Pour une recherche universitaire inclusive et diversifiée

L’UQAM soumet un mémoire en vue de l’élaboration de la nouvelle Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation.

1 Juin 2021 à 14H29

Photo: Nathalie St-Pierre

En réponse à l’appel formulé par le ministère de l’Économie et de l’Innovation, l’UQAM a soumis un mémoire en vue de l’élaboration d’une nouvelle Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation (SQRI) 2022. L’Université y expose sa vision de la contribution de la recherche universitaire pour relever les multiples défis auxquels la société québécoise est confrontée. Elle présente également les principes qu’elle juge indispensables au renouvellement des pratiques de soutien à l’écosystème québécois de recherche et d’innovation.

Le mémoire soumis par l’UQAM est le fruit d’un travail de collaboration au sein du conseil de la recherche et de la création (COREC) avec le vice-rectorat à la recherche, à la création et à la diffusion (VRCCD) ainsi que les vice-décanats à la recherche des sept facultés et école. «L’UQAM présentait pour la première fois dans son histoire récente un mémoire pour la SQRI» souligne le vice-recteur à la recherche, à la création et à la diffusion, Christian Agbobli, qui tient à mentionner le travail minutieux effectué par le comité de rédaction dirigé par la vice-doyenne à la recherche de la Faculté des sciences humaines (FSH), Lucie Ménard, et composé du directeur exécutif du VRRCD, Nicolas Riendeau, et de la conseillère à la recherche de la FSH, Geneviève Shields.

Christian Agbobli rappelle que le mémoire soumis par l’UQAM s’inscrit dans les traditions de recherche et de création de l’Université et est cohérent avec des mémoires soumis par d’autres organismes partenaires tels que le BCI, le réseau UQ, l’ACFAS, Axelys, Relais-femmes, le TIESS et le RQIS. 

Dans son mémoire, l’Université souligne que la nouvelle SQRI devrait permettre à l’État québécois de jouer un rôle de catalyseur entre les trois grands secteurs de la recherche (Santé, Société et culture, Nature et technologies) et l’ensemble des acteurs et actrices de l’économie (traditionnelle et sociale), en prenant le temps de mieux cerner l’importance des impacts sociétaux dans le développement du modèle socioéconomique qui distingue le Québec. En ce sens, la recherche universitaire devrait être plus fortement investie et figurer comme un partenaire de premier plan de l’écosystème de recherche et d’innovation.

 «Exerçant un leadership avéré en matière de recherche fondamentale, en recherche-création ainsi qu’en recherche partenariale, l’UQAM occupe une place privilégiée pour prendre le pouls et agir sur les enjeux sociaux, économiques, culturels et environnementaux pour lesquels la société québécoise se doit de trouver des solutions novatrices», observe la rectrice, Magda Fusaro. «Université publique soucieuse d’inclusion et de créativité, l’UQAM, poursuit la rectrice, contribue de façon éloquente à la redéfinition des approches de recherche en matière d’innovation et de recherche collaborative.»

La contribution de la recherche universitaire

Afin de pouvoir contribuer à la SQRI, la recherche universitaire doit être reconnue et soutenue pour son rôle singulier, notamment pour sa capacité à générer des connaissances nouvelles par la recherche fondamentale tout autant que par la recherche appliquée, note l’UQAM dans son mémoire. Ancrée dans toutes les régions du Québec ainsi que dans les réseaux internationaux, la recherche universitaire représente un levier précieux de créativité et de production de savoirs utiles au développement de richesses.

Une autre particularité de la recherche universitaire, indique le mémoire, concerne le développement et la participation inclusive de tous à l’effort de recherche et d’innovation, dans un esprit de justice sociale et environnementale qui tend vers un partage des richesses, aide à contrer les inégalités et valorise les savoirs de toutes natures pour affronter des problématiques contemporaines.

