Mieux soutenir le personnel des services de garde

Au cours du printemps dernier, les éducatrices ont vécu un plus grand stress et une diminution du bien-être au travail.

25 Septembre 2020 à 16H31

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L'étude des professeures Bigras et Lemay vise à documenter l’état émotif et les défis du personnel éducatif durant la période au cours de laquelle des services de garde d’urgence (mois de mars à mai) ont été offerts aux travailleurs jugés essentiels malgré le confinement.

Une intervenante en petite enfance sur deux affirme avoir vécu une diminution du bien-être au travail et une augmentation du niveau de stress au début de la pandémie. C’est ce qui ressort d’une étude sur l’état émotionnel du personnel des CPE, menée au printemps dernier par les professeures du Département de didactique Nathalie Bigras et Lise Lemay, en collaboration avec le Regroupement des Centres de la petite enfance de la Montérégie (RCPEM).

Le sondage en ligne a été réalisé en avril dernier en Montérégie auprès de plus de 500 répondantes – éducatrices, directrices générales et responsables du soutien pédagogique – travaillant dans les CPE de la Montérégie. Le questionnaire visait à documenter l’état émotif et les défis du personnel éducatif durant la période au cours de laquelle des services de garde d’urgence (mois de mars à mai) ont été offerts aux travailleurs jugés essentiels malgré le confinement. Plus de la moitié des répondantes, soit 66 %, se trouvaient alors en zone chaude.

Dans un deuxième temps, près de 300 professionnelles de trois régions de la province, soit la Mauricie et le Centre du Québec, Québec et Chaudière-Appalaches, et l’Estrie, ont aussi répondu au sondage durant la période de déconfinement (mai-juin). Ces dernières constatent avoir ressenti moins de bien-être au travail, dans une proportion toutefois moindre, soit de 40 %. «L’échantillon ne prétend pas être représentatif de l’ensemble des services de garde québécois, mais l’étude dresse un état des lieux dans le but d’améliorer les mesures de soutien au personnel, précise Nathalie Bigras. Les professionnelles du milieu manifestent le besoin d’être soutenues pour passer au travers de la pandémie.»

« Autre phénomène préoccupant: la pénurie d’éducatrices qui ne cesse de s’accentuer depuis les débuts de la pandémie.»

Nathalie Bigras,

professeure au Département de didactique

Peur de mourir et stress chronique

Plusieurs facteurs expliquent cette augmentation du stress et du mal-être au travail. En plus d’avoir à composer avec l’imprévisibilité de la situation et l’adaptation aux nouvelles dispositions sanitaires venues chambouler les structures d’accueil et le fonctionnement général des centres de la petite enfance, les éducatrices, sans matériel de protection au plus fort de la pandémie, ont été nombreuses à rapporter avoir eu peur de contracter la maladie ou de contaminer un proche à risque. «Certaines éducatrices nous ont dit avoir eu peur de mourir en allant travailler parce qu’elles craignaient d’attraper ce virus potentiellement mortel», note Nathalie Bigras.

La situation n’était guère plus reluisante du côté du personnel de direction, qui, tout en devant gérer ses employées anxieuses, s’assurait de coordonner et de faire respecter les règles sanitaires dictées par la santé publique. Des directives parfois contradictoires ou qui changeaient en l’espace de quelques heures. «Lors de l’ouverture des services de garde d’urgence, les gestionnaires ont dû mettre en place une organisation et des mesures d’hygiène extraordinaires en quelques heures seulement, note la professeure. Chaque soir, les directrices générales des établissements devaient prendre part à des webinaires pour être informées des dernières consignes. Elles ont travaillé sans arrêt, sans prendre de vacances.»

