La chasse aux pollens

La saison des allergies est arrivée plus tôt ce printemps et elle est particulièrement intense.

1 Juin 2021 à 14H42

La quantité de pollen dans l'air à Montréal à certains moments au mois de mai aurait été quatre fois plus élevée que l'an dernier.Photo: Getty Images

Les personnes souffrant d'allergies saisonnières sont particulièrement éprouvées cette année. «La saison a débuté trois semaines plus tôt et il y a davantage de pollen dans l'air», note le professeur du Département des sciences biologiques Alain Paquette. La quantité de pollen dans l'air à Montréal à certains moments au mois de mai aurait été quatre fois plus élevée que l'an dernier, selon des données rapportées dans un reportage récent de la CBC et fournies par Aerobiology Research Laboratories, l’entreprise alimentant, entre autres, le site de MétéoMédia.  

La quantité de pollen est une chose, mais d’un point de vue de santé publique et d’aménagement de la forêt urbaine, il importe surtout de savoir quelles espèces sont les plus allergènes, estime Alain Paquette. «Mis à part le bouleau, et il n’y en a pratiquement pas dans les villes nord-américaines, on ne sait pas quelles espèces génèrent les pollens les plus allergènes, ni même à quels pollens nous sommes exposés dans une ville comme Montréal, car ceux-ci sont mal identifiés», explique le titulaire de la Chaire de recherche sur la forêt urbaine.

«Mis à part le bouleau, et il n’y en a pratiquement pas dans les villes nord-américaines, on ne sait pas quelles espèces génèrent les pollens les plus allergènes, ni même à quels pollens nous sommes exposés dans une ville comme Montréal.»

Alain Paquette

Professeur au Département des sciences biologiques et titulaire de la Chaire de recherche sur la forêt urbaine

Ce constat amène plusieurs chercheurs à s’interroger sur la validité des modèles et des guides utilisés pour effectuer des «prévisions d’allergies» dans une ville donnée. «Actuellement, on se base sur des connaissances erronées pour générer ce type de prévisions. Selon la source d’information ou le modèle utilisé, on en arrive à conclure qu’une ville est très allergène… ou pas du tout, comme l’a constaté Rita Sousa-Silva en faisant l’exercice pour Barcelone, Montréal, New York, Paris et Vancouver», note Alain Paquette. 

Postdoctorante au Département des sciences biologiques et au Centre d’étude de la forêt, Rita Sousa-Silva est la première autrice de l’article faisant état de ces résultats dans Scientific Reports. Alain Paquette et son collègue Dan Kneeshaw figurent parmi les cosignataires. 

Pour illustrer les lacunes des modèles existants et le travail de recherche à faire, Alain Paquette donne en exemple les deux espèces les plus abondantes à Montréal: l’érable de Norvège et l’érable argenté. «Sous la loupe d’un microscope, il est impossible de distinguer les espèces d’érable par leur pollen. On ne pourra que conclure qu’il s’agit de pollen d’érable… mais cela ne nous avance guère, surtout quand on sait qu’il y a un mois de différence entre la floraison des deux espèces à Montréal! Si on n’a pas toutes les informations en main, comment peut-on effectuer des prévisions réellement utiles? Et comment choisir les espèces à planter?» 

Une question de santé publique

Le problème avec le pollen, c’est qu’il passe sous le radar. «Comme le disait récemment le médecin spécialiste en santé publique Pierre Gosselin, qui collabore à notre projet, ça ne tue personne et ça envoie rarement les gens à l’hôpital, mais c’est un réel problème, car cela cause de l’absentéisme, autant en milieu de travail qu’à l’école», poursuit Alain Paquette.

«Une ville comme Montréal plante de façon disproportionnée des arbres mâles pour ne pas avoir à gérer les fruits et les graines des arbres femelles. Or, ce sont les arbres mâles qui produisent du pollen.»

Les changements climatiques augmentent non seulement la durée de la saison des allergies depuis quelques années, mais aussi la quantité de pollen dans l’air. D’où l’importance d’identifier les espèces d’arbres les plus allergènes et les mécanismes à l’œuvre. «Par exemple, on soupçonne fortement que l’interaction entre les pollens et les polluants amplifient la réaction allergène», illustre le spécialiste. 

La masculinisation de la forêt urbaine constitue une autre facette du même problème. «Une ville comme Montréal plante de façon disproportionnée des arbres mâles pour ne pas avoir à gérer les fruits et les graines des arbres femelles, explique-t-il. Or, ce sont les arbres mâles qui produisent du pollen. Cette décision augmente donc la concentration de pollen en ville et amplifie ce problème de santé publique.»

Un réseau de capteurs

Actuellement, il n’y a qu’un seul capteur de pollens pour toute la région de Montréal, ce qui est nettement insuffisant pour connaître leur distribution à l’échelle du territoire. Pour pallier ce problème, l’équipe d’Alain Paquette a installé 24 capteurs à différents endroits sur l’île. «Nous analyserons les données pendant trois ans et nous ajusterons ensuite nos installations selon la pertinence des informations recueillies. L’objectif à long terme est d’avoir un réseau permanent d’échantillonnage. Et pour bien identifier les pollens, il faudra recourir à l’analyse moléculaire de leur ADN.»

En attendant d’avoir de meilleures connaissances sous la main, il faudra prendre son mal en patience. «Non seulement la saison des pollens est survenue plus tôt cette année, mais ce sera ensuite le tour des graminées, puis de l’herbe à poux», se désole Alain Paquette, qui comprend très bien les inconforts vécus par tous ceux et celles qui, comme lui, souffrent d’allergies saisonnières. Une raison de plus pour poursuivre ses recherches!

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