La recherche québécoise doit miser davantage sur la mise en place de pratiques favorisant l’équité, la diversité et l’inclusion (ÉDI), soutient l’UQAM. Depuis sa fondation, celle-ci travaille pour l’accessibilité aux études supérieures pour tous, la valorisation du travail des femmes en sciences, l’autonomie et la liberté des chercheurs, l’intégration des immigrantes et des immigrants, des personnes handicapées, des personnes issues des minorités sexuelles et des Premières Nations. Favoriser la recherche et l’innovation, c’est aussi reconnaître ces défis pour développer et mettre en œuvre de telles pratiques d’ÉDI au sein des organisations et des entreprises.

Accroître le rayonnement et l’impact de la recherche

La SQRI 2022 devrait miser sur la collaboration du plus grand nombre dans le respect et la reconnaissance de l’apport de toutes les disciplines. Travailler avec de multiples partenaires en réunissant des visions et expertises différentes exige, toutefois, la mise en place de conditions propices aux échanges collaboratifs et à la cocréation. L’interdisciplinarité nécessite de consolider des espaces pour le travail concerté, le croisement des savoirs et des expertises.

Comment améliorer les conditions de développement pour la recherche intersectorielle, interdisciplinaire et partenariale? En offrant un support accru à la mise en réseau et aux activités d’échange à différentes échelles, souligne l’UQAM, soit au sein des universités, des organisations à but non lucratif, des entreprises et des secteurs. Il faut également mieux supporter les activités à caractère international, celles des regroupements et réseaux stratégiques, de manière à faciliter leur déploiement sur la scène mondiale.

En outre, la transformation des modes communicationnels et la pluralité des stratégies à opérer sur un temps court et réactif modifient les activités de rayonnement ainsi que la manière de diffuser les résultats de recherche. Dans ce contexte, les chercheuses et chercheurs universitaires doivent à la fois poursuivre leurs efforts de publication de nature académique et réaliser des activités de vulgarisation et d’appropriation des connaissances pour les diffuser plus largement et en accroître les retombées. Si les savoirs issus de la recherche universitaire peuvent agir comme contrepoids à des informations de crédibilité et de pertinence diverses, il faut également prévoir des financements de recherche conséquents.

Pour un soutien pérenne

Dans son mémoire, l’UQAM estime qu’un réinvestissement en recherche universitaire serait bénéfique pour les établissements d’enseignement supérieur. Elle rappelle que les pressions actuelles sur le fonctionnement et sur les ressources humaines des établissements ralentissent le développement de la recherche québécoise. De plus, ce déficit de fonctionnement s’opère dans un contexte de forte diversification des activités de recherche, de multiplication des occasions de financement et de rehaussement des exigences de reddition de comptes. Ces conditions affectent principalement trois dimensions de la recherche universitaire: la formation à la recherche, la disponibilité de personnel hautement qualifié et l’entretien et la gestion des infrastructures.

Il devient plus ardu d’offrir des conditions intéressantes de formation à la recherche pour les étudiants de cycles supérieurs et les postdoctorantes et postdoctorants. Le personnel hautement qualifié en soutien aux activités, à la mobilisation des connaissances et à la liaison avec les utilisateurs de connaissances est surchargé et mobilisé par des exigences administratives et de reddition de comptes. Enfin, les coûts liés à l’entretien, à l’exploitation, au maintien et à la sécurisation des infrastructures et des données de recherche continuent de s’accroître, sans compter les nouvelles exigences de fonctionnement associées à la gestion des dispositions éthiques, aux mesures d’accès libre et aux stratégies d’EDI.

L’UQAM défend le maintien d’un écosystème de recherche universitaire réactif et créatif face à la complexité des nouveaux défis d’exercice de la science, de la formation et de la qualification de la main-d’œuvre. Outre le financement dédié au fonctionnement des établissements, il faut également revisiter l’architecture des opportunités québécoises de financement de la recherche, souligne l’Université. Souvent modestes et dispersés, les programmes québécois ne financent pas de programmations de recherche structurantes à moyen et à long terme sur le plan individuel, à l’exception des programmes dédiés à la relève professorale.

