Espoir dans le combat contre la COVID-19

Le chargé de cours David Rhainds participe à l’étude clinique sur la colchicine menée par l’Institut de Cardiologie de Montréal.

23 Avril 2020 à 14H44, mis à jour le 23 Avril 2020 à 15H15

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Les nouvelles sur la situation à l'Université entourant la COVID-19 et les analyses des experts sur la crise sont réunies dans cette série.

La colchicine est extraite de la colchique d'automne, une fleur qui pousse en Europe. Photo: Getty images

Un médicament peu coûteux et déjà disponible sur le marché, la colchicine, pourrait réduire les complications liées à la COVID-19. Ce médicament fait actuellement l’objet d’une étude clinique à l’Institut de Cardiologie de Montréal (ICM), l’étude COLCORONA. Le chargé de cours du Département des sciences biologiques David Rhainds, chercheur à l’Institut, participe à cette recherche porteuse d’espoir. «Nous pensons que la molécule va permettre de réduire la réponse inflammatoire exagérée et les complications pulmonaires qui surviennent chez certains patients atteints de la COVID-19», explique le chercheur.

Cette étude est menée par le Dr Jean-Claude Tardif, directeur du Centre de recherche de l’ICM. Elle fait suite aux résultats positifs de l’étude COLCOT, une vaste étude internationale sur les effets de la colchicine dans la prévention des incidents cardiaques secondaires conduite par l’équipe du Dr Tardif. Publiés à l’automne 2019 dans le prestigieux New England Journal of Medicine (NEJM), ces résultats démontrent l’efficacité de la molécule pour réduire l’inflammation suivant un infarctus du myocarde.

«Les gens qui ont eu un infarctus sont beaucoup plus à risque d’avoir d’autres incidents cardiaques, observe David Rhainds. Or, l’étude démontre que l’administration de faibles doses de colchicine prévient ce risque.»

Cosignataire de l’article paru dans le NEJM, le chercheur était responsable de la mesure de biomarqueurs associés à l’effet du médicament (les biomarqueurs sont des molécules – protéines, lipides – que l’on peut détecter dans un fluide biologique comme le sang ou la salive). Il jouera le même rôle visant à mieux comprendre le mécanisme d’action de la colchicine dans l’étude sur la COVID-19.

Mécanisme d’action

«Dans le cadre de l’étude COLCOT, le critère d’efficacité était une réduction des incidents cardiaques, indique David Rhainds. Ce critère clinique révèle l’efficacité de la molécule pour améliorer l’état des patients, mais il ne dit rien sur son mécanisme. Or, le mécanisme d’action de la colchicine est seulement partiellement élucidé.»

La quantité de biomarqueurs dans le sang peut aider à comprendre ce qui se passe dans l’organisme, précise le chercheur. Par exemple, les patients à risque cardiaque élevé présentent souvent une quantité plus élevée d’un marqueur d’inflammation, la protéine CRP. En d’autres mots, cette protéine indique une condition inflammatoire. Dans le cadre de l’étude COLCOT, on a mesuré le taux de ce biomarqueur dans des échantillons sanguins prélevés avant et après la prise du médicament. «Les patients traités avaient tendance à présenter des taux de CRP moins élevés que les patients non traités, ce qui confirme que la colchicine a fait baisser l’inflammation», note le chercheur.

C’est précisément l’effet recherché chez les patients atteints par la COVID-19. Comme on le sait, chez la majorité des personnes infectées, la maladie est peu sévère et se traduit par de légers symptômes pouvant s’apparenter à ceux d’un rhume ou d’une grippe. Certaines personnes sont même totalement asymptomatiques. Dans certains cas, toutefois, et en particulier chez les personnes plus vulnérables, de graves complications pulmonaires peuvent apparaître.

«Ces complications sont en bonne partie d’ordre inflammatoire», souligne David Rhainds. L’inflammation associée à la réaction du système immunitaire devant l’assaut du virus devient hors de contrôle. C’est la fameuse tempête inflammatoire, une énorme bouffée de cytokines pro-inflammatoires qui se mettent à circuler dans le sang. L’inflammation incontrôlée entraîne un œdème pulmonaire et une détresse respiratoire qui peuvent s’avérer fatals. C’est de là que vient l’idée de tester la colchicine, dont les propriétés anti-inflammatoires sont déjà démontrées.

