Se réorienter à l’heure de la pandémie

Les pertes d’emploi dues à la crise sanitaire rappellent l’importance des services en orientation de carrière.

1 Mars 2021 à 10H28

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La construction est l'un des secteurs d'emplois les plus durement touchés par la pandémie.Photo: Getty/Images

À la fin janvier, le gouvernement Legault a annoncé qu’il débloquait 91,5 millions de dollars pour aider les quelque 125 000 Québécois qui ont perdu leur emploi à cause de la pandémie à se réorienter. Ce montant s’ajoute à une autre somme de 114,6 millions de dollars versée par Québec en novembre 2020 afin d’offrir 500 dollars par semaine à des chômeurs qui acceptaient de se requalifier, en plus de prendre en charge le coût des études et d’autres frais connexes. Parmi les secteurs d’emplois ciblés par le gouvernement, on retrouve ceux de la construction, des technologies de l’information, de la restauration, des transports et de la santé.

«Compte tenu de l’importance des enjeux sociaux et économiques associés à ces pertes d’emplois, il faut des investissements majeurs, souligne le professeur du Département d’éducation et pédagogie Réginald Savard, directeur de la clinique Carrière de l’UQAM. La pandémie génère des effets majeurs sur l’orientation de carrière. Plusieurs personnes sont maintenant en quête d’un travail, d’autres veulent se réorienter parce qu’elles ont vécu de l’instabilité dans leur organisation, cherchant une forme de sécurité dans un contexte de grande incertitude.»

La pandémie vient rappeler l’importance des enjeux liés à la réorientation de carrière et à la requalification, lesquels existaient déjà en raison des bouleversements du monde du travail provoqués, notamment, par l’automatisation des tâches et la révolution numérique. En 2019, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) estimait qu’un emploi sur dix au Canada était à haut risque d’être automatisé et qu’un emploi sur trois était susceptible de subir d’importants changements à cause de l’automatisation.

Les transformations du monde du travail montrent la nécessité d’une culture de formation continue ou de ce qu’on appelle l’éducation tout au long de la vie. «Ces dernières années, les cégeps, les universités et plusieurs entreprises ont déployé des efforts pour offrir de la formation continue, observe Réginald Savard. Le gouvernement du Québec a d’ailleurs fait passer une loi, la Loi sur les compétences, dont la première mouture a été adoptée en 1995, qui oblige les employeurs à investir 1 % de leur masse salariale dans la formation de leur personnel.» L’objectif? Améliorer la qualification et les compétences de la main-d'œuvre afin de favoriser l'emploi, l'adaptation et l'insertion en emploi, de même que la mobilité des travailleurs et des travailleuses.

Des services de formation et d’orientation

Les nouveaux investissements gouvernementaux visent non seulement à accroître la diplomation des personnes en formation générale des adultes et en formation professionnelle, mais aussi à offrir plus de services d’orientation et d’information aux chômeurs pandémiques et aux étudiants. «Il s’agit d’aider ces personnes à faire de nouveaux choix, dit le professeur. Le gouvernement demande aux institutions d’enseignement de proposer des formations pour que ces personnes puissent se réorienter le plus rapidement possible.»

À Montréal, l’UQAM est la seule université francophone à offrir à l’ensemble de la population des services en matière d’orientation professionnelle, d’employabilité, de coaching de carrière et d’information scolaire et professionnelle par l’entremise de sa clinique Carrière. Créée en 2011, celle-ci accueille en moyenne 130 à 140 personnes chaque année. Qu’ils soient étudiants, travailleurs ou sans emploi, les clients de la clinique peuvent bénéficier de rencontres avec des conseillères et des conseillers en formation et en orientation.

Les personnes conseillères sont encadrées par des professeurs et des chargés de cours de la Faculté des sciences de l’éducation, tous membres de l’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation du Québec (OCCOQ). «Centrées sur l’individu, leurs interventions s’appuient sur des approches reconnues en matière d’accompagnement de jeunes et d’adultes à la recherche d’outils pour donner un sens à leur vie professionnelle», indique Réginald Savard. Certains services sont offerts par des finissants du baccalauréat en développement de carrière qui fournissent de l’information sur le marché du travail et la recherche d’emploi. Des étudiants de la maîtrise en counseling de carrière interviennent également auprès de gens qui se questionnent sur leur orientation professionnelle et scolaire.

«Les membres du personnel de l’UQAM peuvent aussi avoir accès aux services de la clinique, poursuit son directeur, notamment pour dresser un bilan de leurs compétences, pour se maintenir en emploi ou pour faire de nouveaux choix de carrière». En plus des services individuels, des événements gratuits ou à faible coût – conférences, journées de formation continue – sont organisés pour le grand public et les professionnels de l’orientation et du développement de carrière.

La clinique Carrère constitue un pôle de recherche afin d’améliorer les services en développement et en counseling de carrière ainsi que la qualité de leur évaluation. «Des travaux s’intéressent, entre autres, aux impacts du counseling de carrière sur les personnes souffrant d’un trouble anxieux ou dépressif, note Réginald Savard. S’interroger sur son avenir professionnel et faire un choix de carrière c’est déjà stressant en soi, et ça l’est davantage en contexte de pandémie. Nos services d’orientation peuvent contribuer à atténuer les symptômes de détresse psychologique.»

Pénurie de conseillers d’orientation

Depuis quelques mois, l’OCCOQ reçoit de nombreuses offres d’emplois pour des postes de conseillers d’orientation de la part d’employeurs, une conséquence logique des effets de la pandémie sur l’économie et le marché du travail. «Le Québec est actuellement confronté à une pénurie de conseillers et conseillères d’orientation, alors que la demande pour leurs services est grandissante, notamment depuis l’éclatement de la crise sanitaire, observe le professeur. La majorité de nos diplômés de la maîtrise en counseling de carrière n’ont pas de difficulté à trouver un emploi dans leur domaine. Certains ont déjà commencé à travailler avant même d’avoir complété leur formation.»

Contingenté, le programme de maîtrise en counseling de carrière accueille chaque année 30 étudiants. Il leur permet d'acquérir les compétences nécessaires pour intervenir en tant que conseiller d'orientation auprès de différentes clientèles (adolescents et adultes) dans divers secteurs d'activités: milieu scolaire, organismes d’employabilité, cabinets-conseils, fonction publique, centres de formation professionnelle et de réadaptation, etc. «Les diplômés du programme deviennent automatiquement membres de l’OCCOQ, note Réginald Savard. Ils sont en mesure d’évaluer l’état psychologique des personnes en contexte d’orientation et d’intervenir sur les questions concernant les ressources personnelles et l’identité professionnelle, l’insertion en emploi et l’adaptation au travail.»

L’UQAM offre aussi un baccalauréat en développement de carrière qui forme des professionnels capables d’aider les personnes à préparer, entreprendre, poursuivre ou reconsidérer un projet de vie (études et carrière). Les diplômés sont habilités, entre autres, à concevoir ou à implanter des programmes de formation en employabilité et en insertion socioprofessionnelle.

Chose certaine, qu’il s’agisse de choix de carrière, de recherche d’emploi ou de transition professionnelle, il est important de bien se connaître et d’avoir une bonne connaissance de son domaine de travail, conclut le professeur. «L’accompagnement offert par un professionnel de l’orientation est essentiel pour aider les personnes à faire le bilan de leurs compétences, à découvrir ce qui est au cœur de leur identité et à prendre des décisions éclairées qui correspondent à leurs traits de personnalité, à leurs valeurs et à leurs centres d’intérêt.»

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