Prévenir la violence sexuelle au collégial

Manon Bergeron obtient 630 000 $ pour documenter les violences à l’égard des personnes de la diversité sexuelle et de genre.

18 Mai 2021 à 11H42

Photo: Getty/images

La professeure du Département de sexologie Manon Bergeron, titulaire de la Chaire de recherche sur les violences sexistes et sexuelles en milieu d’enseignement supérieur, a obtenu un peu plus de 630 000 $ sur deux ans du ministère fédéral Femmes et Égalité des genres du Canada. Ce financement vise à soutenir la réalisation du projet intitulé «Violence sexuelle en milieu d'enseignement collégial chez les personnes de la diversité sexuelle et de genre: accès aux services d'aide et trajectoires de signalement».

Amorcé en janvier dernier, ce projet de recherche se déploiera dans l’ensemble des établissements collégiaux francophones du Québec. «Son objectif est d’améliorer les stratégies de prévention des violences à caractère sexuel et de les adapter aux besoins des personnes de la diversité sexuelle et de genre qui étudient dans une institution collégiale», explique Mélanie St-Hilaire (B.A. sexologie, 2001; M.A. sexologie, 2005), chargée de projet dans le cadre de la recherche. Le projet s’inscrit dans le prolongement de l’enquête ESSIMU, réalisée en 2016, portant sur les violences sexuelles dans les universités québécoises, et du Projet intercollégial d’étude sur le consentement, l’égalité et la sexualité (PIECES), dont les résultats ont été dévoilés en octobre 2020. Cette étude, menée en partenariat par la chaire de Manon Bergeron, brossait un portrait global des violences sexuelles en milieu collégial.

L’enquête ESSIMU, l’étude PIECES ainsi que le Symposium canadien sur les violences sexuelles dans les milieux d'enseignement supérieur, tenu en 2018, ont mis en lumière le fait que les personnes de la diversité sexuelle et de genre sont particulièrement vulnérables et susceptibles de vivre des violences sexuelles en milieu d'enseignement supérieur. «Ces personnes, poursuit la chargée de projet, sont aussi moins enclines à dénoncer des violences sexuelles par crainte, notamment, de ne pas être crues, d'être blâmées pour l'agression, de dévoiler leur orientation sexuelle et de ne pas bénéficier des services adaptés dans leur établissement d'enseignement», souligne Mélanie St-Hilaire.

L’équipe de recherche dirigée par Manon Bergeron est composée, notamment, des professeurs Martin Blais, du Département de sexologie, également titulaire de la Chaire de recherche sur la diversité sexuelle et la pluralité des genres, Geneviève Pagé, du Département de science politique, Geneviève Paquette et Alexa Martin-Storey, du Département de psycho-éducation de l’Université de Sherbrooke, Dominique Dubuc et Éric Kirouac, des Cégeps de Sherbrooke et Garneau, ainsi que de quatre personnes de la diversité sexuelle et de genre étudiant dans un établissement d'enseignement collégial au Québec. Les organismes partenaires sont la Fédération des cégeps, le Conseil-québécois LGBT et l’organisme Diversité O2.

Des personnes plus vulnérables 

Déployée dans cinq établissements collégiaux – le Collège Montmorency, le Cégep de Sainte-Foy, le Cégep de Jonquière, le Collège Ahuntsic et le Cégep de l’Outaouais –, l’étude PIECES a révélé que les étudiantes et étudiants appartenant aux minorités sexuelles ou indiquant une orientation sexuelle incertaine/en questionnement subissaient davantage de violence à caractère sexuel que les personnes hétérosexuelles (respectivement 43,3 %, 43,5 % et 33,2 %) et qu’elles étaient deux fois plus souvent l’objet de ce type de violence en comparaison avec les autres groupes de la population collégiale (étudiantes, étudiants et  membres du personnel). Comment expliquer ce phénomène?

«Les personnes de la diversité sexuelle et de genre sont davantage la cible de préjugés sociaux et vivent différentes formes de stigmatisation et de discrimination basées sur le genre, l'expression de genre et l'orientation sexuelle, observe la chargée de projet. Le cumul de ces expériences, liées à l’homophobie et à la transphobie, les rend plus vulnérables aux différentes formes de violence, dont les violences sexuelles.» ​

L'étude PIECES distinguait le harcèlement sexuel (comportements verbaux et non verbaux se traduisant par des attitudes insultantes, hostiles et dégradantes), les comportements sexuels non désirés (comportements verbaux et non verbaux offensants, non désirés ou non réciproques, incluant la tentative de viol et l’agression sexuelle) et la coercition sexuelle (chantage en retour de faveurs reliées à l’emploi ou aux études). «Il s'agit d'un continuum de comportements qui couvrent un large éventail de formes de violence sexuelle», note Mélanie St-Hilaire.

Recherche à deux volets

Le nouveau projet de recherche comporte deux volets. Le premier, d’ordre quantitatif, établira un portrait global des situations de violences sexuelles vécues par les personnes de la diversité sexuelle et de genre étudiant dans un établissement collégial francophone au Québec. «Nous visons à rejoindre 4 000 personnes appartenant à la diversité sexuelle et de genre, auxquelles nous soumettrons un questionnaire en ligne», précise Mélanie St-Hilaire.

Le second volet, de nature qualitative, documentera la variabilité des trajectoires de signalement et l’accès aux services d’aide des personnes de la diversité sexuelle et de genre victimes de violences sexuelles dans leur établissement collégial, en plus d’identifier leurs besoins en matière de soutien et de prévention. «Nous souhaitons réaliser des entrevues avec 60 personnes ayant vécu une forme de violence sexuelle et qui ont fait un signalement, dit la chargée de projet. Le signalement ne constitue pas une plainte officielle mais renvoie au fait de dévoiler une situation de violence sexuelle à une personne de son établissement d'enseignement collégial, comme une personne membre d'une association étudiante, du corps professoral ou encore un intervenant ou une intervenante psychosociale.»

En vertu de la Loi 22.1 visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements d’enseignement supérieur, adoptée en 2018 par l’Assemblée nationale du Québec, les institutions collégiales et les universités doivent se doter d’une politique institutionnelle de lutte contre ces violences, offrir de la formation en cette matière et développer des mesures de prévention et d’aide aux victimes, rappelle Mélanie St-Hilaire.  

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