QUADrature, deuxième volet

Cette exposition virtuelle de la Galerie de l’UQAM présente des œuvres qui explorent les notions d’identité, de territoire et d’héritage culturel.

27 Octobre 2020 à 16H10

Composé d’archives familiales et d’images vidéo trouvées sur le web, le triptyque vidéographique Négociations II examine la complexité du façonnement identitaire et les notions d’appartenance à travers l’histoire généalogique d'Anna Binta Diallo.
Image :Anna Binta Diallo, Négociations II (image tirée de la vidéo), 2013 (2020), vidéo, couleur, son, 6 min 5 s

La Galerie de l’UQAM présente Quelque part, autrement, le deuxième des quatre volets du projet virtuel QUADrature. Sous le commissariat d’Ariane De Blois (M.A. études des arts, 2005), l’exposition traite de connectivité et propose, à travers les œuvres de quatre artistes, de nouvelles perspectives et manières d’appréhender le monde. Directrice artistique de l’organisme Plein Sud, Ariane De Blois est très active dans le milieu de l’art contemporain. Elle a notamment participé avec Louise Déry, directrice de la Galerie, à la sélection des œuvres de la présentation montréalaise de Soulèvements. Elle a été commissaire de plusieurs expositions, y compris à la Biennale de La Havane et au Centro National de las Artes à Mexico. Son plus récent projet, COZIC. À vous de jouer. De 1967 à aujourd’hui, était présenté l’an dernier au Musée national des beaux-arts du Québec.

À l’heure où les technologies de l’information et de la communication sont parmi les seuls moyens de maintenir le lien avec les autres, nous interroger sur nos modalités d’être au monde est devenue une question pressante, notamment en regard des violences graves et systémiques que subissent plusieurs communautés et populations, ici et ailleurs.  Pour son travail, la commissaire s’est inspirée, entre autres, de l’essai Habiter le monde, dans lequel l’économiste Felwine Sarr explique que les multiples crises que nous traversons (climatique, migratoire, montée des extrémismes) sont imbriquées les unes dans les autres, et découlent d’une seule et même crise de la «relationalité». «Faire un commissariat, c’est mettre des œuvres en dialogue, des pensées et des humains, souligne-t-elle. C’est tisser des liens avec un contexte plus large, avec d’autres œuvres comme celles de Felwine Sarr ou de la poétesse innue Joséphine Bacon, dont le recueil Uiesh – Quelque part est à l’origine du titre de l’exposition.»

Le projet QUADrature

QUADrature est inspiré de l’œuvre Quad (1980), de Samuel Beckett, une pièce écrite pour la télévision et mettant en présence quatre interprètes qui parcourent une scène quadrangulaire en effectuant différents trajets latéraux et diagonaux rigoureusement déterminés. Avec l’aide des membres de l’équipe de la Galerie de l’UQAM Anne Philippon et Philippe Dumaine, la directrice Louise Déry a imaginé QUADrature pour quatre commissaires qui doivent développer un volet du projet impliquant chacun quatre artistes. Ces expositions virtuelles seront déployées tout au long de la saison 2020-2021 suivant les principes de la scénographie de Quad, pour être finalement réunies en une cinquième présentation anticipée comme une conversation globale qui mettra en présence le travail des quatre commissaires et des 16 artistes. Le projet a été réalisé en collaboration avec le studio de design montréalais LOKI.

Les œuvres rassemblées au sein de Quelque part, autrement s’emploient, poétiquement, à figurer différemment le monde. À travers des propositions personnelles et des points de vue ouvertement situés, les artistes Anna Binta Diallo, faye mullen, Mona Sharma et Leila Zelli (M.A. arts visuels et médiatiques, 2020) explorent de manière croisée l’enchâssement des temporalités et des histoires, et le partage inégal des espaces, des territoires et des imaginaires. Tandis qu’Internet reconduit les biais de pouvoir et sert de lieu propice au foisonnement d’idées extrémistes, des voix, des regards et des récits trop souvent occultés réussissent néanmoins à percer l’écran. En se servant d’images qui circulent sur le web comme matière première, en les remixant et en se mettant respectivement en scène dans leurs œuvres, les artistes font émerger des perspectives singulières, à rebours du régime visuel habituel.

Histoires de résilience

Par l’entremise d’une perspective bispirituelle et mixte autochtone, la démarche de l’artiste et doctorante en études et pratiques des arts faye mullen tend vers l’horizontalité, mettant en forme des imaginaires queer et des manières décoloniales de faire monde. L’œuvre vidéo AASAMISAG, qui signifie «par, contre ou sur le mur» en langue ojibwé, met en scène les structures physiques et symboliques qui divisent les êtres humains et les territoires qu’ils habitent. Au moyen d’une narration murmurée en voix hors champ et d’une mise en images rythmée, couplées à des effets de trompe-l’œil et de mise en abyme propres aux écrans numériques, l’artiste nous fait réfléchir aux conséquences désastreuses des murs sur les humains et la nature.

Artiste canadienne d’origine sud-asiatique, Mona Sharma s’inspire des tensions créées par ses références culturelles multiples. Manifeste est une œuvre autofictive par laquelle l’artiste tente de s’émanciper de son passé. Le récit graphique présente une narration éclatée à la manière d’un rêve. Prenant les traits de l’artiste, le personnage principal s’aventure dans une quête existentielle. Durant son voyage onirique, l’avatar est accompagné d’êtres androgynes aux visages rappelant des icônes de beauté à l’occidental ou des divinités hindoues.

Née au Sénégal, Anna Binta Diallo a grandi à Saint-Boniface, au Manitoba. Comment réconcilier des héritages différents et parfois conflictuels? Comment peut-on se réapproprier une partie d’un héritage culturel dont la transmission a été interrompue? Composé d’archives familiales et d’images vidéo trouvées sur le web, le triptyque vidéographique Négociations II examine la complexité du façonnement identitaire et les notions d’appartenance à travers l’histoire généalogique de l’artiste, qui s’intéresse aux thèmes de la mémoire et de la nostalgie pour créer des œuvres sur l’identité.

Traditionnellement réservé aux hommes, le Varzesh-e Bastani, qui signifie sport antique en perse, est un sport national iranien comprenant une série de mouvements de gymnastique et de lutte ainsi que des techniques de culturisme. Intitulée Pourquoi devrais-je m’arrêter?, l’œuvre de l’artiste d’origine iranienne Leila Zelli, conçue spécifiquement pour l’exposition, rend hommage aux adeptes féminines de ce sport qui leur est interdit de pratique dans l’espace public. Pour protester contre cette mesure gouvernementale, des femmes, et même des fillettes, ont commencé à filmer des images d’elles-mêmes pratiquant leur sport à la maison et à les diffuser sur les réseaux sociaux. Le mouvement a ainsi donné naissance à un compte Instagram consacré à la cause. Dans un montage vidéographique, Leila Zelli a rassemblé des extraits de ces vidéos en les faisant tourner en boucle. En support à la démarche militante de ses consœurs, une seconde vidéo montre l’artiste qui s’est filmée, pieds nus et revêtue de vêtements traditionnels, en train de pratiquer le sport. Dans un troisième temps, l’artiste fait la lecture en perse du poème Il n’y a que la voix qui reste de la poétesse contemporaine Forough Farrokhzad, duquel est tiré le titre de son œuvre.

Quelque part, autrement est présentée jusqu’au 21 novembre prochain.

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