Stratège en communication

Lauréat 2019 du prix Reconnaissance pour la Faculté de communication, Matthieu Sauvé a œuvré pendant 35 ans à l’essor des relations publiques au Québec.

13 Mai 2019 à 14H50

Série Prix Reconnaissance UQAM 2019
Sept diplômés de l'UQAM seront honorés à l'occasion de la Soirée Trajectoires 2019 pour leur cheminement exemplaire et leur engagement. Ce texte est le cinquième d'une série de sept articles présentant les lauréats.

Le diplômé Matthieu Sauvé. Photo: Nathalie St-Pierre

Au cours de sa carrière dans le monde des communications et des relations publiques, Matthieu Sauvé (M.A. communication, 2010) s’est distingué par son expertise diversifiée dans les domaines de la planification stratégique, de la gestion d’enjeux, de la gestion de crise et de la communication interne. Pourtant, ce n’est pas la carrière qu’il envisageait à l’époque de son bac en sociologie à l’Université Laval, à la fin des années 1970. «J’aspirais alors à devenir journaliste, confie le diplômé. Après mes études, j’ai fait de la pige pendant quelques années, puis une série de hasards m’ont conduit à opter pour les relations publiques, un choix que je n’ai jamais regretté.»

En 1983, Matthieu Sauvé devient conseiller en communication dans le domaine de la santé, avant d’occuper le poste de directeur des communications externes chez Télébec. Ensuite, de 1993 à 2004, il œuvre à titre de conseiller stratégique au sein du cabinet de relations publiques National, puis il agit comme consultant indépendant auprès de grandes organisations comme Quebecor, Videotron et Bombardier. En 2010, il participe à la fondation de l’agence de communication Zone franche, qui dessert un large éventail d’entreprises et d’organisations dans des domaines aussi variés que l’éducation, les nouvelles technologies, l’énergie, les transports et les télécommunications.

Être polyvalent, savoir écrire, avoir le sens de l’écoute et faire preuve d’un esprit critique comptent parmi les qualités indispensables que doit posséder tout bon professionnel des relations publiques, souligne le diplômé «À une époque où les communications sont de moins en moins unidirectionnelles, il est primordial d’avoir une pensée stratégiques, c’est-à-dire être capable de réfléchir à la direction que l’on veut donner aux actions en communication, avant même de se préoccuper des outils à utiliser.»

Président de la Société québécoise des professionnels en relations publiques (SQPRP) de 1994 à 1996, Matthieu Sauvé devient, en 2004, membre du Collège des fellows de la Société canadienne des relations publiques. En 2009, la SQPRP lui décerne le prix Yves-St-Amand pour sa contribution à l’avancement de la profession de relationniste. «La pratique des relations publiques au Québec s’est professionnalisée et a acquis ses lettres de noblesse grâce, notamment, à la création de programmes d’études dans les universités, note le diplômé. Les relations publiques constituent désormais une interface d’importance stratégique entre les organisations et leur environnement. En raison de leur influence sur la construction des discours véhiculés dans l’espace public, les relationnistes sont maintenant considérés comme des acteurs clés dans la société.»

Trois années de bonheur

À la fin des années 2000, Matthieu Sauvé entreprend une maîtrise en communication à l’UQAM. «J’étais à une étape de ma carrière où j’avais envie de prendre un recul critique par rapport à ma pratique professionnelle. J’ai choisi l’UQAM à cause de la solide réputation de ses programmes en communication et parce que je connaissais la professeure Danielle Maisonneuve, qui a accepté de diriger mon mémoire. Mes études de maîtrise ont représenté pour moi trois années de bonheur.»

C’est aussi à cette époque qu’il se lance dans une nouvelle aventure, en participant à la création de l’agence Zone franche. «Après avoir œuvré à mon compte pendant cinq ans, j’ai eu le goût de renouer avec le travail d’équipe, de vivre une expérience d’entrepreneur.» Comptant aujourd’hui des clients au Canada, aux États-Unis et en France, Zone franche s’est bâtie rapidement une crédibilité qui traverse les frontières du Québec.

