Groupes de soutien par visioconférence

Des patients atteints d’une maladie rare, la sclérodermie, ont vu leur anxiété diminuer.

28 Avril 2021 à 17H12

COVID-19: tous les articles
Toutes les nouvelles entourant la COVID-19 et les analyses des experts sur la crise sont réunies dans cette série.

Photo: Getty Images

Le professeur du Département de psychologie Ghassan El-Baalbaki figure parmi les cosignataires d’un article publié récemment dans The Lancet Rheumatology, portant sur l’évaluation d’une intervention destinée à atténuer l’anxiété ressentie pendant la pandémie par les personnes souffrant d’une maladie rare, la sclérodermie, qui les oblige à prendre des immunosuppresseurs, ce qui augmente sérieusement leur vulnérabilité à la COVID-19.

La sclérodermie est une maladie auto-immune de cause encore inconnue qui présente quatre principales anomalies: dérèglement du système immunitaire associé à la présence d’auto-anticorps très spécifiques, inflammation, atteinte microvasculaire et fibrose.

«Cette maladie entraîne, entre autres, des complications respiratoires graves, souligne Ghassan El-Baalbaki. Plusieurs personnes atteintes de sclérodermie suivent un traitement immunosuppresseur. Elles doivent donc s’astreindre à des mesures de protection et à un isolement strict pour ne pas compromettre davantage leur santé, et cela a un impact sur leur santé mentale.»

Un programme d’intervention psychologique

Ghassan El-Baalbaki s’est joint à l’équipe internationale de chercheurs dirigée par le Dr Brett Thombs de l’Institut Lady Davis (ILD) à l’Hôpital général juif. Ceux-ci ont affecté aléatoirement 172  patients de 12  pays à un groupe de contrôle ou à des groupes de soutien et de formation par vidéoconférence, menés par des professionnels de la santé et des animateurs de groupes de patients. 

Collaborateur depuis 2009 du Réseau d’intervention centré sur le patient sclérodermique (SPIN), le professeur El-Baalbaki a développé le programme d’intervention psychologique pour la gestion de l’anxiété utilisé dans le cadre de cette étude. «La plateforme du SPIN, qui offre un système de soutien international aux personnes atteintes de cette maladie, était un moyen idéal pour entrer rapidement en contact avec les patients et leur offrir des moyens pour les aider à maintenir une bonne santé mentale durant la pandémie, grâce à un programme d’activités collectives par visioconférence», explique-t-il.

Des patients-partenaires ont été impliqués dans le processus de développement du programme afin de trouver l’approche convenant à leur réalité. «Une fois le programme établi, des patients que nous avions préalablement entraînés à l’animation de groupes de soutien – dans le cadre d’un autre projet de recherche du SPIN – ont été invités à diriger ces groupes en ligne, et à gérer les diverses interventions des professionnels de la santé. C’était donc un programme offert aux patients et géré par des patients, aux quatre coins du monde.»

Baptisé SPIN-CHAT, le programme durait quatre semaines et comportait 12  séances au cours desquelles les participants étaient invités à prendre part à diverses activités: maintien des contacts, gestion des inquiétudes et du stress, relaxation, activité physique et soutien social. 

«Le fait d’offrir ce programme multidisciplinaire en visioconférence de groupe vise non seulement l’acquisition d’habiletés et la maîtrise de divers outils en lien avec la santé mentale, mais aussi à briser l’isolement et à permettre aux patients d’avoir un safe place ou un espace sûr, où ils peuvent en plus partager leurs expériences, leurs inquiétudes et leurs émotions», explique Ghassan El-Baalbaki. 

Diminution de l’anxiété

Les chercheurs ont constaté une légère diminution des symptômes anxieux et dépressifs des personnes visées par l’intervention à la fin du programme de quatre semaines, puis une nette amélioration six semaines plus tard. Cela les porte à croire que les effets des nouvelles habiletés et du soutien social se font ressentir à long terme et que ce programme de base, bien qu’il ait été conçu pour les personnes atteintes de sclérodermie, pourrait également être adapté à d’autres populations vulnérables souffrant du stress et de l’isolement causés par la COVID-19.

«Alors que la fin de la pandémie semble encore lointaine, les besoins en santé mentale de la population posent un défi de plus en plus important, affirment les auteurs de l’étude. La santé mentale des personnes vulnérables, y compris celles ayant un trouble médical, est particulièrement préoccupante. Les programmes multidimensionnels comme SPIN-CHAT sont des solutions intéressantes, parce qu’elles mobilisent relativement peu de ressources tout en offrant des outils et du soutien à dix personnes à la fois.»

«Ce programme a donné à beaucoup de patients la volonté et les moyens de traverser la pandémie», témoigne Violet Konrad, qui habite à Sherbrooke, qui vit avec la sclérodermie depuis neuf ans et qui a animé deux groupes d’intervention pendant l’étude. «Pendant une période de grande solitude, nous avons pu créer ensemble une communauté internationale où il faisait bon vivre», ajoute-t-elle.  

PARTAGER