Les années italiennes de Françoise Sullivan

Une exposition présentée à la Galerie de l’UQAM dévoile plusieurs œuvres inédites de l’artiste réalisées durant les années 70.

4 Juin 2021 à 16H00

Françoise Sullivan. Les années 70 retrace les expérimentations artistiques de l’artiste durant sa période italienne, évoquée une première fois lors de l’exposition Œuvres d’Italie, présentée à la Galerie en 2019.
Photo :Nathalie St-Pierre

L’une des figures marquantes de l’histoire de l’art au Québec, Françoise Sullivan n’a eu de cesse d’expérimenter avec une curiosité sans limites la forme et la couleur, le geste et le mouvement, la figure et l’abstraction, que ce soit en peinture, en sculpture, en installation, en danse, en performance ou en photographie. Plusieurs musées ont organisé des expositions rétrospectives des œuvres de l’artiste afin de souligner sa contribution remarquable à l’art contemporain. La Galerie de l’UQAM, sous l’égide de sa directrice Louise Déry, a plutôt choisi de lui consacrer, depuis 1992, plus d’une quinzaine d’expositions au cours desquelles différents angles de la production de l’artiste sont examinés. C’est dans ce cadre que s’inscrit Françoise Sullivan. Les années 70, qui retrace les expérimentations artistiques de l’artiste durant sa période italienne, évoquée une première fois lors de l’exposition Œuvres d’Italie, présentée à la Galerie en 2019.

Cette nouvelle exposition résulte de la découverte de nouveaux éléments de connaissance, lesquels permettent de mieux comprendre le parcours de Françoise Sullivan durant les années 70 et de faire revivre des projets découverts dans ses archives personnelles. Quelque 80% des œuvres présentées sont inédites.

Au contact de plusieurs artistes de l’art conceptuel et de l’arte povera, un mouvement artistique italien qui s’oppose aux traditions artistiques et à la commercialisation de l’art en créant des œuvres faites de matériaux pauvres, non traditionnels et sans valeur pécuniaire, Françoise Sullivan explore de nouvelles correspondances entre le travail de la pensée, le texte, l’image et le geste. Le travail de Françoise Sullivan s’ancre davantage dans la photographie, le film, le texte et les actions performatives. Derrière sa caméra, l’artiste s’ouvre à des réalités prolongeant l’impulsion de Refus global de 1948: les luttes étudiantes, féministes, syndicales, sociales et politiques se déroulent sous ses yeux et nourrissent sa démarche.

Une série de portraits présentent les artistes et théoriciens que Françoise Sullivan affectionnait et avec lesquels elle aimait converser et créer. Sur la photo Portrait de deux révolutionnaires no 2 (1972), on peut voir l’un des fils de Françoise Sullivan prendre la pose en compagnie de Gianfranco Sanguinetti, membre de la section italienne de l’Internationale situationniste, une organisation composée de théoriciens et stratèges révolutionnaires désireux d'en finir avec la société de classes et la «dictature de la marchandise». Deux autres clichés immortalisent Françoise Sullivan et Sanguinetti: le premier est réalisé en 1972, et le second a été pris au même endroit, lors de leurs retrouvailles en 2019. D’autres images témoignent aussi d’actions performatives réalisées par le groupe d’artistes.

Émancipation et revendications

Tiré de la collection de l’artiste et montré pour la première fois au public, le court métrage Io sono mia/ I Am my Own/ Je suis moi-même (1976), reprend le fameux slogan scandé par les manifestantes féministes italiennes des années 70. On y voit Françoise Sullivan traçant chaque mot de la phrase-clé sur le sable d’une plage italienne. Chaque tentative de l’artiste est vaine: les vagues viennent lécher le rivage, effaçant ainsi les mots «libérateurs» écrits sur le sable. L’œuvre Graffiti (1977), une série de photogrammes tirés d’un film en Super 8, s’intéresse à la qualité des graffitis qui parsèment la ville de Rome et font d’elle un espace de revendications sociales et politiques.

L’exposition propose aussi une série d’images, fixes ou en mouvements, représentant des promenades guidées par l’artiste sur des sites archéologiques, en ville ou en nature. Devant l’appareil, seule ou en balade avec ses quatre enfants, elle chorégraphie en quelque sorte son parcours et reprend «cette langue du corps en appui sur le savoir de la danse et l’exercice performatif», signature de l’artiste amorcée avec Danse dans la neige, une chorégraphie en nature improvisée en 1948, dont avait été tirée une série de photos.

L'événement Françoise Sullivan. Les années 70 est présenté jusqu'au 17 juillet prochain. 

Revaloriser les plantes exotiques envahissantes

Annie France Leclerc et ses tissus teints au moyen d'encres et de teintures de plantes. Photo: Marie Atcheba

Présentée dans la petite salle de la Galerie de l’UQAM, l’exposition Par-delà la forêt se trouve un jardin met en scène la relation intime que la finissante de la maîtrise en arts visuels et médiatiques Annie France Leclerc a développée avec le parc du Boisé-de-Saint-Sulpice, un petit boisé urbain protégé situé dans le quartier Ahuntsic à Montréal, qui lui sert à la fois de refuge et de lieu d’exploration et de recherche. L’installation immersive prend la forme d’un parcours formé par la suspension de tissus en soie et en coton provoquant un jeu de cadrages et de points de vue qui évolue au fil de la découverte de l’installation. Les tissus aux teintes de jaune, de rose, de vert et de bleu-gris, sensibles à la lumière et à la décoloration, flottent dans la salle d’exposition et évoquent la fragilité d’un écosystème sujet à une activité humaine quotidienne importante. Dans un désir de revalorisation, les tissus sont teints par l’artiste, au moyen d’encres et de teintures fabriquées à partir d’extraits de plantes envahissantes prélevées au boisé et caractérisées comme nuisibles et indésirables sur le plan de la biodiversité. Une vidéo présentant l’artiste dans le boisé et des lettres manuscrites, adressées à une amie biologiste et décrivant sa démarche, complètent l’exposition.

Originaire du Bas-Saint-Laurent, Annie France Leclerc a grandi entourée par la forêt, ce qui a grandement influencé son rapport au monde. Elle est récipiendaire de nombreuses bourses d’études, comme la Bourse du Fonds de la Faculté des arts - maîtrise (2020), la Bourse Claude-Courchesne en arts visuels et médiatiques (2020), la Bourse Jean-Marc-Eustache en arts visuels (2019). Son travail a été présenté dans le cadre d’une exposition individuelle à l’Espace Parenthèses et lors d’expositions collectives à POP Montréal, à l’Écomusée du fier monde, à la Galerie VAV, ainsi qu’à la Galerie d’Art de Matane. Elle a enseigné la photographie au Collège Jean-Eudes et a été chargée de cours à l’École des arts visuels et médiatiques de l’UQAM à l’hiver 2020.

L'exposition est présentée jusqu'au 17 juillet prochain. 

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