Une étude virtuelle

Dans le cas de l’étude COLCOT, des centaines d’échantillons sanguins ont été récoltés à travers le monde. Il ne sera pas possible d’obtenir le même type de prélèvements auprès des patients recrutés pour l’étude COLCORONA. En effet, pandémie oblige, cette étude a été conçue pour être menée presque entièrement de façon virtuelle. «Les patients n’ont jamais à se présenter au site de recherche clinique, signale David Rhainds. S’ils développent des complications, ils devront aller à l’hôpital se faire soigner, mais ils n’ont pas à se déplacer pour l’étude. On les contacte deux fois à distance et, le reste du temps, ils interagissent avec l’équipe de recherche par l’intermédiaire de questionnaires sur l’interface web que l’entreprise CGI a conçue pour l’étude.»

Malgré les contraintes liées à la pandémie, on tente de mettre en place une collecte d’échantillons délocalisée. Pas question d’envoyer des infirmières chez les patients recrutés pour obtenir des échantillons sanguins ni auprès de ceux qui devront être admis à l’hôpital. «Mais, grâce à de simples frottis de l’intérieur de la bouche, on peut obtenir deux types de biomarqueurs fort importants, dit le chercheur. D’abord, des marqueurs viraux indiquant le niveau d’infection. Ensuite, des échantillons d’ADN, qui permettent d’identifier des déterminants génétiques de la réponse à la molécule et donc quelles personnes répondent le mieux à la colchicine.»

Un diagnostic confirmé

Les personnes recrutées doivent avoir un diagnostic confirmé de COVID-19, être âgées de plus de 40 ans et ne pas être hospitalisées. Elles seront réparties aléatoirement dans deux groupes, dont l’un recevra la colchicine à faible dose et l’autre un placebo.

Le critère d’efficacité clinique est simple. «On veut savoir si, au bout de 30 jours, on enregistre moins de décès et moins d’hospitalisations liées à des complications pulmonaires dans le groupe de patients qui a reçu la colchicine par rapport au groupe placebo», explique le chercheur.

«Si notre hypothèse se confirme, cela veut dire qu’on disposerait d’un moyen pour réduire la pression sur le système de santé, et les décès, ce qui serait déjà remarquable, avec une molécule qui coûte très peu cher», observe le biologiste. Au Québec, le médicament (fourni gratuitement pour l’étude par la compagnie Pharmascience) coûte moins de un dollar par jour.

Comme la période d’essai est courte – 30 jours pour chaque patient, le temps que la maladie se résolve ou que des complications apparaissent –, le chercheur estime que son équipe pourrait obtenir des résultats d’ici deux mois. Si ceux-ci sont positifs, les choses pourraient ensuite aller vite, croit David Rhainds.

En effet, contrairement à une nouvelle molécule dont l’innocuité n’aurait jamais été démontrée, «la colchicine est un médicament très bien connu, déjà indiqué pour ses proproprités anti-inflammatoires et qui est utilisé depuis longtemps dans le traitement de la goutte et de certaines autres conditions, dit le chercheur. Ses effets secondaires sont bien documentés.»

La colchicine ne fonctionne pas du tout comme la chloroquine, l’antipaludique qui a fait beaucoup parler de lui au cours des dernières semaines et qui est également sous étude dans le combat contre la COVID-19. Contrairement à la chloroquine, c’est la première fois que la colchicine est testée en lien avec un coronavirus (la chloroquine avait fait l’objet d’études liées au SARS-CoV-1, l’autre coronavirus qui a provoqué une pandémie, en 2002-2003).

David Rhainds est optimiste. «Beaucoup de personnes étaient sceptiques à propos de la colchicine pour prévenir les événements cardiovasculaires, dit-il. Les sceptiques ont été confondus!» En lien avec ces résultats, une autre étude a même été lancée par l’Institut de cardiologie pour déterminer si les diabétiques pourraient aussi bénéficier de la colchicine dans la prévention des risques cardiovasculaires et cérébrovasculaires.

Recrutement 

Les chercheurs ont pour objectif de recruter 6000 patients pour l’étude sur la COVID-19. Avec la maladie qui continue de se répandre à travers le monde, on a tout mis en œuvre pour accélérer le recrutement. Des centres de recherche en Colombie-Britannique, en Ontario, à New York et bientôt en Espagne collaborent à l’étude. «On prévoit pouvoir compléter le recrutement d’ici trois semaines à un mois», affirme David Rhainds.

Les personnes qui ont reçu un diagnostic de COVID-19 et qui répondent aux critères sont invitées à participer à l’étude en se rendant sur le site de COLCORONA.

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