Tampons, toxines et pollution

L’Institut Santé et société lance une campagne de sensibilisation aux effets néfastes des produits menstruels jetables sur la santé des femmes et l’environnement.

8 Mars 2021 à 13H48, mis à jour le 8 Mars 2021 à 15H15

Le visuel de la campagne de sensibilisation «#Ne jetons pas la serviette – Solutions menstruelles, zéro déchet zéro toxine» a été créé par le Service des communications.Image: Service des communications

Une étude de l’Université Dalhousie a démontré la présence de 20 à 30 produits chimiques dans des tampons de marque populaire susceptibles de causer le cancer, des troubles de la reproduction et des perturbations endocriniennes. Les tampons et les serviettes menstruelles jetables arrivent en cinquième position du palmarès des déchets les plus fréquemment échoués sur les plages. D’autres faits percutants du même acabit seront proposés, à raison d’une publication par jour, dans le cadre de la nouvelle campagne de sensibilisation aux effets néfastes des produits menstruels jetables sur la santé des femmes et l’environnement lancée par l’Institut Santé et société (ISS). Intitulée «#Ne jetons pas la serviette – Solutions menstruelles, zéro déchet zéro toxine», la campagne se déploiera sur le réseau social Instagram dès le lundi 8 mars, journée internationale des femmes.

«Le coût environnemental de ces produits pose problème, puisque la fabrication des serviettes sanitaires jetables nécessite énormément d’eau, rappelle Kate Bouchard, agente de recherche et de planification à l’ISS. Si on payait le juste prix pour ces produits, ils seraient beaucoup plus chers que leurs alternatives réutilisables et lavables.»

Le projet de l’ISS s’inscrit dans la continuité de la #Campagne Rouge, menée par le Réseau québécois d’actions pour la santé des femmes (RQASF), visant à défaire les mythes et les tabous entourant les menstruations. Une page web regroupant de l’information sur les produits menstruels jetables et les alternatives réutilisables a aussi été créée.

Sur Instagram, la communauté étudiante sera invitée à participer à un concours qui donnera la chance de remporter des trousses de produits menstruels fabriqués en chanvre écologique, conçues au Québec par l’entreprise familiale Öko Créations. Une quarantaine de trousses de départ seront ainsi distribuées. Composées de diverses serviettes lavables en fonction du flux menstruel (régulières, protège-dessous, longues, etc.), les trousses sont d’une valeur approximative de 140 dollars chacune. Plus d’une centaine de coupes menstruelles – Diva Cup – seront aussi tirées parmi la communauté étudiante. Au terme de la campagne, Öko Créations offrira également un rabais de 30 % aux membres de la communauté étudiante à l’achat de trousses de serviettes menstruelles lavables. Pour chaque kit vendu, l’entreprise fera don de divers produits menstruels écoresponsables à des femmes en situation de précarité menstruelle (par l’entremise du RQASF).

Les membres de la communauté étudiante qui le souhaitent pourront également partager leurs expériences en matière de consommation de produits menstruels écoresponsables. «Elles pourront témoigner de manière anonyme en nous écrivant et nous reprendrons ces témoignages sur Instagram selon leur consentement, ajoute Kate Bouchard. C’est bien souvent grâce à l’influence de nos pairs qu’on réussit à changer nos habitudes.» L’adresse courriel pour témoigner est le iss@uqam.ca (mettre en objet du courriel #nejetonspaslaserviette).

D’une durée de 28 jours, soit la durée moyenne d’un cycle menstruel, la campagne se conclura par un atelier en ligne au sujet des enjeux environnementaux et sanitaires liés à l’utilisation de produits menstruels jetables. «Nous discuterons, par exemple, des toxines détectées dans le corps des femmes et des quantités de microplastiques et de phtalates, des composés chimiques potentiellement cancérigènes, présents dans les serviettes sanitaires», annonce Kate Bouchard. La conférence abordera également les difficultés rencontrées par les chercheuses et chercheurs qui s’intéressent à la santé des femmes. «Il y a beaucoup de zones oubliées, note l’agente de recherche et de planification. De nombreuses recherches portant sur des thématiques touchant en particulier les femmes ne sont pas menées parce qu’on juge, à tort, qu’elles ne sont pas d’intérêt de santé publique.»

Le projet de l’ISS a été mené en collaboration avec le RQASF, l’Association facultaire étudiante des sciences humaines (AFESH), le Collectif Genre, santé et environnement, le Service des communications et le soutien du Fonds vert de l’UQAM. L’Institut de recherches et d’études féministes (IREF) a aussi participé au projet.

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