Présence attentive et choix de carrière

Une recherche démontre l’efficacité de la pratique pour faire de meilleurs choix et éviter les impasses décisionnelles.

11 Mai 2021 à 15H55

Les personnes qui se retrouvent face à des impasses décisionnelles doivent-elles mettre leurs efforts ailleurs ou continuer tout de même à travailler pour atteindre leurs objectifs? Tout dépend des buts choisis qui doivent réfléter notamment les intérêts des individus. Photo: Getty images

Choisir le bon programme d’études universitaires et débuter une carrière sont des moments charnières dans la vie des jeunes et ces étapes décisives sont parfois semées d’embûches. Malgré tous les efforts consacrés à atteindre leur objectif, certaines personnes n’arriveront pas à réussir leur examen d’admission ou à décrocher le poste convoité. «Des obstacles ou une série d’obstacles les amènent à douter de leurs choix de carrière et elles se retrouvent ainsi face à des impasses décisionnelles, explique la doctorante en psychologie Ariane Marion-Jetten. Ces impasses sont liées à une augmentation du stress et à des symptômes dépressifs.»

Les personnes qui se retrouvent dans une telle situation doivent-elles mettre leurs efforts ailleurs ou continuer tout de même à travailler pour atteindre leurs objectifs? «Il faut choisir des buts qui reflètent nos intérêts et sont en concordance avec ce qui nous définit», observe Ariane Marion-Jetten. Et la clé pour atteindre une meilleure connaissance de ses intérêts réside dans la présence attentive.

En collaboration avec les professeurs Geneviève Taylor et Kaspar Schattke, respectivement du Département d'éducation et pédagogie et du Département de psychologie, la doctorante a récemment publié un article dans la revue Personality and Social Psychology Bulletin intitulé «Mind Your Goals, Mind Your Emotions: Mechanisms Explaining the Relation Between Dispositional Mindfulness and Action Crises». Cet article fait état d’une étude portant sur le rôle joué par la présence attentive, la motivation autodéterminée et la régulation émotionnelle dans les impasses décisionnelles en contexte de carrière.

Les chercheurs ont soumis de jeunes Américains et Britanniques à un questionnaire mesurant diverses facettes de la présence attentive à différents moments dans le temps – dernier semestre à l’école secondaire et première session universitaire, entre autres. «Les personnes qui ont participé à l’étude n’avaient pas nécessairement une pratique active de la méditation ou du yoga, précise Ariane Marion-Jetten. Nous nous sommes plutôt intéressés à leurs dispositions à la présence attentive, comme celle d’être capable d’identifier et de nommer ses émotions et sensations au moment présent, sans se sentir envahi ou submergé par celles-ci pour autant.»

Motivation autodéterminée et régulation émotionnelle

Plus les participantes et participants avaient une disposition élevée à la présence attentive et moins ils avaient de risque de vivre des impasses décisionnelles, a constaté l’équipe de recherche. «La présence attentive aide les gens à remarquer ce qui se passe quand ils font telle ou telle activité, à prendre connaissance de ce qu’ils aiment et de ce qui les intéresse, et à déterminer pourquoi ils le font et pour qui, remarque la chercheuse. Dans le choix et la poursuite de leurs buts, les personnes ayant une disposition élevée à la présence attentive étaient moins influencées par des facteurs externes, tels que la famille, les amis ou la société.» Une motivation autodéterminée est également associée à moins d’impasses décisionnelles. «Plus les gens ont une présence attentive élevée, plus ils sont motivés de manière autonome, leurs buts étant plus autodéterminés, souligne Ariane Marion-Jetten. Cette motivation les aide à rester positifs et à minimiser les obstacles qui pourraient entraver leur chemin. Ils se désengagent moins de leurs buts.»

L’habileté à nommer ses émotions et à les reconnaître sans jugement assure une meilleure régulation émotionnelle. «Même si nous éprouvons des émotions négatives durant notre parcours, nous pouvons poursuivre nos objectifs si nous acceptons qu’elles existent tout en prenant nos distances par rapport à elles», relève la doctorante.

La présence attentive n’est toutefois pas un bouclier absolu contre l’adversité. La pandémie a forcé plusieurs personnes à mettre leur projet sur la glace ou à revoir leurs objectifs de carrière bien malgré eux. «Cette période difficile peut être une belle occasion d’apprendre sur soi, de réfléchir à ce que l’on veut vraiment, de renforcer ses objectifs ou de se réorienter au besoin, si nous prenons conscience que les buts que nous nous sommes fixés ne nous correspondent pas ou plus», relève Ariane Marion-Jetten. La présence attentive permet d’éviter les impasses en choisissant des buts plus représentatifs de soi et, de manière globale, de mieux gérer les émotions négatives et d’affronter plus facilement les obstacles. Bonne nouvelle: toutes et tous peuvent travailler sur leurs dispositions à la présence attentive et améliorer leur pratique!

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