Contrer la détresse par l’activité physique

Un projet de Paquito Bernard obtient un appui financier de la Fondation cancer du sein du Québec.

19 Janvier 2021 à 14H05

Les activités physiques ont des effets bénéfiques sur la santé mentale, contribuant à la diminution des symptômes anxiodépressifs.Photo: Getty/Images

Le professeur du Département des sciences de l’activité physique Paquito Bernard figure parmi les six chercheurs lauréats du concours «1 million pour aider» de la Fondation cancer du sein du Québec. Lancé en janvier 2020, ce concours permet de soutenir financièrement des projets qui visent à améliorer la qualité des soins et la qualité de vie des patientes et patients ainsi que les programmes éducatifs en cancer du sein. La Fondation versera au total près d’un million de dollars aux lauréats.

Paquito Bernard étudie les retombées de l'activité physique sur la santé mentale de personnes ayant une maladie chronique ainsi que son rôle de prévention de plusieurs problèmes de santé (obésité, diabète, maladies coronariennes, cancer). Il a reçu près de 69 000 dollars de la Fondation cancer du sein du Québec pour évaluer les effets d’une intervention d’activité physique adaptée (APA) sur les symptômes anxiodépressifs et le sommeil de patientes atteintes d’un cancer du sein qui vivent une forme sévère de détresse émotionnelle. Le projet sera mené en collaboration avec une équipe de psychologues des hôpitaux Maisonneuve-Rosemont et Santa Cabrini ainsi qu’avec une équipe pluridisciplinaire de chercheurs du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Est-de-l’Île- de-Montréal.

Le cancer du sein est la forme de cancer la plus répandue chez la femme au Canada (à l’exclusion des cancers de la peau autres que le mélanome). C’est la deuxième principale cause de décès par cancer chez les Canadiennes. Le cancer du sein peut aussi apparaître chez l’homme, mais ce n’est pas fréquent.

On estime que 10 % à 35 % des femmes aux prises avec un cancer du sein souffrent de détresse émotionnelle. Pour leur venir en aide, les équipes cliniques en oncologie offrent des traitements qui, généralement, prennent la forme d’un suivi psychologique ou d’antidépresseurs. Cependant, aucune intervention d’activité physique adaptée n’a été spécifiquement développée pour ces femmes jusqu’à maintenant.

«On sait que l’activité physique donne d’aussi bons résultats que les antidépresseurs et la psychothérapie, qu’elle est aussi efficace à elle seule que combinée à la thérapie ou que la thérapie seule.»

Paquito Bernard,

Professeur au Département des sciences de l'activité physique

«Au Canada, comme à l’échelle internationale, les lignes directrices concernant la prise en charge des troubles dépressifs majeurs recommandent que le personnel soignant fasse la promotion d’activités physiques, notamment auprès de personnes qui suivent des traitements en oncologie, rappelle Paquito Bernard. Malheureusement, ces directives sont peu appliquées, en particulier quand il s’agit de traiter des pathologies somatiques associées à des problèmes de santé physique.»

Pourtant, poursuit le professeur, des études ont montré que les activités physiques ont des effets bénéfiques sur la santé mentale, contribuant, entre autres, à la diminution des symptômes d’anxiété et de dépression. «Le défi ne consiste pas à prouver scientifiquement l’efficacité des interventions d’activité physique. On sait que l'activité physique donne d'aussi bons résultats que les antidépresseurs et la psychothérapie, qu'elle est aussi efficace à elle seule que combinée à la thérapie ou que la thérapie seule. Le défi est plutôt de prescrire davantage l'activité physique dans le milieu de la santé.»

Activités personnalisées

Les activités physiques proposées par le chercheur pendant une période de 12 semaines – marche, activités de renforcement musculaire et d’endurance – seront adaptées aux besoins personnels des participantes, selon qu’elles vivent seules ou en famille, en milieu urbain ou rural. «Des études ont comparé différents types d’activités physique en termes d’efficacité pour atténuer les symptômes anxiodépressifs, note Paquito Bernard. Les résultats montrent qu’il n’y a pas de différences importantes entre la marche et des activités de renforcement musculaire ou d’endurance à intensité élevée ou modérée.»

L’équipe de recherche s’assurera d’abord que les participantes adhèrent au programme d’intervention. «Avant de démarrer, nous aurons des entretiens avec les  participantes afin d’identifier les activités qu’elles aiment ou n’aiment pas faire et pour savoir si elles veulent être supervisées ou non, indique le chercheur. Les personnes qui suivent des traitements en oncologie ne souhaitent pas toutes être accompagnées pendant qu’elles s’entraînent physiquement. Certaines, le tiers environ, préfèrent être seulement conseillées.» Les premières séances seront toutefois supervisées pour des raisons de sécurité et d’apprentissage. Ensuite, les participantes pourront choisir le type d’activité physique qui leur convient le mieux ainsi que la fréquence et le degré d’intensité.

Au total 18 femmes seront recrutées, neuf en cours de traitement pour leur cancer et neuf autres ayant terminé leur traitement depuis trois mois. «En phase de traitement, les symptômes anxiodépressifs peuvent disparaître rapidement, mais certains ont tendance à persister en période post-traitement», souligne Paquito Bernard. C’est le cas de l’insomnie, notamment, qui est difficile à combattre. «Environ 60 % à 70 % des femmes qui suivent un traitement éprouvent un trouble du sommeil et 40 % d’entre elles continuent de vivre avec ce problème après leur traitement», dit le professeur.

Outils technologiques

Les effets de l’activité physique sur les symptômes anxiodépressifs seront évalués quotidiennement à l’aide d’une application téléphonique qui a déjà été utilisée dans le cadre d’autres études. «Les participantes auront simplement à l’installer sur leur téléphone intelligent. Elles recevront deux à trois notifications chaque jour et auront à répondre à quelques questions un peu comme lorsqu’on est hospitalisé et qu’on nous demande d’évaluer notre douleur sur une échelle donnée. Cela permettra de mieux comprendre la vitesse d’apparition des symptômes et de mesurer le temps requis pour que les impacts de l’activité physique se fassent sentir.»

Quant aux effets sur le sommeil, ils seront évalués au moyen d’une «montre» qui, elle aussi, a fait l’objet d’études de validation. «Cet appareil très léger a l’apparence d’une montre à trois dollars chez Dollarama, remarque Paquito Bernard. Elle permet d’enregistrer les déplacements du corps durant la nuit. Plus on a des problèmes de sommeil, plus on a des difficultés à savoir combien d’heures on a dormi et combien de fois on s’est réveillé. Grâce à cette montre, nous aurons un portrait quotidien, plus juste et plus détaillé, de la qualité du sommeil des participantes.»

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