Le pouvoir de l’art

Un colloque international réunira des artistes, des scientifiques et des intervenants et intervenantes de divers milieux.  

28 Mai 2021 à 17H09

Le projet de recherche L’apport de l’art au rétablissement et à l’inclusion sociale de personnes marginalisées (2016-2019) consistait notamment à implanter des ateliers d’arts visuels, de danse, de musique et de théâtre dans des organismes communautaires. Photo: Mona Trudel, Adriana De Oliveira et Danielle Raymond

«L’art a un pouvoir rassembleur et contribue à contrer l’isolement qui est le grand mal de notre siècle. L’art ne change pas des vies, certes, mais il peut créer une différence pour plusieurs personnes», martèle la professeure de l’École des arts visuels et médiatiques (ÉAVM) Mona Trudel. La chercheuse organise un colloque international sur le pouvoir de l’art et sa contribution à la société, en collaboration avec les professeures Ève Lamoureux, du Département d’histoire de l’art, Adriana De Oliveira, de l’ÉAVM, et la responsable des programmes éducatifs pour adultes et organismes communautaires au Musée des Beaux-arts de Montréal Marilyn Lajeunesse.

Ayant pour thème Se mobiliser par l’art. Comment les pratiques artistiques, muséologiques et éducatives appellent-elles l’action?, l’événement, qui se déroule du 31 mai au 3 juin, réunira plus de 50 intervenantes et intervenants des milieux artistiques, culturels, communautaires, éducatifs et de la santé. Des conférences, des tables rondes, des présentations de projets et des projections sont au programme. «Nous avons voulu mettre l’accent sur la diversité, tant sur le plan culturel que sur celui des champs d’études et de pratiques des participantes et participants, explique Mona Trudel. Le but est d’offrir une pluralité d’opinions, de connaissances, d’expériences et de perspectives.» L’événement est accessible au grand public.

Le colloque se veut un espace de réflexion, de discussion et de partage autour des pratiques artistiques, muséales et éducatives combinant l’art et la participation sociale des personnes marginalisées. Il y sera aussi question d’art et d’éducation inclusive ainsi que des rapports entre l’art et l’amélioration de la santé mentale et physique. «Participer à un projet de création artistique peut permettre à une personne aux prises avec des problèmes de santé mentale, par exemple, de se créer une nouvelle identité et d’aller au-delà de sa maladie, illustre Mona Trudel. De plus, de telles pratiques favorisent l’inclusion sociale et la participation à une communauté, incitent à prendre la parole et à tisser des liens.»

Mobilisation artistique

Quatre grandes conférences auront lieu durant le colloque, dont celle d’ouverture portant sur la mobilisation de l’artiste. Kent Monkman, un artiste autochtone de renommée internationale, connu pour ses interventions provocatrices liées à l’histoire de l’art occidental, et Manon Barbeau (B.sp. animation culturelle, 1974), cinéaste, cofondatrice du Wapikoni mobile et Officière de l’Ordre national du Québec en 2014, participeront à l’événement. Le mot de bienvenue sera prononcé par la rectrice Magda Fusaro, en présence de Mona Trudel. Deux autres conférences (31 mai et 1er juin) porteront sur la contribution de l’art et de ces pratiques aux changements individuels et collectifs, dont l’une sera animée par Ève Lamoureux. Maria Nengeh Mensah, professeure de l’École de travail social qui mène des projets de recherche-action portant sur les défis liés à la stigmatisation et à l’inclusion sociale des communautés issues de la diversité sexuelle et de genre, et Richard Sandell, professeur à la School of Museum Studies de l’University of Leicester, présenteront leurs points de vue respectifs sur cette question. Animée par la professeure Adriana de Oliveira, la conférence «Qu’en est-il des pratiques artistiques à visées sociales au Canada et au Brésil?» (3 juin) présentera le projet éducatif Axé de Marcos Antonio Cândido Carvalho, consultant pour l’UNICEF et directeur du volet éducation artistique du projet, destiné aux enfants et adolescents des milieux défavorisés.

