Lectures de mai

Notre sélection mensuelle d'ouvrages publiés par des professeurs, chargés de cours, étudiants, employés, diplômés ou retraités de l'UQAM.

11 Mai 2021 à 9H53

Série «Titres d'ici»

Engouements nostalgiques

Les manifestations nostalgiques qui peuplent notre quotidien sont-elles une simple rétrogradation temporelle, une façon de résister à l’accélération du temps générée par la vitesse des communications? La nostalgie est devenue une ressource fondamentale de la culture médiatique actuelle. C’est ce que cherche à démontrer l’ouvrage collectif transdisciplinaire Nostalgies contemporaines Médias, cultures et technologies, publié sous la direction de la professeure de l’École des médias Katharina Niemeyer et des chercheurs Emmanuelle Fantin (CELSA – Sorbonne-Université) et Sébastien Fevry (Université catholique de Louvain). Comment expliquer l’engouement pour les séries télévisées au look rétro, l'amour du vintage et des meubles patinés, la passion pour les photographies de maisons en ruines, le déferlement du rétro-gaming ou encore les commémorations muséales d’un passé souvent idéalisé? Grâce à des réflexions critiques et à des études de cas originales, divers auteurs offrent des pistes de réponse à ces questions. Des chapitres sont aussi consacrés aux célébrations du 375e anniversaire de Montréal, où une vision futuriste s’articule au regret des formes culturelles passées, à l’essor de la microbrasserie au Québec, un courant populaire «néo-trad aux tonalités nostalgiques», et aux collections d’informations personnelles numériques comme support de la nostalgie. Paru aux Presses universitaires Septentrion.

Les dernières années du cours classique

Élève au collège Jean-de-Brébeuf de 1956 à 1964, Claude Corbo a fait partie des dernières cohortes ayant vécu le cours classique, un sujet qu’il a fouillé dans deux essais publiés après ses deux premiers mandats (1986-1996) à titre de recteur de l’UQAM (La mémoire du cours classique. Les années aigres-douces des récits autobiographiques, 2000; Les Jésuites québécois et le cours classique après 1945, 2004). «Il n’était pas question de me faire le chantre nostalgique de cette formation remplacée par un nouveau système issu des travaux et des recommandations de la Commission royale d’enquête sur l’éducation dans la province de Québec et son Rapport Parent. Le cours classique était révolu, et à jamais. Mais, il me paraissait utile, pour moi-même et pour qui me lirait, de mieux comprendre cette formation et son impact sur l’esprit et la culture des personnes de ma génération l’ayant vécue», écrit-il dans un troisième essai sur le sujet, intitulé Au crépuscule du cours classique québécois : le cas du collège Jean-de-Brébeuf (1953-1964). Le professeur retraité du Département de science politique y raconte le déclin et la disparition d’une conception ancienne de l’éducation, condamnée par l’évolution du monde et plus spécifiquement par celle de la société québécoise. En prenant comme exemple particulier le collège qu’il a fréquenté – sans pour autant tomber dans l’autobiographie – il décrit à la fois les pratiques éducatives et les réalités de cette époque crépusculaire, tout autant que les ambitions, les préoccupations et les efforts de changement de l’établissement. Publié chez Del Busso.

L’héritage du postmodernisme

Le mot «postmoderne» a-t-il encore un sens aujourd’hui? Quel est l’héritage de la postmodernité? En quoi et comment les pratiques postmodernes ont-elles conditionné les pratiques artistiques actuelles? Pour répondre à ces questions, les auteurs Chantal Boulanger, Nicolas Mavrikakis et Laurent Vernet, chargé de cours au Département d’études urbaines et touristiques, ont fait appel à une vingtaine d’actrices et acteurs du champ de l’art contemporain, critiques, artistes, professeurs et commissaires. Provenant de générations et d’horizons divers, ceux-ci ont été invités à proposer un regard analytique ou critique sur les effets de la postmodernité. Spécialiste du sujet, Laurent Vernet s’intéresse à l’art dans les espaces publics vu par la pensée postmoderne. Le critique d’art Nicolas Mavrikakis s’attarde, quant à lui, à l’œuvre du chargé de cours de l’École des arts visuels et médiatiques (ÉAVM) Clément de Gaulejac «lequel entretient des liens avec l’art conceptuel». Interrogé sur le legs du postmodernisme dans son parcours artistique, un autre chargé de cours de l’ÉAVM, Yann Pocreau (M.A. arts visuels et médiatiques, 2008), croit que ce courant a pu apporter à la génération d’artistes l’entourant «le luxe de penser librement et de naviguer entre les idées, les médiums et les formes». L'illusion postmoderne? Réflexions sur l'évanescence d'un concept en arts visuels est publié aux éditions Varia.

