En toute intimité

La candidate à la maîtrise en théâtre Mélisande Goux invite le public à découvrir l’univers créatif de survivantes d’agression sexuelle.

15 Juin 2021 à 14H23

L'installation scénique immersive de Mélisande Goux s'intitule Libère ta paroleAgressions sexuelles: crier avec l’art.

Artiste polyvalente, Mélisande Goux a mené plusieurs projets à teneur sociale auprès des enfants, de la communauté étudiante et des femmes. Depuis deux ans, l’artiste originaire de France poursuit un projet de recherche-création au cours duquel elle a développé des ateliers artistiques destinés aux femmes survivantes d’agression sexuelle. L’étudiante à la maîtrise en théâtre a créé des ateliers créatifs – de théâtre, d’écriture et de scénographie – pour donner l’occasion à ces femmes d’aborder leur vécu sous différentes formes artistiques. Le processus de création collectif s’inspire du théâtre de l’Opprimé d’Augusto Boal et des ateliers d’écriture automatique de Sonia Chiambretto.

Une exposition immersive

Le fruit de ces ateliers créatifs fera l’objet d’une exposition qui sera présentée du 21 au 23 juin prochains à l’UQAM. Les œuvres de huit participantes aux ateliers seront regroupées dans une installation scénique immersive intitulée Libère ta parole. Agressions sexuelles: crier avec l’art. L’installation prend la forme d’un cubicule, qui se veut un espace sécuritaire, anonyme et intime.

«Une spectatrice ou un spectateur à la fois peut y rentrer pour découvrir un monde habité d’écrits, précise Mélisande Goux. Le fait que la personne se retrouve seule dans le petit bureau lui permet de réagir comme bon lui semble sans se sentir jugée.»

Certaines œuvres sont plus crues et provoquantes tandis que d’autres sont plus imagées ou symboliques, constate l’étudiante. «Chaque participante aux ateliers a pu développer son imaginaire, une manière différente de parler de son vécu tout en créant sa propre dramaturgie», explique-t-elle. Un parcours interactif décrivant la démarche du projet complète l’exposition.

L’ouverture du vécu par l’art et la transformation de la parole personnelle en parole artistique font partie des enjeux de la recherche menée par Mélisande Goux. «L’idée était que les participantes aux ateliers passent d’une position de femme-victime à une position de femme-créatrice pour poser un regard différent sur leur vécu», explique-t-elle.

Le processus de guérison fait souvent appel à la parole, observe l’artiste. Dans cette recherche, toutefois, le but n’était pas de trouver les bons mots. «J’ai créé une démarche basée plutôt sur l’esthétisme. On peut utiliser la rédaction d’un poème ou l’écriture automatique, par exemple, dans l’objectif que le fond émerge de lui-même.» Selon elle, les participantes ont adoré l’expérience et ont retrouvé estime et confiance en soi. «Elles ont pris conscience qu’il est possible de vivre une expérience aussi pénible qu’une agression sexuelle et en tirer tout de même quelque chose de beau et de doux.»

Des ateliers artistiques clés en main

Durant la session dernière, les participantes se rendaient une fois par semaine à l’UQAM pour suivre leurs ateliers. Même durant le confinement, les activités en présentiel étaient maintenues dans le respect des normes sanitaires. Ces ateliers artistiques ont été donnés en collaboration avec Trève pour elles, un organisme montréalais qui fait partie du regroupement des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS). Ces centres offrent des suivis médicaux et juridiques ainsi que des groupes de parole aux femmes survivantes. «Comme il n’existe pas beaucoup de ressources financières dans ces organismes, ceux-ci n’offrent pas, habituellement, d’ateliers artistiques de ce genre, remarque Mélisande Goux. J’ai voulu pallier ce manque.» L’étudiante a aussi réfléchi à un modèle d’atelier artistique clé en main qui peut être repris facilement par d’autres intervenantes tout en nécessitant très peu de ressources matérielles.

Après l’exposition, l’installation sera déployée chez Trève pour elles et se promènera ensuite dans les autres CALACS. Mélisande Goux espère que l’installation, qui peut être montée et démontée en un tour de main, puisse être présentée dans des lieux, intérieurs ou extérieurs, des écoles ou des organismes communautaires. «Ce serait bien qu’elle puisse être montrée dans différents événements pour rejoindre divers publics, lance l’étudiante. Les gens doivent prendre conscience que les femmes survivantes font partie de la société et que l’on doit se soucier de leur bien-être.»

Libère ta parole. Agressions sexuelles: crier avec l’art sera présentée les 21, 22 et 23 juin, au Studio J-2960, du pavillon Judith-Jasmin.

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