La chorégraphe des jeunes

Lauréate 2019 du prix Reconnaissance pour la Faculté des arts, Hélène Blackburn a ouvert le monde de la danse contemporaine aux jeunes publics.

6 Mai 2019 à 14H06

Série Prix Reconnaissance UQAM 2019
Sept diplômés de l'UQAM seront honorés à l'occasion de la Soirée Trajectoires 2019 pour leur cheminement exemplaire et leur engagement. Ce texte est le quatrième d'une série de sept articles présentant les lauréats.

Hélène Blackburn.Photo: Nathalie St-Pierre

Hélène Blackburn (B.A. danse, 1984; M.A. danse, 1996) a présenté ses œuvres chorégraphiques dans les plus grands théâtres et festivals d’Europe, à Paris, à Budapest, à Londres, à Stockholm, à Bruges et à Madrid. On reconnaît ses œuvres pour leur aspect théâtral ainsi que pour la fougue et l’intensité animant les danseurs. Spécialiste de la danse contemporaine jeune public, Hélène Blackburn pose un regard sensible et empreint d’humanité sur ses semblables.

Sa troupe, Cas Public, donne chaque année une centaine de représentations, dont plus de la moitié à l’étranger. «J’ai cette chance incroyable de tourner beaucoup en Europe et de jouer mes pièces dans des lieux magnifiques comme l’Opéra de Reims, en France, ou l’Opera House, en Angleterre. Je n’ai jamais pensé, même dans mes rêves les plus fous, que mon art me ferait autant voyager», précise la chorégraphe, qui s’entretient avec Actualités UQAM de Cergy, en France.

De danseuse à chorégraphe

L'UQAM, où elle a été chargée de cours, a été importante dans son parcours. Après avoir été interprète pour le célèbre chorégraphe Jean-Pierre Perreault (Joe, Stella), qui lui a enseigné, Hélène Blackburn quitte les rangs de la troupe en 1989 pour fonder sa propre compagnie de danse. Elle est alors reconnue comme l’une des étoiles montantes en danse actuelle. «Dans les années 80, le milieu de la danse était en pleine émergence, se souvient la chorégraphe. On a assisté à la création de compagnies de danse actuelle comme Nouvelle aire, de la regrettée professeure du Département de danse Martine Époque, puis à l’arrivée de La La La Human Steps, de Marie Chouinard et d’O Vertigo de Ginette Laurin (B.A. danse, 1993). La scène culturelle était en pleine ébullition.»

« Avec l’avènement du web et des vidéos sur YouTube, les enfants d’aujourd’hui sont habitués à la fragmentation et à des contenus qui ne sont pas en narration continue, fait remarquer la chorégraphe. Dans une pièce chorégraphique, la narration n’est pas nécessairement continue et les enfants s’y retrouvent facilement.»

Hélène Blackburn,

Chorégraphe

De la danse pour jeune public…

En 2001, Hélène Blackburn prend une nouvelle tangente en créant son premier spectacle de danse jeune public, Nous n'irons plus au bois. L’œuvre, présentée plus de 300 fois, a remporté deux prix Rideau en 2003, dont celui de la Meilleure création jeunesse. «Suivant les recommandations des États généraux de la danse, les compagnies de danse et les diffuseurs étaient alors encouragés à mettre sur pied des spectacles jeune public», raconte la chorégraphe. Cela se faisait beaucoup en Europe, où, depuis plus de 20 ans, les artistes en arts vivants doivent obligatoirement inclure dans leurs corpus des créations jeune public. «C’est pour cette raison que l’on tourne beaucoup en Europe: il existe plusieurs centres de diffusion prêts à nous accueillir», explique la chorégraphe.

Contrairement à ce que l’on peut croire, la danse parle beaucoup aux enfants, affirme Hélène Blackburn. «Avec l’avènement du web et des vidéos sur YouTube, les enfants d’aujourd’hui sont habitués à la fragmentation et à des contenus qui ne sont pas en narration continue, fait remarquer la chorégraphe. Dans une pièce chorégraphique, la narration n’est pas nécessairement continue et les enfants s’y retrouvent facilement.»