Tout en reconnaissant que les Fonds de recherche du Québec (FRQ) ont fait preuve d’imagination et ont insufflé un certain dynamisme aux secteurs de la recherche québécoise, l’UQAM croit que l’État québécois doit assurer un meilleur équilibre et une meilleure coordination dans son offre de subventions. À cet effet, les FRQ devraient être favorisés comme maîtres d’œuvre pour maximiser l’efficacité de l’ensemble. Il faut maintenir et surtout renforcer ce qui fonctionne bien (bourses étudiantes, chercheurs-boursiers, financement pour la relève professorale et pour les infrastructures).

Outre les investissements massifs en recherche et développement industriel, en transfert technologique ainsi que dans des grappes sectorielles (intelligence artificielle, par exemple), peu de soutien financier structurant est offert pour des propositions de recherche collaborative en matière de création et d’innovation sociale, et pour des projets en santé hors du champ médical, note l’Université. Un soutien plus direct aux propositions émanant des chercheuses et chercheurs pourrait être envisagé afin de susciter des propositions de projets de toute nature sans se restreindre à des programmes orientés.

En conclusion, l’UQAM considère que la nouvelle SQRI pourrait être l’occasion d’intégrer davantage de pratiques de recherche existantes, voire des expertises reconnues internationalement, mais qui demeurent peu connues au Québec. Valoriser la recherche fondamentale et la recherche collaborative citoyenne, axée sur le croisement des connaissances académiques et des milieux, contribuerait concrètement à la transformation des politiques gouvernementales en phase avec l’évolution des besoins de la société québécoise.

Recommandations

Le mémoire de l’UQAM comprend 10 recommandations:

- Amorcer une réflexion sur l’écosystème d’innovation sociale au Québec en examinant les programmes et en rehaussant substantiellement les investissements consacrés à l’innovation sociale, incluant les domaines culturels et artistiques;

-  Accroître la diversité des initiatives à impact social (petites entreprises citoyennes, incubateurs de projet, coopératives et OBNL, espaces de travail partagé avec services) et favoriser leur mission et leur croissance;

- Encourager la mise en place de pratiques de recherche et d’innovation qui favorisent l’équité, la diversité et l’inclusion (ÉDI) au sein des organisations et des entreprises;

- Développer des programmes de financement adaptés qui favorisent l’intersectorialité;

- Soutenir davantage les initiatives innovantes et interdisciplinaires dans les champs artistiques, médiatiques et culturels, les faire connaître davantage et reconnaître leur apport au développement scientifique, social, économique et culturel de la société québécoise;

- Favoriser le transfert et la mobilisation des connaissances en bonifiant les conditions de fonctionnement des infrastructures de recherche, des activités de maillage et de mise en réseau des expertises universitaires, des partenaires et des décideurs;

- Assurer un meilleur positionnement de la recherche, de la création et de l’innovation québécoise à l’international en misant sur la synergie des services et des organisations québécoises dans le soutien aux regroupements de chercheuses et chercheurs pour leurs activités de prospection et de réseautage;

- Stimuler la recherche fondamentale dans tous les domaines, notamment en élargissant les financements de type chercheur-boursier qui soutiennent une programmation de recherche sur une période significative;

- Offrir plus d’opportunités de soutien à des partenariats de recherche université-communauté sur le modèle FRQ des actions concertées, qui pourraient être initiées autant par les pouvoirs publics, les milieux de pratiques et les chercheurs universitaires;

- Stimuler l’innovation par une ouverture et un financement spécifique aux projets de recherche en santé réalisés hors du milieu hospitalier et des CIUSSS afin de favoriser l’essor de la recherche sociale et de la prévention dans divers domaines: santé mentale, inégalités en santé, interventions psychosociales, éducation sexuelle, communication, art-thérapie, etc.

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