Décès de Régine Robin

Écrivaine de renom, la professeure émérite du Département de sociologie s’est éteinte à l’âge de 81 ans.

8 Février 2021 à 10H38

Régine Robin en 1999.
Photo: Yves Lacombe

L’UQAM a perdu la semaine dernière une de ses figures intellectuelles importantes. La professeure émérite du Département de sociologie Régine Robin, qui a enseigné à l’Université de 1982 à 2004, s’est éteinte à l’âge de 81 ans. «Elle était une femme-orchestre de l’intellectualité, une historienne, une essayiste, une romancière», a déclaré au Devoir son collègue et ami Marc Angenot, professeur émérite de l’Université McGill.

Née en 1939 à Paris, dans une famille de confession juive, Régine Robin vit sa petite enfance sous l’occupation nazie. Après son admission, à l’âge de 20 ans, à l’École normale supérieure de Fontenay-aux-Roses, elle obtient aux débuts des années 1960 un diplôme d'études en géographie et l'agrégation d'histoire à la Sorbonne. Puis, elle obtient un doctorat de l’Université de Dijon (1969) ainsi que de l’École des hautes études en sciences sociales de Paris (1989). Elle émigre à Montréal en 1977. 

Historienne de formation, Régine Robin s’st également intéressée à la linguistique, à la philosophie et à la psychanalyse. Elle a été une pionnière de l’analyse du discours et a apporté d’importantes contributions à l’analyse sociologique de la littérature. Ses ouvrages d’histoire et de sociologie ainsi que ses livres de fiction ont porté, notamment, sur les thèmes de l’identité, de la culture, de la mémoire collective et de la judéité. Son roman La Québécoite (1983), sorte d’autofiction où elle s’invente des vies différentes, a remporté un succès auprès du grand public. Il demeure incontournable pour quiconque s’intéresse au phénomène de l’«écriture migrante». Régine Robin est aussi l’autrice du Cheval blanc de Lénine (Berg/XYZ, 1979), de L'immense fatigue des pierres (XYZ, 1996) et de Cybermigrances (VLB, 2004), ouvrage hybride et nomade.

Élue membre de la Société royale du Canada en 1988, la professeure émérite a reçu au cours de sa carrière de nombreux prix et distinctions, dont le Prix du Gouverneur général, en 1986, pour son essai Le réalisme socialiste, une esthétique impossible (Payot) et le prix Jacques-Rousseau de l’Acfas (1994). Ce prix souligne les réalisations scientifiques exceptionnelles d'une personne ou d'une équipe qui a dépassé son domaine de spécialisation pour établir des ponts entre différentes disciplines. Régine Robin a également remporté le Prix du meilleur essai de la revue Spirale pour Le Golem de l’écriture (XYZ, 1997), et le Grand Prix du livre de Montréal, pour son ouvrage Berlin chantiers (Stock, 2001), ayant pour thèmes la mémoire collective et le devenir du passé.

Les dernières recherches de la professeure ont porté principalement sur la question de la mémoire (La mémoire saturée, Stock, 2003), qu'elle interroge par rapport à la Shoah et à l'expérience de la Seconde Guerre mondiale, à laquelle son parcours est étroitement lié en raison de son origine polonaise. Le conseiller littéraire et dramaturgique Stéphane Lépine doit d’ailleurs publier, le printemps prochain, une série d’entretiens avec Régine Robin, intitulée Les ombres de la mémoire (Somme toute).

Dans une entrevue accordée au Devoir en 2018, la professeure déclarait: «Le Québec a beaucoup changé, surtout chez les jeunes. Il y a plus de place pour la différence. C’est dommage que je ne sois plus prof. Je pense que je m’entendrais plus facilement avec ces jeunes qui sont citoyens du monde, qui sont très sensibles à l’environnement, qui ont des valeurs qui n’étaient pas celles d’il y a 40 ans.»

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