Après le Wi-Fi, le Li-Fi!

Au Laboratoire d'Internet des objets, on expérimente les avantages et les limites de cette nouvelle technologie.

27 Mars 2018 à 10H49

Ygal Bendavid démontre comment une application de géolocalisation peut être activée automatiquement lorsque la tablette est détectée sous un néon Li-Fi.Photo: Nathalie St-Pierre

Après le Wi-Fi, voici le Li-Fi! Dans son Laboratoire d'Internet des objets, le professeur Ygal Bendavid, du Département de management et technologie de l'ESG UQAM, teste depuis peu les appareils de la compagnie Global Lifi Tech: une lampe de bureau, un néon de plafond, de petites lampes se fixant au rebord d'une table et un panneau lumineux. «Cette nouvelle technologie de transmission de données par la lumière est plus sécuritaire et plus précise que le Wi-Fi», affirme le chercheur.

Le laboratoire du professeur Bendavid est l'un des premiers au Canada à être équipé de la technologie Li-Fi. C'est par l'entremise du Service des partenariats et du soutien à l'innovation (SePSI) de l'UQAM que le chercheur a rencontré les représentants de Global Lifi Tech, à l'occasion d'une conférence tenue à Montréal l'automne dernier. «Je suis toujours à l'affût des nouvelles technologies et j'offre aux entreprises de tester leurs produits», explique-t-il.

Un adaptateur permet de capter et d'émettre des données par Li-Fi.Photo: Nathalie St-Pierre

Alors que le Wi-Fi fonctionne grâce aux modulations d'ondes électromagnétiques hors du spectre visible, le Li-Fi, comme son nom l'indique, s'appuie sur les ondes lumineuses, soit la partie visible du spectre électromagnétique. «Ces modulations sont traduites en bits par un adaptateur branché à l'ordinateur comme une clé USB, explique Ygal Bendavid. Cet adaptateur est muni d'un capteur pour recevoir des données, et d'un émetteur pour en transmettre.»

Les utilisateurs de cette nouvelle technologie auront encore besoin d'un fournisseur Internet, précise le spécialiste. Au lieu de brancher le câble réseau à un routeur ou à une borne Wi-Fi, on le branche à la lampe. Celle-ci émet un signal, dit «Li-Fi», dans la zone éclairée. Certaines lampes utilisent un modulateur d'ondes infra-rouge pour que la communication bidirectionnelle fonctionne même lorsque la lampe est éteinte, mais toujours dans son rayon d'action. «Contrairement au Wi-Fi, le Li-Fi ne traverse pas les murs, précise Ygal Bendavid. On ne peut pas pirater un réseau à distance, car il faut être physiquement dans la zone éclairée pour y avoir accès, ce qui en fait une technologie plus sécuritaire que le Wi-Fi.»

Grâce à une application sur leur appareil mobile, les visiteurs pourraient savoir exactement où ils se trouvent dans un bâtiment équipé de néons Li-Fi.Photo: Nathalie St-Pierre

Positionné sous un néon Li-Fi, Ygal Bendavid démontre comment une application de géolocalisation peut être activée automatiquement lorsque sa tablette est détectée par le signal Li-Fi. «Ce type de néon pourrait être installé à intervalle régulier dans les endroits où il est difficile de s'y retrouver, comme les hôpitaux, illustre-t-il. Grâce à une application sur leur appareil mobile, les visiteurs pourraient savoir exactement où ils se trouvent dans le bâtiment.» Dans un musée ou un magasin, par exemple, cette technologie pourrait être utilisée pour déclencher une application de contenu dès qu'une présence est détectée dans une zone éclairée par Li-Fi. Un mètre plus loin, une autre lumière déclencherait un contenu différent. «Le Li-Fi est la seule technologie à offrir ce degré de précision», souligne le chercheur.

Cela constitue par ailleurs l'une des faiblesses du produit, juge le professeur. «Si je sors de la zone éclairée, je ne suis plus dans le réseau. C'est donc une technologie utile pour des applications où j'ai besoin d'une connexion dans une zone restreinte et/ou pour lesquelles j'ai besoin d'un niveau de sécurité plus important que celui offert par les réseaux actuels.»