… aux créations tous publics

Cas Public a réalisé jusqu’à maintenant une vingtaine de créations, dont plusieurs destinées au jeune public comme Barbe Bleue (2004), Journal intime (2006), Variations S (2010), GOLD (2011) et Symphonie dramatique (2014). Mais Hélène Blackburn préfère désormais qualifier ses œuvres chorégraphiques de créations tous publics. «Je divisais, au départ, les créations en fonction des publics, jeunes et moins jeunes, puis, tout à coup, je me suis aperçue que je voulais présenter des œuvres accessibles à tous les publics. Les spectacles de cirque s’adressent autant aux enfants qu’aux adultes. Pourquoi cela serait-il différent en danse?» Une tendance à l’inclusion qu’elle remarque aussi en Europe.

«Les sociétés sont de plus en plus multiculturelles et la culture demeure un formidable outil d’intégration et de partage», souligne la créatrice. L’inclusion est d’ailleurs une valeur inscrite dans l’ADN de Cas public. L’un de ses danseurs, Cai Glover, est malentendant. «Je l’ai embauché parce qu’il était d’abord un bon danseur et non par souci de faire différent», soutient Hélène Blackburn. La chorégraphe s’est inspirée de son parcours pour créer, en 2016, l’œuvre 9. La pièce a remporté le Prix de la danse de Montréal, dans la catégorie Diffusion internationale en 2018. Décerné par CINARS, ce prix récompense une compagnie de danse canadienne s’étant illustrée par la qualité de sa tournée internationale.

Pour la qualité de ses œuvres, ses efforts pour promouvoir et rendre accessible la danse actuelle ainsi que pour sa contribution aux œuvres destinées aux enfants et aux adolescents, la chorégraphe a aussi reçu le prix Hommage 2019 RIDEAU, remis par le Regroupement des diffuseurs professionnels de spectacles. Elle avait également remporté, en 2016, le Grand Prix du Conseil des arts de Montréal pour ses créations audacieuses.

Jusqu’au début de juin, la chorégraphe et les six danseurs de sa compagnie visiteront plusieurs villes en France, au Luxembourg, au Royaume-Uni ainsi qu’au Pays-Bas. Trois pièces du répertoire de Cas Public sont au programme: Suites curieuses (2014), 9 (2016) et Not Quite Midnight (2018). Présentée en février dernier à l’Agora de la danse, cette œuvre chorégraphique inspirée de Cendrillon s’adresse aux 8 ans et plus. La pièce sur le thème de l’exclusion se veut un hommage aux personnes capables de surmonter leurs difficultés grâce à la résilience et à la force dont elles font preuve.

Pour célébrer ses 30 ans, la troupe travaille sur une nouvelle chorégraphie qui sera présentée à Montréal l’automne prochain. Les danseurs de Cas public et sa directrice artistique partiront de nouveau en tournée à l’hiver 2020, cette fois au Canada. Ils se produiront, entre autres, à Whitehorse, au Yukon, et dans des communautés nordiques «où l’on a jamais présenté de spectacles de danse», se réjouit la chorégraphe. Hélène Blackburn n’a pas fini de vivre ses rêves les plus fous!

Soirée Trajectoires 2019

La soirée Trajectoires 2019 aura lieu le 6 juin au Centre de création des 7 Doigts de la main. En ce 50e anniversaire de l’UQAM, cette édition spéciale se tiendra sous la présidence d’honneur de Jacques Primeau (B.A. communication, 1984), producteur, agent d’artistes et président des Productions Jacques K. Primeau, lui-même lauréat d’un prix Reconnaissance en 2009. Les billets pour assister à cet événement de célébration et de réseautage sont en vente au coût de 195 dollars.

 

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