L’avenir du journalisme

Au cours d’une rencontre pour discuter de leur métier avec de jeunes adultes à l’Institut du Nouveau Monde, les journalistes Marie-Ève Martel et Gabrielle Brassard-Lecours (B.A. animation et recherche culturelles, 2007) se sont aperçues que tous, ou presque, s’informaient exclusivement en ligne, sans payer pour aucun contenu d’actualité, que très peu comprenaient le processus de création d’une nouvelle et que plusieurs ne pouvaient distinguer un texte d’opinion d’un reportage. À ce contexte, il faut ajouter «la compétition féroce des fausses nouvelles en ligne (provoquant du même souffle une importante crise de confiance envers les médias traditionnels), la dégringolade croissante et accélérée des revenus qui précarise de plus en plus toutes les ramifications de la profession et un exode des talents», écrivent les deux jeunes femmes. Lasses de voir que ce sont presque uniquement les journalistes d’expérience (ayant vécu l’âge d’or du journalisme) qui se prononcent sur l’avenir des médias, elles ont voulu donner la parole à leurs confrères et consœurs. Dans Prendre parole : lettres de la (plus si jeune) relève journalistique, sept journalistes – parmi lesquels Naël Shiab (B.A. communication/journalisme, 2011) et Thomas Deshaies (M.A. science politique, 2016) – s’expriment sur les enjeux de la profession, mais aussi sur leurs incertitudes et leurs aspirations. Indépendance journalistique, stratégies pour combattre les fausses nouvelles, nouvelles instances médiatiques, traitement de données: ils nous disent, en somme, que la relève est déjà en train de remodeler le journalisme. Publié chez Somme Toute.

Extrémismes et démocratie

Depuis quelques décennies, on constate la résurgence dans les sociétés occidentales de formes d’extrémisme qui font grimper d’un cran le risque de violence. À l’heure du retour turbulent des identités, notamment religieuses, et dans un contexte d’érosion relative des solidarités citoyennes, les polarisations engendrées par les extrémismes de tout acabit nuisent à la cohésion sociale et fragilisent les fondements des régimes démocratiques. Ces enjeux sont abordés dans l’ouvrage collectif Le nouvel âge des extrêmes? Les démocraties occidentales, la radicalisation et l’extrémisme violent, codirigé par Sylvana Al Baba Douaihy, coordonnatrice générale de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent, et par les professeurs de l’Université de Sherbrooke Sami Aoun et David Morin, directeur scientifique et cotitulaire de la Chaire. Regroupant les textes de plus d’une quarantaine de spécialistes issus d’une dizaine de pays, cet ouvrage présente des études de cas dans plusieurs pays occidentaux et analyse les politiques mises en place pour contrer les extrémismes. Sans pour autant monopoliser le «marché» de la violence politique en Occident, deux formes d’extrémisme dominent actuellement: ceux d’inspiration islamiste et d’extrême droite, soulignent les trois chercheurs. Paru aux Presses de l’Université de Montréal.

L’art qui fait du bien

La danse de la guérison, titre du troisième ouvrage de l’essayiste littéraire et chercheur associé à la Chaire de recherche en esthétique et poétique, Filippo Palumbo, fait référence à une œuvre performative de la danseuse Anna Halprin (1920-). Dancing my Cancer (1975) prenait la forme d’un rituel chamanique au cours duquel on voyait l’artiste crier de rage et se tortiller dans tous les sens. Quelques semaines après la performance, toute trace du cancer dont elle souffrait avait disparu. Après avoir vu l’œuvre dans un musée, Filippo Palumbo s’est questionné sur le pouvoir transformateur de l’art et ce qu’il permet de traiter «là où la médecine s’arrête». Il analyse la production de différents auteurs et artistes afin de mieux comprendre les liens entre l’art et la guérison. Ainsi, le philosophe Emil M. Cioran éprouvait de nombreux bienfaits à écrire, et ce, malgré les épisodes dépressifs et les crises d’insomnie. Atteint d’épilepsie, Dostoïevski délaissa le militantisme et la politique au profit de la littérature puisque, selon Palumbo, c’est à travers l’écriture qu’il pouvait le mieux exercer son rôle humaniste. En plus d’aider l’artiste à survivre, les œuvres ont également le pouvoir de nourrir et d’apaiser l’âme de ceux qui les lisent ou les regardent, rappelle Filippo Palumbo. Publié chez Nota Bene. 

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