Modèle managérial et modèle social

Avant de collaborer à l’ouvrage collectif Introduction aux relations publiques: fondements, enjeux et pratiques, publié en 2018 aux Presses de l’Université du Québec sous la direction de Stéphanie Yates, professeure au Département de communication sociale et publique, le diplômé a signé, en 2010, un essai intitulé Les relations publiques autrement. Vers un nouveau modèle de pratique (PUQ). Rédigé dans la foulée de son mémoire, cet ouvrage propose une réflexion critique sur le modèle managérial des relations publiques, tout en prônant un modèle plus social.

«L’approche managériale postule que les relations publiques sont essentiellement un instrument aux mains des organisations pour atteindre leurs objectifs, sans prendre en compte l’environnement dans lequel elles évoluent, explique Matthieu Sauvé. Le modèle social appelle, au contraire, à l’ouverture et au dialogue avec les divers acteurs de la société civile.» Ainsi, les organisations porteuses de grands projets, qu’il s’agisse de création d’infrastructures, de construction d’oléoducs ou de déploiement de lignes de transport d’électricité, ne peuvent fonctionner en vase clos et doivent interagir avec les parties prenantes des projets.

L’ouvrage du diplômé fait aujourd’hui partie des références bibliographiques de tout bon cours de relations publiques à l’université.

Nouveaux défis

À l’ère de la surabondance d’information, des réseaux sociaux et des fake news, les relationnistes sont confrontés à de nouveaux défis. «Il existe actuellement un bruit assourdissant dans l’espace public, constitué en bonne partie de rumeurs, d’informations trompeuses, de mensonges et de tentatives de manipulation, dit Matthieu Sauvé. Comment faire pour asseoir sa crédibilité, pour établir une conversation avec un public donné? C’est le premier défi.»

Le diplômé croit qu’il faut poursuivre les efforts pour mieux faire comprendre le rôle des relations publiques. «Un flou artistique demeure autour des frontières séparant relations publiques, marketing et publicité. Aussi complémentaires soient-ils, ces domaines de pratique ont des approches et des façons de faire qui ne sont pas identiques.»

Matthieu Sauvé est conscient de la méfiance exprimée par plusieurs journalistes à l’égard des relationnistes, souvent perçus comme des faiseurs d’images au service d’intérêts particuliers. «Mon expérience m’a appris que les relationnistes qui comprennent la dynamique médiatique, qui saisissent la valeur d’une information d’intérêt public réussiront toujours à gagner le respect des journalistes.»

En février dernier, Matthieu Sauvé a décidé que l’heure de la retraite avait sonné. «Après plus de trois décennies dans la profession, j’avais envie de consacrer plus de temps à des choses qui me tiennent à cœur», dit-il. Passionné de culture, le diplômé siège aux conseils d’administration du Musée du Château Ramezay et du théâtre Porte Parole, qui produit des pièces documentaires autour d’enjeux sociaux actuels.

Matthieu Sauvé entend aussi donner un coup de main à la formation de la relève en communication. «J’ai toujours dit oui aux invitations à rencontrer des étudiants pour échanger avec eux sur la profession de relationniste. Et j’ai l’intention de continuer!»

Soirée Trajectoires 2019

La soirée Trajectoires 2019 aura lieu le 6 juin au Centre de création des 7 Doigts de la main. En ce 50e anniversaire de l’UQAM, cette édition spéciale se tiendra sous la présidence d’honneur de Jacques Primeau (B.A. communication, 1984), producteur, agent d’artistes et président des Productions Jacques K. Primeau, lui-même lauréat d’un prix Reconnaissance en 2009. Les billets pour assister à cet événement de célébration et de réseautage sont en vente au coût de 195 $.

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