Autre phénomène préoccupant: la pénurie d’éducatrices qui ne cesse de s’accentuer depuis les débuts de la pandémie. Le dépistage de la COVID-19 est un casse-tête à gérer. «Les résultats des tests devraient être connus en 24 heures comme c’est le cas pour les professionnels de la santé, autrement les services de garde ne s’en sortiront pas», fait remarquer Nathalie Bigras. Pour pallier le problème, des éducatrices font, elles aussi, du temps supplémentaire. «Des gestionnaires réfléchissent à la possibilité de modifier leurs heures d’ouverture et même de fermer certaines journées», ajoute la professeure. Sans compter l’arrivée de la saison froide, laquelle fait grimper l’anxiété des parents et des éducatrices à la vue des enfants enrhumés.

Selon la chercheuse, le personnel des services de garde risque de souffrir de stress chronique au cours de la prochaine année. «C’est dangereux autant pour le corps que pour l’esprit, dit-elle. Les gens pourront s’habituer, mais la charge de travail ne cesse d’augmenter avec les consignes et autres politiques de sécurité à instaurer ou à modifier. Une lourdeur s’est installée, tout cela sur fond de pénurie et d’instabilité financière.»

Un esprit de solidarité

Le télétravail a gagné de nombreuses adeptes pendant le confinement. «De nombreuses éducatrices n’ont pas travaillé dans les services de garde d’urgence parce qu’il n’y avait pas assez d’enfants, explique Nathalie Bigras. Comme elles étaient payées quand même, elles devaient effectuer des tâches à la maison telles qu’organiser des rencontres virtuelles avec les enfants confinés, prendre part à des réunions avec leurs collègues, participer à des activités de révision du programme éducatif ou de formation en ligne, ce qu’elles font d’ordinaire en présentiel.» Certaines ont aussi créé des capsules vidéo pour les enfants et leurs parents. La formation continue et les rencontres virtuelles avec les enfants comptent parmi les activités leur ayant procuré un sentiment de compétence et d’utilité. «En télétravail, les éducatrices étaient sans doute moins stressées que sur le terrain, relève la professeure. Même si la conciliation travail-famille était difficile à réaliser, elles aimaient pouvoir travailler à leur rythme.»

« Le stress chronique, c’est dangereux autant pour le corps que pour l’esprit. Les gens pourront s’habituer, mais la charge de travail ne cesse d’augmenter avec les consignes et autres politiques de sécurité à instaurer ou à modifier. Une lourdeur s’est installée, tout cela sur fond de pénurie et d’instabilité financière.»

Nathalie Bigras,

professeure au Département de didactique

Parmi les autres points positifs, l’entraide et la solidarité au sein des équipes ont fait la fierté des gestionnaires des services de garde. «Les gens se sont beaucoup soutenus durant cette période, ce qui constitue un facteur de protection», fait remarquer la professeure. Les éducatrices œuvrant dans les services de garde d’urgence ont, pour leur part, apprécié le faible ratio éducatrices-enfants et le contact avec les parents maintenu malgré les mesures de prévention du virus. Elles se sentaient estimées. Les travailleurs essentiels ont exprimé leur reconnaissance envers le personnel de garde pendant le confinement. «Ces parents étaient heureux d’avoir déniché une place pour leur enfant et se sont montrés très satisfaits des services obtenus», mentionne Nathalie Bigras.

«La situation est différente aujourd’hui avec le retour à la normale du nombre d’enfants et les files d’attente de parents à l’extérieur des établissements à la fin de la journée, une nouvelle norme sanitaire peu propice aux échanges», observe la professeure.

Création d’un service d’accompagnement

Nathalie Bigras et son équipe de recherche s’affairent maintenant au développement d’un dispositif d’accompagnement, en partenariat avec le RCPEM, et à la création d’un questionnaire en ligne standardisé visant à joindre tous les professionnels des services de garde du Québec afin de voir l’évolution de la situation qui prévaudra dans les prochains mois. L’étude des professeures Bigras et Lemay fera l’objet d’une publication dans le Early Childhood Education Journal à l’automne 2021.

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COMMENTAIRES 1 COMMENTAIRE

Commentaires

Bonjour Il serait intéressant de faire participer les services de garde subventionnées et non subventionnées. Les éducatrices de ces milieux sont dans le même bateau que les CPE. Au plaisir Diane Mousseau Gestionnaire Garderie au Clair de Lune INC. Subventionnées