Petites et moyennes villes en transformation

La professeure Hiên Pham est titulaire d'une nouvelle Chaire de recherche du Canada.

8 Janvier 2021 à 14H42

Vue aérienne des îles de Trois-Rivières.
Photo: Alexandre Drainville

Un peu plus de 50 % de la population urbaine sur la planète vit dans des villes de moins de 500 000 habitants. «Les petites et moyennes villes restent pourtant un objet d’étude flou, car il n’existe pas de critères clairs pour les définir. La compréhension de ces villes se limite, depuis les années 1960, à des "espaces intermédiaires" entre les métropoles et les bourgs ou villages», affirme la professeure du Département d'études urbaines et touristiques de l'ESG UQAM Hiên Pham. 

À titre de titulaire de la nouvelle Chaire de recherche du Canada sur les petites et moyennes villes en transformation, la chercheuse et son équipe s'intéressent à la conceptualisation de ces villes et à la compréhension de leur rôle dans le développement régional et métropolitain. Sa chaire bénéficie d’un financement de 120 000 dollars par année pendant 5 ans.

La nouvelle titulaire compte sur la collaboration de ses collègues Michel Rochefort et Dominic Lapointe, ainsi que celle de Thomas-Bernard Kenniff, de l'École de design. «Un collègue de Rimouski et une collègue de McGill participeront également aux travaux, en plus des étudiants de cycles supérieurs», précise-t-elle.

Trois axes de recherche

«Nous avons défini trois axes de recherche, annonce Hiên Pham. Le premier consistera à établir des critères permettant de définir ces petites et moyennes villes ainsi qu'à analyser leur rôle dans le développement régional. Nous porterons une attention particulière à leurs "faiblesses" dans la hiérarchie urbaine: ces villes doivent effectivement concurrencer les métropoles pour attirer des investissements et des ressources humaines qualifiées. Nous souhaitons mieux comprendre cette dynamique.» 

Le deuxième axe de recherche portera sur les stratégies de développement urbain. «Nous nous intéresserons, par exemple, au secteur touristique, qui constitue souvent la manière privilégiée de positionner une petite ville sur l'échiquier économique, comme nous l'avons vu durant la pandémie. Plusieurs petites et moyennes villes ont bénéficié du besoin de nombreux Québécois de renouer avec la nature en sortant de Montréal et de Québec.»

«On conçoit souvent les espaces publics des petites et moyennes villes à partir d'idées préconçues de l'urbanité, lesquelles sont théorisées en se basant sur les grandes villes.»

Hiên Pham

Titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les petites et moyennes villes en transformation

Un candidat à la maîtrise s'intéresse à la dynamique hybride, entre ruralité et urbanité, propre aux petites et moyennes villes. «Dans le discours de développement et de planification, on a toujours considéré ces villes comme relevant davantage de la ruralité, note la professeure. Mais pourquoi?»

Les villes intelligentes ainsi que l'urbanisme durable, ou vert, intéressent également Hiên Pham et son équipe. «Nous souhaitons analyser si certaines stratégies de développement urbain sont plus faciles à mettre en œuvre dans une petite ville pour la simple et bonne raison que les gens se côtoient et se connaissent davantage, et que la machine bureaucratique y est moins lourde que dans une grande ville», illustre-t-elle.

Le troisième axe sera consacré à l'étude des populations peuplant les petites et moyennes ville, sous l'angle de la transformation de leur cadre de vie. «Deux candidates à la maîtrise se penchent sur le courant de l'agriculture urbaine qui transforme actuellement plusieurs de ces villes», souligne la professeure. 

La conception de l'espace public figure également parmi les sujets d'intérêt de la nouvelle chaire. «On conçoit souvent les espaces publics des petites et moyennes villes à partir d'idées préconçues de l'urbanité, lesquelles sont théorisées en se basant sur les grandes villes, note-t-elle. Par exemple, on a essayé dans certaines petites villes d'Angleterre d'aménager de grands espaces publics, mais cela n'a pas fonctionné... jusqu'à ce que les habitants les modifient pour que ces lieux répondent à leurs besoins réels.»

Sortir des grandes villes

Hiên Pham compte sur les travaux de sa chaire pour bonifier, voire actualiser les théories en études urbaines. «Environ 90 % des études urbaines se concentrent sur les grandes villes. Il existe pourtant une réalité urbaine qui n'a rien à voir avec celles-ci, dit-elle. Je pense que le temps est venu de tenir compte de la réalité du terrain: au Québec comme ailleurs sur la planète, ce ne sont pas tous les gens qui habitent dans une grande ville.»

PARTAGER