À la tête de La Revue canadienne de linguistique

La professeure Heather Newell veut donner libre accès au contenu de la publication.

22 Février 2021 à 10H38

Heather Newell. Photo: Émilie Tournevache

La professeure du Département de linguistique Heather Newell dirige, depuis 2020, la prestigieuse Revue canadienne de linguistique. «C’est la seule revue canadienne bilingue dans son domaine», fait remarquer la professeure. C’est aussi l’une des plus anciennes revues savantes au pays puisqu’elle existe depuis 1954, année de fondation de l’Association canadienne de linguistique.

Publiée au nom de l’Association canadienne de linguistique par Cambridge University Press, la publication traite de sujets tels que la phonétique, la phonologie, la syntaxe, la linguistique historique et la sociolinguistique. Récemment, elle a été bonifiée d’une quatrième publication par année. La dernière fois qu’un membre de la communauté uqamienne a été nommé à la tête de la rédaction remonte à 1999. Anne Rochette, ancienne doyenne de la Faculté des sciences humaines et désormais professeure associée au Département de linguistique, a dirigé la revue jusqu’en 2003. «Chaque personne est en poste pour une durée de trois ans, dit Heather Newell. De cette manière, il est possible de rester à l’affût des plus récentes recherches et avancées dans le domaine.»

Depuis le début de son mandat, la professeure travaille d’arrache-pied à la mise en œuvre d’un modèle complet en libre accès. «Les revues académiques doivent être accessibles, souligne-t-elle. Les résultats de recherches doivent circuler.» La publication reçoit une subvention du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH), mais il faudra trouver de nouvelles sources de revenu pour assurer l’organisation du colloque annuel de l’Association et d’autres activités. «Par exemple, les revenus perçus grâce aux abonnements institutionnels nous aident à financer les déplacements des étudiants pour assister aux colloques, note Heather Newell, qui siège également au conseil d’administration de l’Association.

Deuxième défi: augmenter le nombre de soumissions d’articles et de contributions à l’international. «De plus en plus de chercheurs de l’étranger sont intéressés à rédiger pour nous», se réjouit la professeure.

À l’occasion, la revue publie des éditions spéciales. Ainsi, un numéro de 2019 rendait hommage à Denis Bouchard, aujourd’hui professeur associé au Département de linguistique, soulignant l’impact des travaux du chercheur dans les domaines de la théorie linguistique, en particulier de la morphosyntaxe et de la sémantique, de la description des langues et de l’origine du langage. «L’édition était entièrement bilingue pour l’occasion. Chaque article a été traduit», rappelle Heather Newell. Les signes, leur combinaison et les propriétés fondamentales du langage : un hommage à Denis Bouchard était dirigé par les rédactrices en chef invitées Reine Pinsonneault et Anne-Marie Parisot (Ph.D. linguistique, 2003), toutes deux du Département de linguistique, et Catherine Léger (Ph.D. linguistique, 2006), de l’Université de Victoria.

Publié en décembre dernier, le dernier numéro de la revue présente différents articles portant notamment sur l’acquisition du langage et sur le japonais et le yoruba, une langue ouest-africaine. Une notule met l’accent sur l’histoire de la balise «eh», utilisée dans l’anglais canadien à la fin des phrases «comme dans I like it eh!», illustre la professeure

Dans le cadre de ses plus récentes recherches, Heather Newell, une spécialiste de la phonologie, une branche de la linguistique qui étudie l'organisation des sons au sein des langues naturelles, s’intéresse aux méta-restrictions phonologiques. «J’ai recours à plusieurs langues comme l’anglais, l’hébreu, l’allemand, le créole haïtien et le suédois pour mieux comprendre comment la structure des phrases impose des restrictions – ou patrons – sur la manière dont on prononce les choses dans une langue», explique-t-elle.

Heather Newell donne l’exemple des restrictions sur les liaisons. «Si nous disons petit ami ou petite amie, nous prononcerons le t, mais si nous disons le garçon qui est petit aime les bonbons, nous ne prononcerons pas le t, même s’il est suivi de la même voyelle», observe la professeure. Pourquoi? «Cela dépend de la structure syntaxique et de la position du mot petit dans la phrase. Selon la langue et la phonologie de la langue, nous pouvons voir qu’il y a des restrictions quand nous avons une séquence de deux voyelles et que nous en effaçons une, ou que nous rajoutons une consonne entre deux voyelles. Ce type de processus se retrouve dans toutes les langues du monde.»

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