Pour un art inclusif

Une équipe de recherche évaluera les retombées culturelles et sociales du programme Art adapté de la Place des Arts.

16 Février 2021 à 16H19

Créé en 2018 par la PDA, le programme Art adapté vise à favoriser l'accès à la culture pour des personnes en situation de marginalité.
Photo: Mikaël Theimer

La professeure de l’École supérieure de théâtre Maud Gendron-Langevin (B.A. art dramatique, concentration enseignement, 2007) a obtenu récemment une subvention du CRSH, dans le cadre du programme Engagement partenarial, afin d’évaluer les retombées du programme de médiation culturelle Art adapté de la Place des Arts de Montréal (PDA). Créé en 2018, ce programme est destiné à des publics habituellement à l'écart des institutions culturelles et de la vie sociale en générale. «Son objectif, explique Maud Gendron-Langevin, est de favoriser l’accessibilité à la culture pour des personnes en situation de marginalité, qui ont des troubles de santé mentale, des limitations physiques, sensorielles ou intellectuelles, ou qui vivent une forme d’exclusion sociale.»

La PDA est le plus important complexe des arts de la scène au Canada. Chaque année, plus de 850 000 spectateurs convergent vers ses salles de spectacles et événements culturels. «Envisageant l'art et la culture comme des vecteurs d'inclusion sociale, la PDA adhère à des valeurs d'accessibilité et de sensibilisation aux arts de la scène, indique la professeure. Rares sont les institutions d’envergure au Canada qui ont développé des programmes de médiation culturelle similaires au programme Art adapté, lequel a rassemblé un peu plus de 200 participants lors de la saison 2018-2019.»

L’expression «médiation culturelle», employée au Québec depuis les années 2000, désigne des stratégies d’action centrées sur les échanges et les rencontres entre les citoyens et les milieux culturels et artistiques. Il s’agit d’élargir l’accès de la population, entre autres des personnes plus démunies, à l’offre culturelle professionnelle et à des moyens de création individuelle et collective. La médiation culturelle intègre les enjeux de l’éducation artistique et de l’éducation populaire en les ancrant dans les communautés et les quartiers.

C’est à l’automne 2019 que la PDA a approché Maud Gendron-Langevin en lui proposant de réaliser une évaluation en profondeur des impacts culturels et sociaux du programme Art adapté. L’équipe de recherche réunit également le professeur associé du Département de sociologie Guillaume Ouellet, qui est rattaché au Centre de recherche sur les inégalités sociales et les discriminations (CREMIS) et au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l'Ile-de-Montréal, ainsi que le professeur du Département de formation et d'éducation spécialisées Jean Horvais.   

Spécialiste de la didactique de l’art dramatique et dramathérapeute, Maud Gendron-Langevin est membre de la Chaire de recherche stratégique pour le développement de pratiques innovantes en art, culture et mieux-être, dont la titulaire est la professeure de l’École des arts visuels et médiatiques Mona Trudel, et du CREMIS. Elle est aussi codirectrice artistique de L’espace potentiel, un organisme de théâtre social et thérapeutique qui offre des ateliers de création à un public d’adultes et d’adolescents.

Initiation artistique

La programme Art adapté propose des ateliers pratiques d’initiation et de sensibilisation qui permettent de découvrir et d’explorer les arts de la scène: danse, musique, chant, jeux d’expression. Animés par des artistes-médiateurs professionnels, ils favorisent une approche conviviale où l’échange, l’observation et le processus de création sont valorisés. Les ateliers regroupent en moyenne 8 à 12 personnes et se déroulent sur la place publique de l’Espace culturel Georges-Émile-Lapalme de la PDA. Les participants sont recrutés par l’entremise d’organismes communautaires, partenaires de la PDA, œuvrant dans divers milieux, comme ceux de la santé et de l’éducation.

«Art adapté n’est pas un programme d’art-thérapie, note Maud Gendron-Langevin. Il faut plutôt parler d’un art qui fait du bien, qui permet aux participants d’exprimer leur créativité et aussi de socialiser, car la PDA souhaite contrer l’isolement social en offrant des occasions de rencontres et d’échanges. Quant aux médiateurs culturels qui dirigent les ateliers, ils sont en quelque sorte des traducteurs de l’offre artistique proposée par la PDA.»

Au terme de chaque série d'ateliers, les participants sont invités à partager le fruit de leurs explorations en faisant une présentation publique dans les espaces publics de la PDA.

Bienfaits individuels et collectifs

Le projet de recherche vise à documenter les bienfaits individuels et collectifs du programme Art adapté ainsi que l'expérience de ses participants, au moyen, notamment, de questionnaires, de groupes de discussion et d'observations sur le terrain. Des entretiens individuels seront aussi menés avec les participants et avec les artistes-médiateurs.

«Nous nous intéresserons à l'expérience artistique des participants et à son empreinte dans leur vie quotidienne, souligne la chercheuse. Nous voulons savoir, par exemple, si le programme de la PDA sert de déclencheur et permet de nourrir l’intérêt des participants pour la culture et les arts en général.»

L’équipe de recherche examinera aussi la dynamique inclusive du programme: comment il transforme l’institution culturelle sur le plan organisationnel et comment il contribue, sur le plan sociétal, à réduire les obstacles à la participation culturelle.

Enfin, la recherche conduira à des recommandations concernant les acquis du programme, les aspects à améliorer et le positionnement de la PDA en tant qu’actrice dans le mouvement plus large de la démocratisation cultuelle.

À l’heure de la COVID-19

En mars 2020, toutes les activités du programme Art adapté ont été suspendues à cause de la pandémie, avant de reprendre progressivement en septembre dernier. «Les responsables de la PDA ont fait preuve de créativité pour maintenir le programme, relève Maud Gendron-Langevin. Avec le resserrement des mesures sanitaires depuis décembre, certains ateliers se tiennent à distance. Ainsi, un artistes-médiateur en danse peut très bien se filmer dans son studio, pendant que les participants à l’atelier se trouvent dans les locaux d’un organisme communautaire et communiquent avec lui par écrans interposés.»

La COVID-19 a aussi ralenti le processus de recherche, retardant la tenue des groupes de discussion et des entretiens, dit la professeure. «Malgré tout, nous sommes en train de documenter les effets de la pandémie sur le déroulement du programme et sur la participation aux ateliers, même à distance. On verra par la suite, avec l’arrivée du printemps, puis de la saison estivale, s’il sera possible d’organiser les activités à l’extérieur de la PDA.»

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