Quatre financements en santé pour Ali Jenabian

Le professeur mène des recherches sur le rôle des endocannabinoïdes et sur le vaccin contre la COVID-19 chez les patients vivant avec le VIH.

20 Septembre 2021 à 17H37

Le professeur du Département des sciences biologiques Ali Jenabian, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en immuno-virologie, dans son laboratoire.Photo: Nathalie St-Pierre

Le professeur du Département des sciences biologiques Ali Jenabian est impliqué comme chercheur principal ou comme co-chercheur dans quatre études financées par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et par le Groupe de travail sur l’immunité face à la Covid-19 du gouvernement canadien. Ces études, dont les fonds totalisent plus de 2 850 000 $, portent, d’une part, sur le rôle du système endocannabinoïde dans l’inflammation chronique associée au VIH, et, d’autre part, sur la vaccination contre la COVID-19 chez ces patients immunosupprimés.

Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en immuno-virologie, Ali Jenabian poursuit depuis plusieurs années des recherches sur les patients vivant avec le VIH. Ses recherches, de type translationnel, vont au-delà de la recherche fondamentale. En effet, la recherche translationnelle en santé assure le lien entre la recherche fondamentale et la recherche clinique, de façon à accélérer le transfert des nouvelles connaissances vers des applications diagnostiques et thérapeutiques. «Nos études sont toutes basées sur des cohortes de patients», précise le chercheur.

Système endocannabinoïde et inflammation

Une des deux études auxquelles il participe en tant que chercheur principal (avec des collègues de l’Université Laval et de l’Université McGill) s’intitule «Role of the Expanded Endocannabinoid (eCB) System and the gut microbiome in HIV-associated chronic inflammation and comorbidities». Comme son titre l’indique, cette étude vise à comprendre le rôle du système endocannabinoïde et du microbiome intestinal dans l’inflammation chronique et les comorbidités des patients vivant avec le VIH, incluant les maladies cardiovasculaires, les troubles neurocognitifs et la stéatose hépatique non alcoolique, une maladie du foie. Il faut savoir que l’inflammation chronique et le dérèglement du microbiome intestinal sont des caractéristiques communes à ces conditions.

«Le système endocannabinoïde fait partie de notre fonctionnement physiologique normal, explique Ali Jenabian. Il est impliqué, entre autres, dans les fonctions neurologiques, dans le système digestif, dans le système métabolique et dans différentes conditions inflammatoires.»

Pour diminuer leurs symptômes, plusieurs personnes vivant avec le VIH prennent du cannabis, note le professeur, et on a déjà démontré que la prise de cannabis chez ces patients était associée à une inflammation moindre que chez ceux qui n’en consomment pas. D’autres observations suggèrent que les propriétés anti-inflammatoires du cannabis pourraient améliorer certaines conditions chroniques associées au VIH caractérisées par l’inflammation. «Notre étude vise donc à mieux comprendre les interactions entre le système endocannabinoïde, l’inflammation, les comorbités associées au VIH et la consommation de cannabis», explique le chercheur.

« Notre étude vise donc à mieux comprendre les interactions entre le système endocannabinoïde, l’inflammation, les comorbités associées au VIH et la consommation de cannabis. »

Ali  Jenabian,

Professeur au Département des sciences biologiques

Des échantillons de sang et de selles provenant de quatre cohortes de patients vivant avec le VIH seront analysés par l’équipe du professeur Jenabian pour détecter d’éventuels dérèglements du système endocannabinoïde et pour déterminer si ces changements sont corrélés avec des observations cliniques et avec la composition du microbiome intestinal. Si des perturbations du système endocannabinoïde étaient démontrées chez les patients vivant avec le VIH, des interventions visant ce système pourraient faire l’objet de futures études cliniques.

«En fait, on regarde deux choses, précise Ali Jenabian. D’abord, le lien entre les changements dans le système endocannabinoïde chez les patients infectés par le VIH et l’inflammation chronique chez ces patients. Ensuite, on examine l’effet de la consommation du cannabis sur le système endocannabinoïde pour déterminer si le cannabis a un effet anti-inflammatoire et identifier dans ce système des cibles thérapeutiques potentielles pour des traitements à l’aide de cannabinoïdes synthétiques.»

