arthrite ou qui doit se déplacer avec une marchette de faire la file et de rester debout longtemps pour entrer dans un refuge ou pour marcher.»

Valérie Bourgeois-Guérin,

Professeure au Département de psychologie

En plus d’être régulièrement victimes d’agression ou de vol en raison de leur vulnérabilité, les personnes âgées itinérantes présentent des caractéristiques physiques et des problèmes de santé qui s’apparentent à celles de personnes ayant 10 ou 15 ans de plus. «On observe beaucoup de cas de démence, d’Alzheimer ou d’arthrite à un très jeune âge», précise Valérie Bourgeois-Guérin. De plus, les ressources offertes à ces personnes ne sont souvent pas adaptées à leurs conditions. «Par exemple, c’est très difficile pour quelqu’un qui souffre d’arthrite ou qui doit se déplacer avec une marchette de faire la file et de rester debout longtemps pour entrer dans un refuge ou pour manger», illustre la professeure.

Identifier les meilleures pratiques

Une trentaine de chercheurs et de chercheuses de Montréal, de Calgary et de Vancouver collaborent pour améliorer les conditions de vie des personnes âgées en situation d’itinérance. En 2020, le groupe a reçu une subvention de 1,375 million de dollars sur cinq ans de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) et du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) pour le projet «Aging in the Right Place: Building Capacity for Promising Practices that Support Older People Experiencing Homelessness in Montreal, Calgary, and Vancouver». Ce montant a été divisé à part égales entre les trois villes. Valérie Bourgeois-Guérin et Émilie Cormier, étudiante au doctorat en psychologie, participent au volet montréalais du projet.

Le rôle des équipes de recherche consiste à identifier, à évaluer et à recommander des pratiques prometteuses déjà existantes à petite échelle. Le groupe de Montréal a identifié 17 de ces pratiques, qui seront évaluées au cours des 5 prochaines années. «Par exemple, la Maison du Père offre huit lits de convalescence pour les personnes en réhabilitation et quatre lits palliatifs pour les personnes en fin de vie. Est-ce que cette pratique fonctionne? Devrait-elle être répandue à plus d’organismes ou élargie aux autres grandes villes canadiennes? C’est ce que notre étude examinera.» Des entrevues seront réalisées avec les personnes âgées et avec le personnel d’intervention.

Il ne suffit pas de fournir un logement aux personnes itinérantes pour les sortir de la rue, affirme la chercheuse. «Certaines décident de ne pas habiter dans leur logement parce qu’elles ont des problèmes psychologiques ou autres. Les personnes itinérantes ont d’abord et avant tout besoin de ressources personnalisées, axées sur leurs défis et leur réalité.»

Les impacts de la pandémie

Si les difficultés vécues dans les CHSLD ont été mises en lumière durant la pandémie, on a moins entendu parler des refuges pour personnes itinérantes. «Le principe de  distanciation physique a été difficile à appliquer dans ces milieux restreints où se côtoient beaucoup de personnes, rapporte Valérie Bourgeois-Guérin. Plusieurs résidents étaient inquiets d’attraper le virus et de développer des complications. Du côté des intervenants, plusieurs ont mentionné la lourdeur d’ajouter de nouvelles contraintes à un travail déjà difficile.»

Un changement démographique a été observé dans les refuges durant la pandémie, avec une hausse marquée du nombre de personnes provenant des communautés culturelles. «Ces personnes étaient généralement soutenues par leur famille en temps normal, mais elles ont été isolées de leur entourage au cours de la dernière année et demie.»

Malgré les difficultés, la pandémie a fait émerger quelques éléments positifs. «On a senti une mobilisation des résidents dans les refuges pour éviter la contamination, souligne Valérie Bourgeois-Guérin. Des petits groupes de bénévoles ont pris en charge de nettoyer les surfaces, d’autres ont fait le ménage. Les personnes en situation d’itinérance se sont véritablement approprié les ressources à leur disposition.»

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