Animée par Adriana de Oliveira, une table ronde s’intéressera aux retombées des pratiques artistiques à visées sociales et éducatives sur le travail et la création des artistes (1er juin). Cindy Schwartz, fondatrice et directrice du centre Les Muses, lequel offre de la formation en arts de la scène aux personnes handicapées, et Stanley Février (M.A. arts visuels et médiatiques, 2019), artiste en arts visuels, font partie des artistes invités. La professeure du Département de communication sociale et publique Véro Leduc, dont les travaux actuels portent sur les pratiques artistiques des personnes sourdes et handicapées au Canada, les musiques sourdes et les pratiques d’accessibilité et d’équité culturelles, et l’enseignante spécialisée en arts plastiques et en art dramatique au primaire Emmanuelle Allard (M.A. arts visuels et médiatiques, concentration éducation, 2003) participeront à une table ronde sur l’apport des pratiques artistiques et pédagogiques dans les milieux de soin, communautaire et éducatif (2 juin). Emmanuelle Allard a remporté l’an dernier le Prix novateur en enseignement des arts du Conseil des diplômés de la Faculté des arts pour son projet d’éducation interculturelle combinant les arts et l’apprentissage du français.

Assurer la pérennité des projets

Des décideurs et des partenaires prendront part à une discussion afin de voir comment les organismes subventionnaires peuvent se mobiliser davantage et apporter un meilleur soutien aux projets artistiques à portée sociale ou éducative. La table ronde «Mobiliser des décideuses et décideurs et des partenaires autour de projets artistiques en contexte de soins, communautaire et éducatif: rêve ou réalité?» (3 juin) sera animée par Mona Trudel. «Ces projets sont souvent réalisés avec peu de moyens, observe la professeure. Un meilleur financement à long terme, par exemple, pourrait assurer leur pérennité.» La chorégraphe et professeure invitée du Département de danse Rhodnie Désir, créatrice du projet chorégraphique et documentaire Bow’t Trail, compte parmi les intervenantes invitées.

Selon Mona Trudel, les initiatives artistiques qui se déroulent en contexte de soins et dans les milieux communautaire, scolaire et éducatif se sont beaucoup développées au cours des dernières années, mais sont encore émergentes. «Nous sommes loin d’une reconnaissance par nos dirigeants de la contribution de l’art et de la culture à la santé et au bien-être des individus», affirme-t-elle.

Tout au long du colloque, des chercheuses et chercheurs présenteront différents projets de recherche à l’aide de vidéos. Il est aussi possible de voir des affiches scientifiques d’étudiantes et étudiants aux cycles supérieurs sur le site du colloque.

Deux projections

Le projet de recherche L’apport de l’art au rétablissement et à l’inclusion sociale de personnes marginalisées (2016-2019), mené par Mona Trudel en collaboration avec des chercheuses de l’UQAM et des médecins du CHUM, a fait l’objet d’une vidéo tournée en 2018. Celle-ci sera présentée le 3 juin. Ce projet d’intervention et d’éducation artistiques dans la communauté consistait notamment à implanter des ateliers d’arts visuels, de danse, de musique et de théâtre dans des organismes communautaires. «Dans la vidéo, la parole est donnée aux personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale, de toxicomanie et/ou d’itinérance qui ont bénéficié des ateliers ainsi qu’aux artistes animateurs», précise Mona Trudel.

Le colloque se conclura par la présentation d’un autre documentaire intitulé Apparaître. L’art à visage humain (2021). Réalisé par la professeure de l’Université Laval Francine Saillant et l’artiste en arts visuels Fanny H-Levy, le film illustre les réalités des personnes souffrant de problèmes de santé mentale ayant une pratique artistique. «Encore une fois, la parole est donnée aux personnes vivant avec de tels problèmes», souligne Mona Trudel.

Présenté en trois langues, français, anglais et langue des signes québécois (LSQ), le colloque est organisé par la Chaire de recherche UQAM pour le développement de pratiques innovantes en art, culture et mieux-être, le Musée des Beaux-arts de Montréal et le Groupe de recherche ArtEspaceSocial. Les quatre grandes conférences seront enregistrées et rediffusées sur le site du Musée des Beaux-arts de Montréal.

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