Des cas pratiques pour les étudiants

Des organisations qui veulent se faire conseiller sur les meilleures solutions technologiques à adopter sont également intéressées par les tests menés au Laboratoire d'Internet des objets. «Musée, hôpitaux ou commerces de détail, chaque cas est différent, affirme le chercheur. L'intérêt de faire appel à un laboratoire universitaire comme le mien est sa neutralité. Je ne privilégie aucun fournisseur ni aucune technologie en particulier.» Son seul souci: suggérer aux entreprises qui le consultent la technologie qui convient le mieux à leurs besoins. «Tout le monde veut utiliser la plus récente technologie, mais, parfois, ce n'est pas nécessaire», ajoute-t-il.

Dans son labo, Ygal Bendavid teste des capteurs BLE (Bluetooth Low Energy) et des capteurs RFID (pour radio frequency identification). Ces derniers sont fréquemment utilisés dans les hôpitaux pour la gestion des actifs mobiles, comme les pompes à perfusion ou les chaises roulantes. Chaque item portant une étiquette RFID munie d'une antenne et d'un circuit intégré miniature peut être suivi à la trace sur un ordinateur!  «Dans le secteur pharmaceutique, on utilise des puces RFID si petites et discrètes qu'elles peuvent être posées sur des fioles», ajoute-t-il.

Dans le milieu du commerce de détail, comprendre le «comportement» des produits en magasin représente un outil précieux. L'étudiant à la maîtrise en informatique Mohamed Wael Hachani travaille au développement d'un prototype de magasin intelligent en partenariat avec l'entreprise Samsao. Avec les technologies à sa disposition, il veut en arriver à pouvoir déterminer les produits qui ont été pris par les clients (combien de fois?), essayés en cabine (pendant combien de temps?), puis achetés ou non. «Si une chemise a fait l'aller-retour huit fois entre le rayon et la cabine, c'est peut-être qu'elle a un défaut…», illustre le professeur.

Une paire de lunettes équipée d'étiquettes RFID.Photo: Nathalie St-Pierre

Le stagiaire postdoctoral Samad Rostampour travaille, de son côté, sur une étagère intelligente pour un lunettier, en collaboration avec l'entreprise reelyActive. Là encore, on veut savoir quelles paires de lunettes sont le plus souvent essayées. Chaque modèle est équipé d'une puce RFID pour suivre ses «mouvements». On a même pensé à installer un accéléromètre pour pouvoir distinguer les clients qui ne font que tourner la monture sur l'étagère pour en connaître le prix! «Nous présenterons au client les options possibles et nous raffinerons nos propositions en fonction de son budget», précise Ygal Bendavid.

Pour les étudiants, ce type de recherche constitue un terrain d'étude fantastique, constate le professeur. «Nous avons le temps d'analyser les technologies, de les comparer, de mesurer leur impact sur le plan d’affaires, et de prendre du recul par rapport aux autres technologies disponibles sur le marché.»

Ygal Bendavid croit que le Li-Fi pourrait connaître un succès commercial d'ici quelques années et il se réjouit à l'idée que plusieurs de ses étudiants auront été initiés à cette nouvelle technologie. «Il ne sert pas à grand-chose de former les étudiants sur les technologies qui sont déjà répandues. Il faut plutôt leur faire connaître et manipuler les technologies en émergence», conclut-il.

Suivis à la trace!

En avril prochain, Ygal Bendavid animera un séminaire lors de la conférence RFID Journal Live!, qui aura lieu à Orlando, en Floride. Il en profitera pour nouer des liens avec d'autres fournisseurs et reviendra sans doute avec des échantillons de nouvelles technologies à tester dans son laboratoire. «Lors de cette conférence, tous les participants auront un badge cachant une antenne RFID, raconte-t-il. Cela permet aux organisateurs de connaître tous nos déplacements sur le site. Ils sauront quels sont les kiosques les plus visités et pendant combien de temps. Ils pourront ainsi revendre les espaces selon leur fréquentation lors de la prochaine édition de l'événement!»

Les conférenciers ne sont pas les seuls à être suivis à la trace. Par le passé, Ygal Bendavid a eu à se pencher sur la problématique bien réelle de la contamination dans les hôpitaux. «On a voulu savoir si les médecins se lavaient les mains entre les consultations, explique-t-il. Notre solution: une puce RFID sur le badge de chaque médecin, lue selon ses déplacements. On a ainsi pu savoir si le médecin passait devant la borne RFID de la salle de bain et s'il s'y attardait suffisamment longtemps.»

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