Avec les même collègues de l’Université Laval et de l’Université McGill, Ali Jenabian a obtenu un autre financement dans le cadre du Réseau canadien pour les essais VIH des IRSC pour l’étude intitulée «Interplay between expanded endocannabinoid (eCB) system and inflamm-aging: implication for accelerated atherosclerosis in people living with HIV under ART».

Les deux recherches reposent sur les mêmes prémisses et partagent sensiblement les mêmes objectifs, note le professeur. Dans les deux cas, des groupes contrôles de patients qui ne sont pas infectés par le VIH, mais qui ont reçu des diagostics de maladie coronarienne ou de troubles neurocognitifs, seront également étudiés. «Cela signifie qu’il sera possible d’élargir les retombées de ces études à la population générale», mentionne Ali Jenabian.

Le professeur a commencé à travailler sur le VIH en 2005, lors de ses études doctorales à Paris. «Je m’intéressais à la virologie et, à l’époque, le VIH constituait la seule pandémie dans le monde, observe-t-il. Encore aujourd’hui, avec environ 40 millions de personnes infectées, il s’agit de la deuxième pandémie à l’échelle mondiale après la COVID.»

Contrairement à la COVID-19 qui disparaît d’elle-même dans la plupart des cas, le VIH est une infection qui ne guérit pas et pour laquelle il n’existe pas de vaccin. Malgré les améliorations apportées par la trithérapie, les personnes infectées par le VIH demeurent immunodéficientes à vie. «Plus elles vieillissent, plus on voit apparaître de comorbidités, remarque le chercheur. Le VIH est une maladie chronique dont la prise en charge est très coûteuse, ce qui en fait un sujet de recherche très important.»

Vaccination chez les patients vivant avec le VIH

Les deux autres projets, auxquels Ali Jenabian participe en tant que co-chercheur, portent sur la vaccination contre la COVID-19 chez les patients vivant avec le VIH. L’un de ces projets («COVID-19 Vaccination among People Living with HIV: Immunogenicity, Effectiveness, and Safety») est également financé dans le cadre du Réseau canadien pour les essais VIH des IRSC. L’autre («Immunogenicity outcomes in people living with HIV following vaccination for COVID-19») a reçu un montant de 1 752 000 $ du Groupe de travail sur l’immunité face à la COVID-19 du gouvernement canadien. En plus d’être co-chercheur, Ali Jenabian est membre du comité directeur de ce projet mené à Vancouver, Toronto, Ottawa et Montréal.

«Le système immunitaire des patients infectés par le VIH est dysfonctionnel, note le professeur. Par conséquent, leur réponse au vaccin peut être différente de celle de la population générale. Dans le cas de la COVID-19, on ne sait pas si la vaccination chez ces patients génère une réponse immunitaire comparable à celle de la population générale et si la durée de cette réponse est la même. C’est ce que nous voulons voir avec cette étude.»

Les études menées par les fabricants de vaccins en vue de l’approbation de leurs produits n’ont pas inclus de patients vivant avec le VIH, souligne le chercheur. C’est donc pour pallier cette absence de données que la recherche a été entreprise. Un groupe de 400 patients vivant avec le VIH, de même qu’un groupe contrôle de 100 sujets non infectés seront recrutés et suivis pendant un an après avoir reçu le vaccin.

« Compte tenu du risque que pose la COVID-19 pour les patients vivant avec le VIH, déjà vulnérables, il est important d’obtenir des données fiables pouvant guider les pratiques d’immunisation de cette population. »

«Compte tenu du risque que pose la COVID-19 pour les patients vivant avec le VIH, déjà vulnérables, il est important d’obtenir des données fiables pouvant guider les pratiques d’immunisation de cette population, souligne Ali Jenabian. Cela permettra, du même coup, d’améliorer les stratégies de la santé publique pour lutter contre la pandémie et maximiser les bénéfices de la vaccination.»

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